GPGA

Les gérants relèvent le défi de la crise

le 24/11/2011 L'AGEFI Hebdo

L’édition 2011 des Grands Prix de la Gestion d’Actifs de L’Agefi consacre l'obligataire et un retour des boutiques.

Photo : Thinkstock

A période troublée, palmarès chamboulé. Le classement de cette 12

eédition des Grands Prix de la Gestion d’Actifs (GPGA) de L'Agefi est en grande partie renouvelé par rapport à l’an dernier. Seuls trois fonds parviennent à conserver leur place de leader, près des deux tiers des lauréats sont des nouveaux venus par rapport à 2010, et sur quinze catégories primées, trois voient leur trio de tête totalement modifié. Il faut dire que la période de référence du classement, de juillet 2008 à juin 2011, a été particulièrement mouvementée. Pendant ce laps de temps, les gérants d'actifs ont été mis à rude épreuve entre chute des marchés consécutive à la faillite de Lehman Brothers, rebond spectaculaire en 2009, stagnation en 2010 et début de correction au premier semestre 2011. « Ce classement illustre la capacité des gérants actifs à générer de l’alpha », souligne Régis Bégué, directeur de la gestion actions chez Lazard Frères Gestion. Rappelons que les lauréats des GPGA sont les fonds ayant dégagé le meilleur alpha sur trois ans, c’est-à-dire ayant réussi à surperformer le mieux leur univers d’investissement. Ce prix repose sur une méthodologie établie par l’Edhec, en partenariat avec EuroPerformance-Six Telekurs (lire la méthodologie).

« Nous recherchons avant tout des primes de risque élevées non justifiées, indique Philippe Chaumel, gérant chez Rothschild & Cie Gestion. Il faut avoir une vision claire, de vraies convictions, le courage de prendre des positions longues quand les marchés sont chahutés et d’alléger dans l’euphorie. » Moins dominateur que lors des précédentes éditions, Rothschild et Cie Gestion garde tout de même son statut de « boutique d’alpha » avec deux premières places, dans la catégorie Actions françaises (R Conviction France) et en Diversifiés internationaux (R Club). La société de gestion perd néanmoins son rang de numéro un en Actions euro où elle n’est plus que troisième avec R Euro Dynamique.

Résistance des grands noms

Credit Suisse Fund Equity Management égale la performance avec deux premières positions en Actions internationales (Credit Suisse Equity Fund Global Value CHF) et en Actions sectorielles (Credit Suisse Equity Fund Global Prestige). Sans surprise, dans cette catégorie, le trio de tête est composé de fonds spécialisés dans les valeurs du luxe, secteur qui a permis de dégager les meilleures performances sur les actions ces trois dernières années. Par ailleurs, fonds étrangers (7) et français (8) se partagent le palmarès. Tandis que les grandes maisons de gestion (Schroders, Invesco, Morgan Stanley, Axa, Aviva, Allianz ou Amundi) font preuve d’une bonne résistance.

Malgré cette domination des grands noms, quelques boutiques reviennent en force cette année dans notre classement. La Financière de l’Echiquier en Actions européennes (Echiquier Major), Martin Maurel Gestion en Actions émergentes (Essor Emergent) et Amplégest en Actions euro (Amplégest Multicaps) accompagnent Rothschild & Cie Gestion cette année. Réputées pour leur gestion stock-picking, ces petites sociétés montrent leur capacité à générer de l’alpha.

Mais la grande nouveauté se trouve dans les performances des fonds obligataires. Généralement considérées comme ayant une faible capacité à générer de la surperformance, ces gestions ont montré un tout autre visage au cours des trois ans écoulés. Le fonds ayant généré le plus important alpha est Amundi Funds Bond Global Aggregate AU. « Il n’y a jamais eu autant de volatilité sur le marché obligataire, que ce soit sur les dettes souveraines que sur le ‘corporate’ », remarque Didier Bouvignies, associé gérant chez Rothschild & Cie Gestion. Une telle évolution est le résultat de la forte dislocation du marché obligataire au cours des trois dernières années, d’abord sur le crédit puis sur les dettes souveraines. « Désormais, nous intégrons le risque de crédit dans les obligations d’Etat du fait de l’émergence des nouveaux risques apparus sur la dette souveraine avec la crise de la zone euro », explique Jérôme Broustra, gérant obligataire chez Axa IM. Le champ des possibles est aujourd’hui beaucoup plus étendu qu’il ne l’était avant la crise de 2008.

« Pour faire de la surperformance de manière régulière, il faut savoir jongler avec les sources d’alpha  », poursuit Jérôme Broustra. « Il faut avant tout être rigoureux, arriver à garder le cap et ne pas être guidé par les modes de marché, ajoute Régis Bégué. Nos fonds actions sont corrélés au marché mais ne cherchent pas systématiquement à en amplifier les mouvements. C’est la sélection des titres, et donc la génération d’alpha, qui va faire la différence. »

L'ennui, c'est que la période de référence ne prend pas en compte la correction subie par les marchés d’août à septembre. Trois mois au cours desquels les gestions actives ont beaucoup souffert. « Le défi sera plus difficile pour l’année prochaine car cet été, nous avons souffert de notre forte exposition au marché et notamment aux financières », confirme Didier Bouvignies. Déjà du côté de la collecte, la crise fait des dégâts. Les fonds actions, obligataires et diversifiés accusent 30,5 milliards d'euros de retraits depuis janvier.

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