Dossier Gestion institutionnelle

La gestion flexible adapte ses modèles

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Certains de ces gérants ont souffert pendant la crise. Des contre-performances qui les ont obligés à revoir leurs processus.

Si la tâche d’un allocataire d’actifs n’est généralement pas simple, elle l’est encore moins quand il bénéficie d’une grande latitude de gestion. « Quel que soit l’horizon de temps pris en compte, la performance des fonds flexibles est inférieure à celle d’une gestion diversifiée classique comprenant une poche actions et une poche taux équivalentes », relève Mara Dobrescu, analyste OPCVM chez Morningstar. De fait, sur 10 ans, les premiers affichent un gain de 3 % par an et les seconds, de 5,7 %. Sur 5 ans, période comprenant plusieurs hauts et bas de marché, la comparaison est encore moins flatteuse : 5,8 % de gain, contre 12 %. Pour Mara Dobrescu, le style de gestion suffit à expliquer les difficultés de ces fonds. D’abord, ce sont des portefeuilles difficiles à construire car il faut être capable de combiner une vue top-down au choix des actifs. Plus paradoxal encore, les gérants ont du mal à utiliser les marges de manœuvre qui leur sont confiées. « Ce type de gestion implique que le gérant ait un bon sens du 'market timing' », note l’analyste de Morningstar. « Le ‘market timing’ est un élément important dans notre approche de gestion, confirme Augustin Picquendar, gérant chez DNCA Finance. Et c’est avant tout l’expérience du gérant qui va compter. »

Performances jugées sur le long terme

 

Néanmoins, les performances de la gestion flexible se jugent non seulement sur le long terme, mais surtout dans sa capacité à résister dans les périodes de stress. Sur dix ans, sur les vingt meilleurs fonds recensés par Morningstar, douze d’entre eux font mieux que les fonds diversifiés classiques. Certains, comme Sextant Grand Large, d’Amiral Gestion, affichent même des gains deux fois supérieurs à ces gestions mais avec des écarts importants d’une année sur l’autre. D’autres, comme DNCA Evolutif, surperforment tout en respectant leur objectif de faire mieux que le marché dans les périodes de baisse. « Sur le long terme, notre but est de capter deux tiers de la hausse et seulement un tiers de la baisse », indique Augustin Picquendar. Ainsi, pendant les deux années difficiles 2008 et 2011, il limite ses pertes à 15 % et 6,5 % respectivement. Ce fonds dispose d’une marge de manœuvre dans les actions allant de 30 % à 100 %, le solde étant investi en obligations et en monétaire. « Notre stratégie repose sur notre 'stock-picking' avec pour critère principal la valorisation, explique le gérant. Mais c’est avant tout un fonds opportuniste dans lequel nous n’hésiterons pas à réduire nos positions si les signaux macro-économiques nous incitent à la prudence. »

Surtout, les performances commencent à s’améliorer pour ces stratégies. A partir de la seconde partie de 2013, les fonds flexibles surperforment même les fonds diversifiés traditionnels, selon les données Lipper. « Ces gérants ont appris de leurs erreurs passées, note Manuel Arrive, analyste OPCVM chez Fitch. Pour certains il y a eu une véritable remise en cause dans leur construction de portefeuille. » Cela a été le cas chez Convictions AM, dont le fonds Convictions Premium avait souffert lors de la crise de l’été 2011 puis du mouvement de remontée brutale des taux au printemps 2013. « Nous avons totalement revu notre approche et sommes revenus à notre processus d’origine  », indique Pierre Barral, un de ses gérants. D’abord, en matière de protection du portefeuille, le fonds utilise de nouveau des couvertures au travers d’options, plutôt que de stop-loss qui ont été très coûteux en termes de performance. Par ailleurs, le fonds peut de nouveau, outre des titres en direct, intégrer des gérants externes, ce qui lui permet d’élargir les classes d’actifs disponibles et d’être plus réactif. « Cette gestion du risque plus sécurisante nous a permis d’augmenter notre exposition au marché et d’accompagner la hausse des actions ces derniers mois », souligne le gérant. Depuis septembre, moment où le processus de gestion a été modifié, le fonds a retrouvé le profil de performance qui était le sien avant la crise (7 % par an).

Surtout, il ne faut pas occulter le fait que les gestions diversifiées avec une allocation fixe 50 % actions et 50 % obligations affichent de meilleures performances car elles ont profité pleinement de la baisse des taux ces dernières années. « Ce qui n’a pas forcément été le cas des gérants flexibles qui, pour beaucoup, étaient sous-pondérés en produits obligataires compte tenu du niveau bas des taux », précise Alain Zéitouni, directeur de la gestion multi-actifs chez Russell Investments, pour qui avoir une part réduite en obligations est aujourd’hui une bonne décision d’allocation. « Le contexte de taux bas et d’actions chères incite les institutionnels à revenir vers ce type de gestion », renchérit-il. De fait, les stratégies diversifiées semblent avoir retrouvé la faveur des investisseurs comme en témoignent les chiffres de collecte en Europe. Les souscriptions nettes de la catégorie ont été de 60 milliards d’euros l’an dernier et continuaient de collecter en ce début d’année, selon les données de Lipper.

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