Le gouvernement indien tente de relancer l’investissement

le 29/11/2012 L'AGEFI Hebdo

Plusieurs réformes, dont l’ouverture de la grande distribution aux investisseurs étrangers, sont discutées au Parlement.

Près de 20 % ! Telle est la performance, depuis le 1

erjanvier 2012, du BSE Sensex (Bombay Stock Exchange Sensitive Index), l’un des indices phares de la Bourse de Bombay. Est-ce un simple effet de mode comme ceux que vivent souvent les places boursières des pays émergents ? « Non. Plusieurs raisons justifient cette progression, argumente Ludovic Vauthier, gérant actions émergentes d’Edmond de Rothschild Asset Management. Les valeurs indiennes avaient sous-performé les autres marchés émergents pendant trois ans. C’est le début d’un rattrapage. Qui plus est, la croissance bénéficiaire des sociétés indiennes, qui tourne autour de 12 % en 2012, est l’une des plus fortes du monde. »

Le moteur de la progression des bénéfices n’est pas la croissance des chiffres d’affaires, qui, dans l’ensemble, est restée modérée, mais l’amélioration des marges. Elles ont profité de la baisse des prix de certaines matières premières (hors pétrole) par rapport à 2011. Ce phénomène peut-il se renouveler en 2013 ? « Sans doute. La modération de l’inflation devrait encore jouer positivement, en espérant que les prix des produits pétroliers ne flambent pas en raison des tensions au Moyen-Orient », analyse Ludovic Vauthier.

Un autre catalyseur du marché boursier pourrait être le vote positif au Parlement d’une partie des réformes annoncées le 14 septembre par le gouvernement indien, en particulier la proposition d’inviter les investisseurs étrangers à participer au développement de la grande distribution. Les discussions parlementaires sur cette question ont démarré le 22 novembre et pourraient durer jusqu’à début décembre. Elles s'annoncent très houleuses car le projet d’ouverture aux capitaux étrangers déplaît tout autant à l’opposition qu’à des membres de la coalition au pouvoir. De toute façon, après le passage des textes au Parlement, ce sera à chaque Etat fédéral de décider s’il applique les mesures prévues ou non.

Attirer les investisseurs

Certains observateurs s’attendent à ce que la restructuration du secteur de la distribution contribue à une détente des prix des produits alimentaires. Selon les économistes de Coface, le problème d’inflation structurelle de l’Inde, généré par une pénurie d’offre sur le marché des produits alimentaires, « est de plusrenforcé par une faible efficacité du système de distribution dans l’alimentation » (voir le graphiqueci-contre). « Je ne suis pas certaine que la réforme envisagée induise une baisse de ces prix », estime cependant Johanna Melka, économiste de BNP Paribas. Selon l’analyste, « le développement de la grande distribution qui en résultera permettra certainement d’élargir le spectre des produits vendus, mais ceux-ci seront consommés par les classes les plus aisées. C’est ce qui s’est produit en Chine lorsque le pays a ouvert sa filière aux capitaux étrangers. Dans le même temps, les prix de l’alimentaire ont continué de s’affermir ».

L’effet positif de la réforme sera de stimuler les investissements venant de l’extérieur. Aujourd’hui, relève Johanna Melka, « moins de 30 % des besoins de financement de l’Inde sont couverts par les investissements directs étrangers. Et ce sont principalement les capitaux volatils qui financent les besoins en devises du pays ». L’intérêt des étrangers pour le pays est capital pour le gouvernement indien qui manque cruellement de marge de manœuvre budgétaire pour relancer une croissance du PIB au ralenti. L'activité économique pourrait croître de 5,7 % pour l’exercice 2012-2013, à comparer à 6,5 % au cours de 2011-2012. Avec un déficit public de 5,3 % du PIB et l’annonce d’un plan de consolidation budgétaire destiné à le réduire à 3 % pour 2016-2017, l’augmentation de la dépense publique destinée à la modernisation du pays est compromise.

Les possibilités d’intervention de la Reserve Bank of India (RBI) destinées à la relance « restent aussi limitées. Sa politique monétaire est contrainte d’un côté par les tensions inflationnistes et de l’autre par les difficultés du gouvernement à réduire son déficit budgétaire », explique Johanna Melka, qui table cependant sur une petite baisse des taux directeurs au cours du dernier trimestre.

Les réformes en profondeur, destinées à accroître les capacités de production du pays, tant dans l’agriculture que dans l’énergie ou le travail qualifié, ne sont donc pas à l’ordre du jour. Il faudra au moins patienter jusqu’en 2014, année des prochaines élections générales qui permettront éventuellement de dégager une majorité réformatrice.

A lire aussi