Le goût du risque étouffe la volatilité des marchés actions

le 03/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Les Bourses occidentales profitent d’une meilleure visibilité. A contrario, les investisseurs sont anxieux vis-à-vis des marchés de dettes.

La volatilité des marchés actions des pays développés s’est normalisée. Le niveau du VIX, l’indice de volatilité implicite de l’indice S&P 500, est désormais inférieur à celui d’avant la faillite de Lehman Brothers. Depuis son pic atteint à l’automne 2008, « la volatilité n’a pas cessé de baisser, à un rythme saccadé certes, graduel et progressif avec, notamment, une parenthèse en mai 2010 » lorsque les investisseurs s’impatientaient d’un règlement européen de la crise de la dette grecque, observe Vincent Ganne, analyste de marché d’IG Markets.

Fort consensus

Aujourd’hui, celle-ci « est presque proche de ses plus bas historiques », poursuit-il. L’amplitude des fluctuations des valeurs des actions est devenue faible. Les incertitudes concernant les valorisations des actifs sous-jacents ont diminué car la visibilité est meilleure. Encore hétéroclites début 2010, les estimations de chiffres d’affaires et de bénéfices par action des entreprises se sont lissées. Dès lors, les investisseurs s’accordent plus facilement sur un prix de marché.

En ce début 2011, « le consensus des gestionnaires d’actifs quant à l’appréciation des sociétés cotées est fort », rapporte Françoise Rochette, responsable de l’allocation d’actifs chez Edmond de Rothschild Asset Management. A ce sujet, « beaucoup de gestions sont en phase » même si les flux en direction des Bourses ne sont pas très importants. Après les ventes massives d’actions intervenues ces dernières années, décidées par les grands investisseurs institutionnels, fonds de pension, caisses de retraite et assureurs, ce n’est qu’un « petit début de réallocation en faveur des marchés actions. Il n’est pas encore certain que ce mouvement s’intensifie », ajoute Françoise Rochette.

Un autre phénomène susceptible d’expliquer la décroissance de la volatilité est la stratégie d’arbitrage mise en œuvre par quelques grands fonds d’investissement. Celle-ci « consiste à acheter de la volatilité longue (à un an par exemple) et, en contrepartie, à se positionner à la vente sur de la volatilité courte, qui permet de rendre la stratégie moins coûteuse tout en restant positivement corrélée à une hausse de la volatilité éventuelle », explique Emmanuel Martin, directeur général et responsable des gestions d’Acropole AM. Ainsi, les positions vendeuses de VIX des hedge funds (fonds d’arbitrage) se sont fortement accrues depuis mai 2010 (voir le graphique).

Ces raisons techniques ne sont pas les seules explications de ce retour au calme. Le faible niveau de volatilité des actions européennes et américaines est maintenu également « par la faiblesse des taux d’intérêt court terme, encore très peu rémunérateurs », indique Vincent Ganne. Les gestionnaires en quête des classes d’actifs les plus performantes se tournent tout naturellement vers les marchés boursiers. A l’opposé, dans les pays émergents, tandis que les taux d’intérêt remontent pour contrer l’inflation, « les marchés actions corrigent », relève l’analyste. Cette divergence n’est pas la seule.

Nervosité des taux

La diminution de l’aversion au risque observée sur les marchés actions des pays développés ne s’est en revanche pas diffusée aux taux à long terme européens ou américains. « Les mouvements sont violents« , commente Françoise Rochette. Aux Etats-Unis, les variations sont très fortes sur les maturités où la Fed intervient, comme les 5 ans et 7 ans. De même, guidée par les taux américains influencés par la mise en œuvre du QE2 (deuxième phase d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale), l’évolution du Bund, pourtant considéré comme une dette refuge, est saccadée. Les valorisations des emprunts d’Etat de la zone euro qui oscillent le plus sont celles des Etats dits périphériques, « dont les primes de risque dépendent des décisions politiques », analyse Gaëlle Mallejac, responsable de la gestion de taux de Groupama Asset Management. L’anxiété des investisseurs évolue en fonction des solutions proposées par les autorités européennes destinées à soutenir les Etats de la zone euro en difficulté financière. Les intervenants de marché s’interrogent sur la capacité « des pays européens à se mettre en ordre de marche afin de créer puis de respecter des bases communes plus rigoureuses, notamment en matière budgétaire ». Les marchés sont aussi très sensibles « à la façon dont se déroulent les adjudications », ajoute Gaëlle Mallejac, d’autant plus que « les programmes de refinancement de 2011 sont importants. Le calendrier est très chargé… ». De nombreuses échéances vont tenir les gérants en haleine. La volatilité des taux n’est pas près de s’éteindre. 

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