Dossier Gestion quantitative

La gestion flexible à l’épreuve de marchés volatils

le 24/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Entre allocation imparfaite et modèles trop complexes, cette stratégie n’a pas toujours offert les rendements escomptés.

La gestion flexible ? Le concept est connu de longue date. Il consiste à panacher différentes classes d’actifs au sein d’un même fonds d’investissement, voire à être totalement désinvesti sur l’une d’entre elles, pour permettre de s’adapter à tous les environnements de marché. Sur le papier, la démarche est frappée au coin du bon sens. En réalité, la gestion flexible version quantitative a déçu. « Certains modèles ont eu du mal à être performants, reconnaît Frank Trividic, responsable de la gestion diversifiée flexible et rendement absolu chez Natixis Asset Management (NAM). Des approches trop complexes ou trop 'court-termistes' peuvent être prises à revers par des marchés volatils, avec des rotations thématiques et sectorielles particulièrement fréquentes. » Ce fut par exemple le cas en 2010 des marchés d’actions européennes, tandis que les titres américains, attaqués au printemps, connaissaient une embellie en fin d’année. De la même manière, « le marché japonais, accusant un net retard jusqu’au mois d’octobre, a ensuite fortement rebondi sur les dernières semaines de l’année », illustre Frank Trividic. En clair, il faut du temps pour que l’information intègre les cours, surtout en cas de forte volatilité. Une période plus ou moins longue durant laquelle les modèles ne sont plus en phase avec les marchés et peu capables de capter les tendances à court terme. Selon Franck Trividic, « les modèles sont plus robustes lorsqu’ils servent à formaliser et à rendre plus objectif le processus de gestion, le cerveau humain restant indispensable pour évaluer rapidement de nouvelles informations et ainsi réguler leur contribution ». C’est pourquoi la gestion quantitative version NAM est toujours saupoudrée de gestion discrétionnaire, les gérants décidant collégialement des éventuels ajustements à réaliser.

D’autres observateurs estiment que l’allocation même des fonds flexibles a pu être pénalisante. « Les fonds tactiques ou flexibles lancés ces dernières années sont le plus souvent fondés sur des modèles quantitatifs et sur une stratégie dite CPPI ('constant proportion portfolio insurance', NDLR), relève Samuel Raoul, consultant chez bfinance. Mais en 2010, ils ont été mis à mal par un contexte de marché adverse, car le cœur du portefeuille composé d’obligations d’Etat a été affecté par la crise des émetteurs souverains de la zone euro et la poche actions n’a pu générer de la performance, les tendances étant de trop court terme ».

Attrait intact

Du côté de Saint-Gall, en Suisse alémanique, Magne Orgland, associé gérant de Wegelin & Co Banquiers Privés et directeur des investissements de Wegelin Asset Management, partage le même constat que ses confrères : « Sur la dernière décennie, la performance de ces portefeuilles a souvent été décevante. » Mais selon lui, la raison tient au fait que « dans un portefeuille traditionnel, les classes d’actifs sont pondérées en fonction du capital investi ». Or selon lui, cette approche n’est pas la seule possible. « En effet, les fonds 'risk parities', particulièrement développés dans la finance anglo-saxonne, exposés par l’intermédiaire de contrats à terme ('futures') sur les actions, les obligations, le monétaire et les matières premières, sont équipondérés des sources de risques entre ces différentes classes d’actifs. » Dans une récente étude rédigée par ses soins, il précise : « En examinant de plus près les phases de repli des marchés actions, on remarque qu’à plusieurs reprises, les obligations ont globalement offert une bonne protection à la baisse. Au sein des portefeuilles institutionnels, la pondération de ces deux classes d’actifs (obligations, actions, NDLR) ayant souvent été proche de l’allocation stratégique, les obligations n’ont pu que partiellement compenser les fortes fluctuations de cours des actions en phases baissières, écrit-il. En équipondérant les sources de risques entre les différentes classes d’actifs, la contribution au risque des placements volatils est réduite au profit des placements plus stables. Dès lors, chaque classe d’actifs contribue à part égale au risque du portefeuille global. » Convaincu du bien-fondé de cette théorie, le département dédié aux investisseurs professionnels de la plus ancienne banque suisse est sur le point de commercialiser en France un fonds risk parities maison qui a délivré 11 % de rendement l’an dernier pour une volatilité de 6,6 %.

Malgré quelques déconvenues sur la performance de certains modèles quantitatifs de gestion flexible, son attrait reste intact. « La gestion quantitative génère des rendements diversifiants contrairement à la gestion traditionnelle plus directionnelle, argue Thaddée Tyl, président de Rivoli Finance. Une diversification rendue possible grâce au suivi concomitant de nombreux marchés. » Une simultanéité irréalisable en gestion discrétionnaire flexible. D’autres sont tout acquis à l’idée de la suprématie de la machine sur l’homme. Magne Orgland rappelle que « le champion du monde d'échec Garry Kasparov été battu en 1997 par… le modèle Deep Blue développé par IBM ! ».

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