Dossier Forum de la Gestion d'Actifs

Les gérants quantitatifs enrichissent leurs modèles

le 06/10/2011 L'AGEFI Hebdo

Les indicateurs habituels sont mis à l’épreuve et de nouveaux facteurs doivent permettre de mieux appréhender le contexte des marchés.

S’appuyer sur un modèle permet de se libérer de la psychologie des marchés, car la pression sur les investisseurs est très forte, considère Pierre Richert, directeur financier d’Agrica. Aussi, le modèle ne doit pas être galvaudé par une intervention humaine. » La succession d’événements extrêmes ces dernières années pose tout de même la question de l’opportunité pour un gérant de fonds quantitatif de corriger parfois les arbitrages préconisés par le modèle, d’assouplir ce mode de gestion dit « systématique ». « La survenance une ou deux fois par an d’un événement exogène, dont les conséquences ne peuvent être prévues par notre modèle, peut nous inciter à mettre un titre ou un secteur sous surveillance », relève Martin Kolrep, gérant de portefeuille senior chez Invesco Quantitative Equity à Francfort, qui cite les accidents BP et Fukushima.

Mais outre ces événements devenus plus fréquents, le contexte de marché a profondément évolué et ces spécialistes se doivent d’en tenir compte. Des facteurs ont été intégrés ou ont pris de l’importance. « De nouveaux risques sont apparus. La thématique du risque souverain était encore récemment absente. A l’inverse actuellement, les facteurs micro, les critères de valorisation ne fonctionnent pas. Il faut s’affranchir de ces pièges et trouver les indicateurs qui permettent de bien comprendre les changements de régimes de marchés pour bâtir une allocation d’actifs optimale », analyse Frédéric Dodard, responsable Europe des stratégies multiclasses d’actifs de State Street Global Advisors, qui travaille depuis un an avec son équipe à la redéfinition de son modèle. Le niveau de volatilité implicite sur les indices actions, les paires de devises et les spreads sur la dette risquée apparaissent ainsi désormais comme des facteurs clés pour piloter de manière réactive le risque des portefeuilles. « Les réflexions sur le fonctionnement des marchés sont permanentes, car un modèle qui n’évoluerait pas serait de moins en moins efficace, juge également Keith Balmer, gérant de portefeuilles chez AHL, la filiale de CTA (fonds de futures) du groupe Man. Cependant, nous n’intégrons pas des critères qui ne présenteraient un intérêt que dans le contexte du moment. Nous n’avons pas une approche opportuniste. » C’est ainsi que pour leur part, les gérants d’AHL se sont entre autres focalisés sur « la microstructure des marchés financiers », grâce à l’apport de la recherche académique de l’Oxford Man Institute of Quantitative Finance, au sein de l’université britannique. « En appréhendant mieux les livres d’ordres, nous pouvons acheter au meilleur prix, au meilleur moment », se félicite Keith Balmer. L’amélioration des modes d’intervention sur les marchés est aussi passée par le recours au trading électronique à hauteur de 80 % des volumes traités, contre 0 % avant 2005.

Influence de la volatilité

Il reste que malgré cette approche quantitative, l’objectif de nombreux gérants spécialisés n’est pas de se fonder exclusivement sur des données de marché. Cette gestion se veut aussi fondamentale. « Nous avons recours à des critères permettant d’évaluer la qualité de l’entreprise, tels que la croissance de ses revenus, son endettement, son ratio de dividende ou sa valorisation, détaille Martin Kolrep. Mais nous revoyons nos modèles tous les deux ans, et nous avons décidé d’accentuer la prise en compte des indicateurs de risque. » C’est ainsi que la volatilité des titres pris individuellement, mais aussi des secteurs, a beaucoup gagné en influence dans les prises de décision des fonds qu’il gère, fort du constat que les périodes de volatilité élevée comme faible sont toujours prolongées. « Surtout, nos études battent en brèche l’idée selon laquelle plus une action est risquée, plus son rendement est élevé, conclut le gérant d’Invesco Quantitative Equity. Le constat est inverse et c’est pourquoi nous sous-pondérons les titres et les marchés les plus volatils. »

L’un des paradoxes de ces stratégies est d’ailleurs d’être taxées de manque de transparence. Une accusation récusée par Keith Balmer : « Notre stratégie systématique est le contraire d’une boîte noire. Nous pouvons expliquer précisément, à partir des règles quantitatives prédéfinies, pourquoi nous prenons ou ne prenons pas telle ou telle position, argumente-t-il. Une transparence sur les prises de décision que ne peut offrir la gestion traditionnelle, discrétionnaire. » Un sentiment partagé, en tant qu’investisseur, par Delphine Proal, responsable de l’ingénierie financière de Sogecap, pour qui « l'un des intérêts de la gestion quantitative est la possibilité, via l'analyse des modèles, d'appréhender les limites de ces derniers, donc les risques sous-jacents. La proximité avec les équipes de gestion est donc essentielle et nous permet, en cas de décrochage des performances, d'en comprendre la cause et d'apprécier la réactivité de la société de gestion ».

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