L'avis de... Jean-Philippe Desmartin, responsable de la recherche ISR (investissement socialement responsable) chez Oddo Securities

« Avec une gouvernance en retrait, les émetteurs s’exposent à la contestation »

le 24/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Quels sujets seront débattus aux assemblées générales de 2011 ?

Les débats concerneront surtout des situations spécifiques et non des thèmes globaux comme on a pu le voir dans le passé avec l’attribution de bons de souscription d’action (BSA) par exemple. Les investisseurs vont d'abord se focaliser sur les émetteurs qui grèvent la performance de leurs portefeuilles avec un parcours boursier décevant au cours des dernières années et dont les pratiques de gouvernance sont en retrait. Société Générale, qui a enregistré le plus de résolutions contestées en 2010, pourrait à nouveau être sous les feux des projecteurs. Renault et Carrefour pourraient aussi être exposés pour différents sujets : contrôle interne, cumul des fonctions, rémunération des dirigeants, fonctionnement du conseil d'administration...

Comment expliquez-vous la tendance à la concentration des pouvoirs ?

Plus de deux ans après la crise, le retour au cumul des fonctions de directeur général et de président du conseil d’administration continue de gagner du terrain en France. Est-ce la résultante du rapport au pouvoir bien particulier des Français ? Quoi qu’il en soit, en France, l’habitude est de gérer la question de la répartition des pouvoirs en favorisant une logique de ressources humaines, organisation de la succession par exemple, alors qu’il s’agit avant tout d’une problématique de gouvernance avec la distinction entre pouvoir opérationnel et contrôle de ce pouvoir.

Les banquiers d’affaires peuvent-ils être des administrateurs indépendants ?

Non, lorsqu'ils sont toujours en activité. Il suffit de se poser la question, pourquoi sont-ils là alors que la tentation d’exercer leur métier et leur propre intérêt dans les conseils est forte. Pour les mêmes raisons, nous sommes vigilants sur les profils en activité avocats d’affaires ou représentants du private equity. Pour autant, cela n'enlève pas leur intérêt et leur légitimité car ils apportent expérience et complémentarité.

A lire aussi