Dossier Sociétés de gestion internationales

Les gestionnaires étrangers en recherche constante d'innovation

le 20/09/2012 L'AGEFI Hebdo

Ils doivent impérativement se différencier dans un marché mature préempté en majorité par des filiales de banques.

Condamnées à l’innovation dans un marché réglementairement complexe ! C’est, à grands traits, le sentiment qui anime les sociétés de gestion étrangères candidates au déploiement de leur offre en France. « Beaucoup ont déjà sauté le pas, avec des modes d’implantation très divers », relève Stéphane Janin, directeur des affaires internationales de l’Association française de gestion financière (AFG). « D’ailleurs, selon le service Economie - Recherche de l’AFG, on estime qu’environ 16 % des sociétés de gestion implantées en France ont une maison mère d’origine étrangère, pour un poids équivalent dans le total des encours gérés en France (soit 16 % des encours sous gestion) », illustre-t-il.

Si Pimco vend ses fonds depuis l’étranger, en libre prestation de services, et ne dispose d’aucune présence en France, BNY Mellon Asset Management et BlackRock ont choisi d’établir une équipe dédiée en créant un bureau de distribution. Une solution de second choix pour JPMorgan AM qui a tout d’abord opté, il y a une dizaine d’années, pour la création d’une société de gestion avant de plier bagage pour revenir en territoire français via un bureau de représentation. « Produire sur place n’est pas indispensable, argue Eric Wohleber, directeur général de BlackRock France. Tout d’abord parce que la réglementation nous y autorise, ensuite parce que les clients deviennent internationaux. Enfin, détenir une structure légère permet de nous concentrer sur la distribution de nos produits. » Eric Wohleber estime même que l’indépendance d’une structure de gestion telle que BlackRock peut être précieuse. « Depuis 2008, les institutionnels ont été sensibilisés au risque de contrepartie, et la frontière entre une banque et sa filiale de gestion est devenu un sujet étudié de près. »

Un temps d’avance

Vu hors de ses frontières, l’industrie française de la gestion a été et est encore tenue par un fort savoir-faire en gestion monétaire. Cette spécificité tient à l’organisation du paysage, les maisons de gestion appartenant pour une large partie à des groupes bancaires. « En général, poursuit le dirigeant France de BlackRock, la gestion de trésorerie est plutôt vendue comme un service proposé par la banque, à une entreprise ou un institutionnel, dans le cadre d’une relation globale assise essentiellement sur l’octroi de lignes de crédit. » Les maisons étrangères devaient donc se distinguer avec une offre radicalement différenciante. Si l’intention était commune, les stratégies d’investissement proposées, elles, ont divergé. « Depuis la crise de 2007 a émergé l’idée d’une nouvelle normalité, souligne Emanuele Ravano, managing director et responsable du développement sur le marché français de Pimco, en référence à la réduction des actifs sans risques dans une période de croissance faible. Pour notre part, nous avons opté pour une approche innovante de notre gamme, avec d’une part la mise sur pied de stratégies corrélées à des indices basés sur la taille du PIB plutôt que sur la taille de leur dette, et d’autre part des approches obligataires avec plus de flexibilité. » A cela se sont ajoutés des produits de dettes sur les émergents, peu courants à l’époque, et des fonds matières premières.

Un temps d’avance, c’est aussi le leitmotiv de BNY Mellon, dont le modèle multiboutiques a poussé la maison de gestion à approcher prioritairement les institutionnels. « Lors de notre déploiement en France en 2009, nous souhaitions prévoir les tendances, lance Anne-Laure Frischlander, directeur général de BNY Mellon AM pour la France. Nous avons mis en avant des stratégies de niche qui allaient devenir des placements 'core' comme le 'fixed income' de la filiale américaine Standish, mais également la gestion flexible proposée par Newton, ou encore l’offre de performance absolue du gestionnaire Insight. » Autre stratégie : JPMorgan AM a apposé sa signature en choisissant les actifs réels comme positionnement stratégique. Au programme, immobilier et infrastructure « essentiellement à destination d’assureurs à la recherche d’une diversification de leurs portefeuilles et de revenus récurrents, définit Karine Szenberg, directeur général France. Une fois un premier ticket versé sur ces placements ‘alternatifs’, il était plus aisé d’équiper ces investisseurs en actifs traditionnels », poursuit-elle. Quant à BlackRock, dont les ETF (exchange-traded fund) iShares sont une quasi-empreinte génétique, c’est son expertise en gestion indicielle qui a permis à l’anglo-saxon de se distinguer. « L’ETF n’implique aucune rétrocession, indique Eric Wohleber. Et c’est un produit de gestion passive pour investisseurs actifs ! » Si le pari a été relevé pour ces maisons étrangères, c’est aussi à la faveur d’un marché en mutation qui s’oriente soit vers du pur alpha (surperformance), soit du beta (performance du marché), avec d’un côté des boutiques ou des grandes maisons de gestion et de l’autre des spécialistes de la gestion indicielle. « Or la majeure partie des actifs français sont actuellement au milieu du gué », estime Eric Wohleber. Néanmoins, si la place de Paris attire, elle exporte aussi, explique Stéphane Janin : « Plus d’un tiers des actifs gérés par des sociétés de gestion françaises indépendantes est souscrit par des investisseurs étrangers. »

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