La gestion à un tournant

le 03/03/2011 L'AGEFI Hebdo

La gestion d’actifs à la française est à un tournant de son histoire, elle qui a fait des produits monétaires son domaine d’excellence. L’hémorragie sans précédent des OPCVM français depuis plus d’un an bouleverse les certitudes, à commencer par celles des grandes maisons, filiales de groupes bancaires, qui payent là leur choix de miser sur un créneau bien adapté à leur mode de distribution dans le réseau, à forts volumes mais à faibles marges (lire L'Evénement page 8).

Or cette situation devrait perdurer. Certes, la conjoncture financière, avec des taux courts particulièrement bas, donc peu attrayants pour les investisseurs, est pour beaucoup dans ce retournement de tendance. Mais la réglementation de Bâle III, qui contraint les banques à améliorer la liquidité de leur bilan et à organiser la sortie des fonds de leurs clients pour renforcer leurs dépôts, est un facteur encore plus décisif.

Qui pis est, la tendance devrait encore se renforcer. Car en réduisant leur offre de produits de trésorerie, les banques pourraient bien pousser involontairement leurs clients investisseurs, entreprises et institutionnels si friands d’émissions à court terme, dans les bras des gérants anglo-saxons, pour répondre à leur besoin de diversification. A ce jeu-là, la gestion française perdrait sur tous les fronts.

Mais la fonte des produits monétaires, c’est un peu l’arbre qui cache la forêt. Car il faut constater que c’est sur l’ensemble de leur gamme de produits que les grandes sociétés de gestion décollectent. Dès lors, la question se pose de la validité de leur stratégie, largement fondée sur une industrialisation très poussée et la multiplication de gammes de produits bien difficile à appréhender pour les chargés de clientèle.

Ce constat ne doit cependant pas conduire à baisser les bras. Au contraire, alors que les grands groupes bancaires semblent pour le moment convaincus de la supériorité du modèle de banque universelle et de la nécessité de disposer d’une filiale de gestion, ce peut être une occasion historique de se remettre utilement en question.

Face au défi, ces grandes maisons ne sont pas sans armes, elles qui ont développé depuis longtemps des expertises en matière de gestion obligataire et de gestion structurée, et fait une percée remarquée depuis quelques années dans la gestion actions. Des stratégies certes plus risquées, plus complexes à vendre au client de réseau, mais aussi à plus forte marge. Il est vrai qu’elles exigeront un véritable bouleversement de leur démarche commerciale. Gageons que les maisons de gestion sauront relever le challenge. Le succès insolent de certaines boutiques ne leur montre-t-il pas la voie ?

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