Un homme, une équipe

Frédéric Sadaca, gardien de la gestion du risque chez Edrim

le 08/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Sorte de point nodal entre middle-office, système informatique et gérants, PARMM, qu’il a créé, est au service de la société tout entière.

Il a la gentillesse et l’abord patient des gens du sud-ouest. Le regard gris, l’accent toulousain « qu’il prend soin de ne pas perdre », Frédéric Sadaca, directeur du pôle PARMM (Portfolio Analytics Risks Management and Models) au sein d’Edmond de Rothschild Investment Managers (Edrim), témoigne d’un parcours où la finance est venue à lui par hasard. A 21 ans, il quitte les bords de la Garonne pour l’Ecole Centrale de Paris, « parce que c’est une école généraliste », explique-t-il sans humilité feinte. Sans goût particulier pour la finance, il y découvre néanmoins l’économie au sens large et envoie une de ses premières lettres de recherche d’emploi chez Société Générale dans l’espoir d’intégrer les rangs du service de recherche économique de la banque. Etonnamment, on l’invite à passer une journée d’observation à la Division Options (desk de trading d’options). Il observe donc et, huit heures plus tard, s’avoue intéressé. Il y restera huit ans en qualité de spécialiste sur les options de taux, et passera les deux dernières années à modéliser le système de Value-at-Risk (VaR) interne de Société Générale. Un premier pas dans la modélisation du risque qui a conduit Frédéric Sadaca chez Edrim quelques quinze ans plus tard en 2007, afin de développer « une politique de gestion du risque portée par une structure ad hoc », explique cet homme de 44 ans qui, entre ces deux maisons, a œuvré comme gérant d’actifs, stratégiste, responsable d’une plate-forme de fonds de fonds...

Plate-forme

Lorsqu’Olivier Neau, vice-président du comité exécutif et directeur des gestions d’Edrim, recrute Frédéric Sadaca, la gestion du risque est éparse, diversement traitée et scindée entre les différentes équipes de gérants. Partant de tableaux Excel, il la modélise en analysant les différents sous-jacents, leur diversification, leur liquidité… « La crise Lehman Brothers de 2008, une crise de liquidité sans précédent, a été ni plus ni moins un test grandeur nature de nos modèles de risques, souligne-t-il. La volonté d’Olivier Neau a été à ce moment précis de créer une équipe transversale étoffée en gestion des risques qui permette de mutualiser les éléments communs à l’ensemble des équipes de gestion. » Décembre 2009, le département est sur pied, totalement en ordre de marche. Deux personnes sont dédiées au pôle Gestion et exécution et deux autres au pôle Recherche et développement (R&D).

Oeuvrant dans le premier pôle, Damien Heckmann occupe le poste de responsable gestion déléguée et exécution des produits dérivés et complexes. L’un et l’autre capables de se remplacer mutuellement pourraient être qualifiés « de soutiens à la gestion, leur expertise étant mise au service de tous nos gérants », définit Frédéric Sadaca. Spécialistes de produits financiers complexes et de leur exécution sur les marchés, ils gèrent certains risques délégués par les équipes de gestion. « Pour ma part, je suis en charge du suivi de la politique de couverture du risque de change pour l’ensemble des portefeuilles maison », détaille Damien Heckmann. Spécialiste des options, swaptions, stratégies optionnelles sur indices, contrats futures et autres forwards, il gère au jour le jour l’évolution de ces dérivés et s’assure que le niveau de couverture de chaque fonds est scrupuleusement celui initialement établi. Son activité ne s’arrête pas là puisqu’il peut également prêter main forte au middle-office dans la valorisation de ces dérivés. Enfin, tous les ordres d’achat et de vente des fonds de hedge funds d’Edrim sont traités par lui. « Des opérations d’arbitrages complexes en raison de la spécificité de ce type de véhicule » entre lock-up (interdiction de sortie) et autres gates (rachats limités).

Des missions multiples

En son absence, Mariem Abejja prend le relais mais la jeune femme, avec le titre de gérante, intervient avant tout comme spécialiste pour le compte des gérants de fonds structurés (fonds à formule et à coussin). Au moment de la mise en place des fonds, les équipes de gestion diversifiée définissent l’allocation d’actifs ainsi que le niveau de risque auquel est exposé chacun de ces OPCVM. « L’équipe de contrôle des risques m’envoie les contraintes réglementaires et spécifiques à chaque OPCVM, indique-t-elle. Chaque jour, je dois scrupuleusement respecter ces différentes contraintes. Par exemple, en cas de dépassement du seuil de concentration par émetteur ou de la limite de la poche liquidité, j’arbitre. » En outre, Mariem Abejja gère un fonds systématique : Reflex. Exposé via des exchange-traded funds sur des actifs décorrélants - or, immobilier, dollar… -, il retient à chaque fin de mois les deux trackers ayant le mieux performé sur les trente derniers jours. Un fonds qui fonctionne selon un modèle imaginé par Philippe Sénéchault, responsable R&D. C’est depuis ce pôle que ce jeune homme de 30 ans, aidé de Ghislain Yanou, ingénieur recherche, phosphore sur l’élaboration de modèles mathématiques. Ses missions sont multiples : « Nous travaillons à évaluer (‘pricer’) des produits non listés et complexes, détaille Philippe Sénéchault pour les besoins de notre middle-office et des équipes de gestion. Nous avons notamment beaucoup travaillé avec les gérants de taux, particulièrement utilisateurs de ‘swaptions’ ». Il s’attèle à la création d’outils d’optimisation de portefeuilles afin d’aider les gérants. « Nous allons ainsi livrer ces prochaines semaines un outil qui permette à nos multigérants diversifiés et alternatifs de rationaliser leur allocation d’actifs en intégrant en amont, aux côtés de leurs vues de marché, une gestion des risques approfondie (modélisation de la volatilité, du rendement et de la corrélation des sous-jacents). » En outre, l’équipe de gestion Performance absolue ayant un besoin d’approvisionnement en stratégies, « elle fait appel à nous sur certaines thématiques, notamment sur des stratégies de crédit », poursuit-il. Philippe Sénéchault collabore également avec le service Solutions d’investissements pour participer à la création de nouveaux concepts (par exemple la modélisation des passifs sociaux des acteurs soumis à Solvabilité II, NDLR). Tout un programme. Que Frédéric Sadaca encadre activement, entre autres en initiant des discussions sur les améliorations à apporter aux modèles : « Les idées me viennent d’une littérature abondante, mais aussi de discussions engagées avec les gérants ici ou lorsque je les accompagne chez leurs clients. » A cela s’ajoute la participation à de nouveaux produits, la rédaction des cahiers des charges pour les éditeurs de logiciels, le développement d’outils informatiques… Si la tâche paraît énorme, Frédéric Sadaca n’hésite pas à sortir de ses formules mathématiques pour consacrer du temps à sa famille. Et à sa passion toute toulousaine. Le dimanche matin, c’est sacré : il est éducateur de rugby pour les enfants.

L'équipe

Valentin Routier, 26 ans, ingénieur financier solutions d’investissement

Damien Heckmann, 36 ans, gérant spécialisé sur l’exécution des produits dérivés et complexes

Frédéric Sadaca, 44 ans, directeur de PARMM

Mariem Abejja, 28 ans, gérante spécialisée dans l’exécution de la gestion structurée et à coussin

Ghislain Yanou, 32 ans, ingénieur recherche et modélisation

Philippe Sénéchault, 30 ans, responsable R&D

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