Gestion d’actifs, les banques se remettent à l'œuvre

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

A l’instar de BNP Paribas qui vise 40 milliards d’euros de collecte d’ici à 2016, plusieurs acteurs européens affichent des ambitions nouvelles.

19 milliards d’euros de décollecte pour BNP IP au deuxième trimestre. Xavier Popy/REA

Les banques européennes retrouvent de l’appétit pour la gestion d’actifs. Fin juillet, BNP Paribas a ainsi dévoilé un plan d’action pour sa filiale dédiée, BNP Paribas Investment Partners (BNPP IP). Objectif : accroître de 10 % ses revenus et engranger 40 milliards d’euros de collecte nette d’ici à 2016 en ciblant « les segments à valeur ajoutée », à savoir la clientèle institutionnelle, l’Asie-Pacifique et les marchés émergents. La banque veut aussi renforcer sa présence auprès des distributeurs tiers (pour toucher des clientèles de réseau et de banque privée) avec l’ambition de créer « une des trois premières plates-formes de distribution en Europe continentale ». Une feuille de route qui permet d’asseoir la gestion d’actifs comme un « métier stratégique » pour le groupe. « BNP Paribas ne s'est jamais désintéressé de la gestion d'actifs, souligne cependant Elisabeth Grandin, analyste crédit chez Standard & Poor's. Avec cette annonce, la banque réaffirme son intérêt pour cette activité alors que ses performances sont plutôt décevantes par rapport à certains pairs. BNP Paribas s'est rendu compte qu'il y a un travail de relance à faire. »

Source de rentabilité

L’urgence est réelle. Au deuxième trimestre, BNPP IP a accusé 19 milliards d’euros de décollecte - soit autant que sur l’ensemble de l'exercice 2012 (18,8 milliards) -, après 7 milliards d’euros de retraits nets au premier trimestre. Résultat : ses encours ressortent à 375 milliards d’euros à fin juin, soit une chute de 40 milliards depuis fin 2012 et de 82 milliards par rapport au pic de fin 2010.

Pour autant, BNP Paribas n’est pas un cas isolé. Début 2013, Natixis avait annoncé vouloir participer aux mouvements de consolidation attendus dans cette industrie, tandis qu’Amundi confirmait son objectif de 1.000 milliards d’euros d’actifs sous gestion d’ici à trois ou cinq ans. De même, après avoir un temps songé à céder une partie de sa gestion d’actifs puis l’avoir rapprochée de la gestion de fortune (Asset & Wealth Management), Deutsche Bank a dévoilé mi-juin de nouvelles ambitions pour ce métier. Objectif : générer un bénéfice avant impôt de 1,7 milliard d’euros en 2015 contre 700 millions en 2012. Même Santander, lors de la cession fin mai de 50 % de sa holding Santander Asset Management aux fonds d’investissement américains Warburg Pincus et General Atlantic, avait annoncé la couleur : doubler ses encours (152 milliards d’euros à fin mars) d’ici à cinq ans. « L’intérêt des banques pour la gestion d’actifs n’a jamais réellement été remis en cause et ce métier a été et est toujours attractif, explique Philippe Morel, directeur associé senior au Boston Consulting Group. Il est vrai cependant que, à un moment, certaines banques ont pu manquer de capital et ont cherché à vendre leur gestion d’actifs, seule activité facile à valoriser. »

De fait, Rabobank a cédé cet hiver 90 % du capital de sa filiale Robeco au groupe japonais Oryx tandis que Dexia, après l’échec de ses négociations avec GCS Capital, a désormais jusqu’à la fin de l’année pour trouver un repreneur à Dexia Asset Management. « La question pour les banques de se délester de leur gestion d’actifs me semble néanmoins aujourd’hui derrière nous », estime Aymeric Poizot, responsable de la recherche en gestion d’actifs chez Fitch Ratings. Le retour de la croissance des encours n’est pas étranger à cet intérêt renouvelé des banques pour la gestion d’actifs. « Entre juin 2012 et juin 2013, les actifs sous gestion en Europe ont connu une progression de 12 % grâce aux deux tiers à l’effet de marché et pour un tiers à une collecte assez dynamique, malgré un creux au deuxième trimestre, observe Aymeric Poizot. Ce retour à meilleure fortune peut expliquer le regard nouveau des banques sur ce métier. »

Mieux, alors que la rentabilité des banques est sous pression sous l’effet d’une conjoncture économique morose et de la multiplication des contraintes réglementaires, la gestion d’actifs permet de dégager un retour sur fonds propres élevé. « C'est un métier où les risques sont faibles, il consomme peu de fonds propres réglementaires et dégage en général une rentabilité correcte, note Elisabeth Grandin. C'est donc une activité qui garde des atouts dans un contexte où les fonds propres sont plus rares et nécessaires que par le passé. » Un métier où « il n’est pas rare de voir 20 % à 25 % de rentabilité sur fonds propres (RoE) », ajoute Philippe Morel.

Pour autant, les banques ne sauraient s’endormir sur leurs lauriers. Hémorragie sur les fonds monétaires, désaffection des particuliers pour les OPCVM au détriment de l’épargne de bilan… Les défis sont de taille pour des acteurs confrontés à des marges « qui ont du mal à se reconstituer et des revenus qui peinent à repartir à la hausse, selon Philippe Morel. C’est donc une industrie dans laquelle il faut continuer à investir ». « Actuellement, le sujet est de se mettre en ordre de bataille dans un environnement toujours extrêmement concurrentiel face aux acteurs anglo-saxons et, un jour, asiatiques », confirme Aymeric Poizot, rappelant que « 50 % de la collecte récente sur le marché transfrontalier en Europe a été faite par les gérants américains ».

Rationalisation de leur organisation, des gammes de fonds et des portefeuilles d’expertises, rénovation des méthodes commerciales, « toutes les banques ont entamé une profonde réflexion sur les stratégies marketing à mettre en œuvre pour cibler les marchés internationaux et les zones de collecte, qu’ils soient de proximité (Europe), mais surtout des marchés en développement (Asie, Amérique latine, Afrique), souligne Pascal Koenig, associé en charge de la gestion d’actifs chez Deloitte. Les banques doivent se repositionner par rapport aux produits qui sont recherchés par les investisseurs institutionnels et internationaux ».

L’Asie en ligne de mire

Fragilisées sur leurs marchés domestiques, les banques sont bien conscientes que l’avenir de leur gestion d’actifs repose sur leur expansion géographique. Un enjeu crucial alors que « 50 % de leur chiffre d’affaires en gestion d’actifs provient de l’international », relève Thierry de la Noue, senior consultant responsable de l’offre investment chez Towers Watson à Paris. « Les acteurs de la gestion doivent livrer la bataille de l’international, qui constitue leur principale source de revenus et de croissance », explique Philippe Morel. Depuis le début de l’année, Amundi a ainsi renforcé ses équipes commerciales dans plusieurs marchés phares, à savoir le Royaume-Uni, l’Italie et la Suède. Résultat : à fin juin, ses réseaux internationaux ont collecté 2,2 milliards d’euros. Natixis Global Asset Management a pour sa part collecté 6,1 milliards d’euros aux Etats-Unis au premier semestre, un marché qui représente près de 70 % des ses revenus et 47 % de ses encours. Un marché américain sur lequel Amundi s’est renforcé en s’emparant de Smith Breeden, spécialiste des produits de taux en dollars. Mais c’est pour l’Asie que tous les acteurs ont les yeux de Chimène. A horizon 2016, l’Asie-Pacifique et les marchés émergents devront ainsi représenter 36 % de la collecte nette de BNPP IP. Pour autant, « pénétrer de tels marchés est difficile pour tous les acteurs non résidents, et pas seulement pour les acteurs français et européens, fait savoir Thierry de la Noue. Il faut en effet avoir une proximité avec les investisseurs locaux. » Surtout, les acteurs européens souffrent d’un retard dans leur expansion asiatique alors que les anglo-saxons sont partis très tôt. « Le problème est que tout le monde a le même raisonnement et que ce sont des marchés où il est difficile de réaliser des acquisitions. Avoir des plans de développement est une chose mais passer à l’acte sera beaucoup plus complexe », conclut Philippe Morel.

A lire aussi