L'analyse de... Jean-Paul Betbèze, chef économiste de Crédit Agricole SA

Le G20 et son filet

le 12/05/2011 L'AGEFI Hebdo

A chaque réunion, le G20 progresse. Il est né avec la crise, sous l’empire de la peur, pour essayer de comprendre peut-être, de se parler surtout. Bien sûr, au lieu de débattre des erreurs de chacun, un consensus s’est vite fait au début pour chercher la responsabilité chez les autres.

Très vite, les premières réunions du G20 ont été l’occasion de diatribes contre les bonus des traders, l’irresponsabilité de la finance, les erreurs des agences de notation. Les traders poussaient au crime, la finance leur donnait les moyens d’opérer, les agences encourageaient en chœur, avant de se raviser brutalement, et toujours ensemble.

Puis le G20 s’est consolidé. Ses membres se sont plus et mieux connus. Ce faisant, ils ont mieux pris en compte les problèmes autrement plus sérieux que pose le contrôle macroprudentiel de la finance, où il s’agit d’abord, pour chacun, de mieux voir ce qui se passe chez lui, pour en parler ensuite avec les autres. Et réciproquement.

Peu à peu, les conditions se mettent en place pour que des aspects d’intérêt commun se dégagent, stabilité financière d’abord, stabilité macroéconomique des grandes économies ensuite et surtout. Dès lors, il ne s’agit plus de critiquer le déficit budgétaire américain côté chinois, et en face la sous-évaluation du yuan côté américain, mais de se dire qu’ils sont symétriques, et dangereux pour tous. Les excédents de l’un sont les déficits des autres, d’autant plus importants que les sommes en jeu sont énormes et surtout que nul ne sait comment on passe sans crise d’une situation à ce point déséquilibrée à une phase d’ajustements concertés. C’est tout le problème. Le moment où l’on admet que les déséquilibres ne peuvent continuer, car ce monde n’est pas linéaire, n’est pas du tout celui où s’offre une solution coopérative. La crise est venue de l’excès d’un ajustement longtemps commode, en l’espèce les réserves chinoises qui renflouent les Etats-Unis. Mais elle peut conduire à une autre crise, celle du dollar qui fait monter l’euro. Les marchés financiers ne savent pas faire de compromis, il faut les guider.

Ce n’est donc pas une surprise si, en même temps, le président américain Barack Obama se préoccupe de réduire le déficit public et si Standard & Poor’s s’interroge sur la dette américaine. Il lui faudra diminuer les dépenses et monter les impôts. Bonne chance. Ce n’est pas non plus une surprise si la Chine s’inquiète du montant de ses réserves, autrement dit du risque qu’elle a « en réserve », et se demande comment le réduire. En soutenant la demande interne ? Bonne chance. Ce n’est pas davantage une surprise si l’Europe s’interroge sur ses poches de dettes et son insuffisance de croissance. Et si partout l’or monte… Personne n’est parfait, on le savait, mais on commence à oser dire que les fragilités sont interdépendantes, donc que les programmes de réforme doivent être cohérents entre eux, pour réduire les déséquilibres de tous. Notre seule chance se trouve là.

Le filet du G20 se tisse ainsi, avec des listes de pays, d’indicateurs, de programmes d’ajustement. Le multilatéralisme est accepté dans les débats sur les diagnostics, pas encore dans les stratégies complexes d’ajustement.

Ce filet concerne les pays systémiques, Etats-Unis, Chine, Inde, Allemagne et France (en réalité l’Europe). Une Europe qui s’inquiète du surendettement de certains de ses membres, qu’elle a donc décidé d’aider, mais sachant que tous doivent faire des efforts.

Ce filet concerne donc aussi la France, même si elle ne le savait pas ou ne voulait le savoir. Car il va bien falloir réduire ici le déficit budgétaire et la dette, maintenant que notre pays vient de signer un « pacte pour l’euro plus » et que les députés européens mettent en place des systèmes de sanction automatiques, autrement dit où « le politique » n’interviendra pas - entendez : ne ralentira pas.

Reste seulement à prévenir les responsables politiques français qui préparent les programmes présidentiels. Annoncer quoi que ce soit sans prendre en compte les engagements pris en amont aux niveaux du G20 et de l’Union européenne, avec les pistes de solution qui se dessinent, ne marque pas seulement un retard d’information mais surtout dans la compréhension de la solution. Bref c’est une grave erreur. Pécheurs que nous sommes, n’attendons pas de mansuétude du pécheur qu’est le G20. Comprenons plutôt qu’il est là pour nous aider : c’est un filet de sauvetage qu’il a !

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