Les gérants s'habituent au contexte de crise

le 05/07/2012 L'AGEFI Hebdo

Le désendettement des économies développées modifie la physionomie des marchés et accentue la volatilité.

La Banque d’Angleterre à Londres. Désormais, les banques centrales se préoccupent davantage de « deleveraging » que d’inflation.

Depuis 2008, les gestionnaires d’actifs commencent à être rodés aux poussées d’aversion pour le risque. Au point que le va-et-vient des pics d’anxiété qui animent les marchés est devenu une routine. Aussi les gérants partent-ils en guerre contre les investisseurs institutionnels attentistes, démoralisés, égarés par les signaux contradictoires émis par les politiques européens en charge de trouver une issue à la crise de la dette de la zone euro et par la volatilité, mondiale, des indicateurs d’activité économique. Un environnement loin d’être limpide, et dans lequel les gérants n'ont pas le droit à l'erreur. A titre d'exemple, en 2011, les titres souverains de la zone euro notés « AAA » ont gagné 7,1 %, tandis qu'à l’opposé, la valorisation des actions (au niveau mondial) a perdu 1,8 %. « Il faut des convictions fortes pour prendre des risques en portefeuille mais il est tout à fait possible de réaliser de la performance, souligne Valentijn Van Nieuwenhuijzen, responsable de la stratégie d'ING IM. Il est indispensable de comprendre l’écologie du marché afin de pouvoir en exploiter les occasions. »

Une autre hiérarchie des taux

Comprendre les objectifs des banquiers centraux est devenu primordial. Ce sont eux qui donnent le tempo sur les marchés financiers. Autant dire que la déduction du fil directeur adéquat d’une allocation d’actifs dépend de l’analyse pertinente de la politique monétaire à l’ordre du jour. Cet exercice requiert un peu de subtilité car, comme l’indique Jim Leaviss, responsable de la gestion obligataire chez M&G Investments : « Rappelez-vous qu’aucune personnalité des autorités ne reconnaîtra publiquement le changement de régime actuel. En revanche, chacun d’entre nous doit comprendre qu’il est en cours. »

Un changement radical car l’époque où les banques centrales des pays développés se souciaient trop de l’inflation est révolue, explique le responsable de la gestion obligataire. Dorénavant, les banques centrales se préoccupent en priorité de la réduction du poids de la dette, de l’obtention d’un taux de chômage le plus bas possible afin d'éviter des troubles sociaux et d'éviter que la croissance économique ne demeure structurellement basse. Une telle tendance allongerait encore la route censée conduire à une diminution du ratio dette publique sur PIB. Dès lors, en période d'austérité - de restriction du crédit bancaire et de faible demande, comme c'est le cas aujourd'hui - , la seule façon d’alléger le fardeau de la dette publique est, selon Jim Leaviss, « d’instaurer des taux d’intérêt réels négatifs » et « de fabriquer de la fausse inflation. C’est le nouveau régime dans lequel nous nous trouvons actuellement » (voir le graphique).

Rendement contre risque

Mais le fait qu’une banque centrale admette que l’inflation n’est plus son sujet de préoccupation majeur pourrait décourager les détenteurs des titres d’Etats et les acheteurs potentiels… Leur appétit en titres souverains est fondamental afin de maintenir les taux d’intérêt des obligations émises au plus bas et ne pas alourdir des charges d’intérêts qui représentent déjà des montants considérables (14 % du budget américain par exemple).

Pourtant, dans un tel contexte, il est déconseillé aux investisseurs, qui seraient davantage attirés par la quête de rendement que par la sécurité, de s’intéresser aux emprunts d’Etat des pays développés confrontés au défi du désendettement. Dès lors, que choisir, des actions ou des obligations d'entreprises ? « Les actions des entreprises européennes offrent aujourd’hui des rendements supérieurs à l’obligataire grâce au niveau des dividendes distribués », répond Patrick Moonen, stratégiste senior chez ING IM.

Autre facteur qui milite en faveur d’un repositionnement, très progressif, en faveur des actions de la zone euro (lire l'entretien), « beaucoup de mauvaises nouvelles sont déjà dans les cours », constate Patrick Moonen. De leur côté, les Etats-Unis pourraient perdre leur statut d’eldorado : « Les analystes sont en train de revoir les estimations de résultats des entreprises pour 2012 et 2013 et il y a plus de révisions en baisse qu’en hausse, surtout parmi les sociétés américaines », révèle le stratégiste. Les discours concernant les marchés d’actions émergents aussi sont devenus plus prudents. Attention, met en garde Michael Godfrey, gérant de M&G Investments spécialisé dans les marchés émergents, « il n’y a pas de relation entre la croissance économique d’un pays et le retour aux actionnaires », précisant être à l’écart des sociétés chinoises cotées, « plus préoccupées par le soutien de l’activité économique de leur pays que par leur bénéfice par action ». Si les gérants se sont habitués à travailler dans un nouvel environnement, la sélection minutieuse de sociétés est plus que jamais à l'ordre du jour.

A lire aussi