L’avis de… Charlotte Quiniou, directeur au département Fund & Asset Management de Fitch

« La gestion des risques est amenée à poursuivre son évolution »

le 08/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Quelles sont les étapes qui ont jalonné la prise de conscience de la nécessité de gérer le risque ?

Les insuffisances de la prise en considération de la gestion du risque ont été mises en lumière au lendemain de la faillite de Lehman Brothers en 2008. Plus précisément, le manque d’implication du top management dans la gestion et le contrôle des risques a été prégnant. Si certains gestionnaires avaient créé cette fonction, elle était pour ainsi dire peu prise au sérieux ou dispersée dans différents départements. Les gérants d’OPCVM ont enrichi leurs pratiques en termes de gestion des risques, souvent en réponse aux exigences des régulateurs, et ont notamment mis en place des analyses de leurs fonds selon des scénarios de stress. Rapidement, les sociétés de gestion se sont équipées et la pratique s’est répandue. Parfois même bien au-delà de ce qu’impose la réglementation. Ainsi, un autre indicateur utilisé dans le cadre de la construction et du suivi des portefeuilles est l’Expected Shortfall (ESF) 3. Ce ratio permet de mesurer les pertes dans des conditions difficiles de marché. Compte tenu des conditions extrêmes de marché que l’on traverse, il est confronté à un environnement de test en temps réel.

Le pari est-il gagné ?

Les gérants sont résolument plus conservateurs dans leur approche du risque. Les fonds monétaires court terme disposent désormais d’une poche de liquidités qui est en moyenne passée de 10 % à 30 % de leur allocation. Les critères de sélection des émetteurs éligibles se sont affinés et sont fréquemment ajustés. Pour ce qui est des émetteurs espagnols, par exemple, de nombreux gestionnaires font preuve d’une très grande sélectivité dans le choix des signatures pour leurs OPCVM monétaires et n’investissent plus que dans des sous-jacents dont la maturité est très courte. Néanmoins, le pari d’une meilleure anticipation du risque n’est pas gagné. Selon une récente étude de Fitch, les fonds à performance absolue censés délivrer une performance positive dans tous les scénarios de marchés affichent des contre-performances patentes : depuis janvier, 85 % d’entre eux font moins bien que l’Euribor. Cela démontre sans doute des budgets de risque trop larges et/ou des outils de gestion des risques extrêmes qui n’ont pas toujours fonctionné. La gestion des risques au sein des sociétés de gestion est ainsi amenée à poursuivre son évolution, au plus près des processus de prise de décision d’investissement.

A lire aussi