La gestion du risque au cœur de nouveaux services aux investisseurs

le 14/07/2011 L'AGEFI Hebdo

Bouleversement réglementaire, crise... les gestionnaires s’organisent et créent des pôles et structures destinés aux institutionnels.

Le risque. Il est dans toutes les têtes et sur toutes les lèvres. Pour informer et aider de grands investisseurs, des gestionnaires ont lancé sur le sujet toute une palette de services à leur destination. « La toile de fond est celle de l’évolution réglementaire, avec notamment la mise en œuvre de Solvabilité II et la nécessité du renforcement de la maîtrise du risque », expose Stéphane Dorlencourt, directeur du risk management du groupe OFI. La maison de gestion a décidé de mettre sur pied il y dix-huit mois une société de services, PARM, spécifiquement tournée vers « des institutionnels de taille moyenne, essentiellement ceux relevant du Code de la Mutualité et des Assurances, qu’ils soient clients ou pas chez nous en gestion », précise-t-il. L’offre, transversale, s’articule autour de l’analyse ex ante de l’adéquation actif/passif des portefeuilles, de leur suivi comptable et financier, de la revue des états réglementaires mais aussi… de formations à destination des administrateurs.

Tous les paramètres de risque peuvent être passés au peigne fin, que ce soit l’analyse globale des expositions, l’analyse des risques structurels (concentration, ratio d’emprise…), ou l’analyse plus calculatoire (sensibilité au taux d’intérêt, calcul de stress tests - tests de résistance -, du SCR - Solvency Capital Requirement -…). Sur un plan organisationnel, « cette société de services dotée d’un salarié active les expertises qui sont éclatées en interne, explique Maxime du Chayla, directeur général du groupe OFI. L’idée a été de nouer un partenariat avec ces institutionnels afin de mutualiser les outils de contrôle des risques dont nous sommes équipés en interne ».

Produits structurés

Allianz Global Investors a eu la même initiative en isolant, il y a un an et demi, les assureurs au travers d’un pôle exclusivement dédié. « Solvabilité II suppose une analyse des investissements selon trois axes : risque, rendement et consommation de capital, ainsi qu’un renforcement des fonctions ‘reporting’/contrôle du risque », résume Philippe Fidaire, responsable commercial du pôle Assurance. Les services proposés vont de l’allocation stratégique et tactique aux services de reporting, en passant par l’analyse actif/passif, la sélection de gérants ainsi que la gestion et le contrôle du risque. Côté produits, les forces vives du groupe sont activées, « avec la mise à disposition de l’offre de RCM ou encore de Pimco », souligne Véronique Boyer, en charge du pôle Institutionnels. Au programme, des fonds diversifiés qui couvrent les risques extrêmes et intègrent une analyse de risque multifactorielle, comme le fonds Pimco GMAF.

Mais Edmond de Rothschild IM est sans nul doute la maison dont le calcul du risque et notamment du risque ex ante est le plus abouti. Arrivé chez Edrim en 2007, Frédéric Sadaca y développe en décembre 2009 le département PARMM (Portfolio Analytics Risks Management and Models). Jauger le risque ex ante est devenu le cœur de ses travaux de recherche. « Il s’agit d’anticiper toutes sortes de risques selon des scénarios défavorables », définit-il. Son terrain de jeu est celui du risque macroéconomique, de liquidité, de duration, de corrélation dans les régimes extrêmes, de change… « La couverture de change relève de l’étude du risque ex ante car elle impactera, entre autres, la liquidité d’un fonds de fonds, par exemple libellé en euros et investi dans des sous-jacents (fonds alternatifs) en dollars », poursuit-il.

Anticiper

En cas de baisse du billet vert contre l’euro, la couverture de change va couvrir la perte. « Cependant, dans le cas inverse, le véhicule accuse une perte sur sa couverture », explique-t-il. Il faut donc anticiper les liquidités nécessaires au maintien de la valeur du fonds. Son rôle est également de suivre « l’air du temps », pour mieux prédire ses incidences. L’évolution réglementaire, par exemple, induit des innovations à tout va de la part des banques de financement : les produits structurés, moins consommateurs de fonds propres, fleurissent à destination des assureurs. « La réglementation européenne impose que les fonds propres puissent couvrir une perte extrême (de probabilité 0,5 %) à horizon un an. Nous voyons donc sortir des fonds dont la couverture est reconduite (‘rollée’) chaque année, décrypte Frédéric Sadaca. Nous nous efforçons d’établir le risque intrinsèque de cette couverture, qui est celle de la contrepartie, ainsi que son impact sur le marché. » Au programme également, les émissions CoCos (contingent convertible bonds). Un instrument convertible en actions dont la conversion est soumise à un niveau de fonds propres de la banque émettrice et non au cours de l’action sous-jacente. La mission est claire. Et d’envergure. « Il nous faut modéliser ce nouveau véhicule, développe-t-il, et le risque futur auxquels les investisseurs seront soumis. »

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