La gestion à un tournant

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

La gestion d’actifs fait face à des défis sans précédent. En quatre ans, les encours des OPCVM distribués en France ont été réduits de presque 15 % ! Nul n’ignore les calamités qui se sont abattues sur cette industrie encore jeune. Malmenée depuis 2007 par une succession de crises dans un environnement de taux bas et de performances médiocres et hautement volatiles des actifs financiers, ses espoirs de retour à la normalité en début d’année ont été réduits à néant par le krach boursier de cet été. Chute des marchés financiers, inquiétudes nouvelles concernant la croissance mondiale et les finances publiques, voire craintes de risque systémique dans la zone euro, et c’est l’ensemble des classes d’actifs qui ont décollecté (lire notre Dossier page 30). Aucune stratégie de gestion n’a passé le test, pas même la gestion passive ! Un nouveau traumatisme dont le secteur, en pleine introspection face à une avalanche inédite de réglementations, se serait volontiers passé. Car il ne lui faut pas seulement adapter son modèle à Ucits IV. MIF II, Prips, AIFM, Emir, Bâle III et Solvabilité II, mais également les régulations américaines Dodd-Franck et Fatca vont bouleverser directement ou indirectement les fondamentaux du métier.

Face à ces enjeux, les sociétés de gestion doivent entamer leur mue rapidement. Il s’agit de reconquérir épargnants et investisseurs attirés désormais par la pierre, l'or ou l'épargne bilancielle des banques. A charge pour elles de développer une nouvelle palette de produits, mais surtout un effort marketing sans précédent à l’égal de celui des banques qui rivalisent d’ingéniosité pour pousser leurs offres. Et pourquoi pas d’élargir le vivier de clientèle aux banques privées, aux fonds de pension étrangers, aux fonds souverains, voire aux entreprises. Ucits IV va permettre d’abaisser les barrières à l'expansion internationale, notamment pour les gestionnaires de taille intermédiaire. Pourquoi ne pas bâtir une offre sur la marque Ucits comme argument de vente pour conquérir de nouveaux clients ?

Cette transformation profonde ne sera pas possible sans transparence de l'information et qualité des produits. Ni sans refonte du modèle d’activité, avec une recherche assidue des économies d’échelle. Simplification des stratégies et des produits, souvent bien trop complexes, rationalisation des modes de fonctionnement, voire abandon de certaines expertises, les choix seront difficiles mais indispensables. Car ils s’avèrent seuls à même de redorer l’image de marque de la gestion à la française, visiblement à la peine pour séduire les investisseurs étrangers.

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