Franklin Templeton s’impose comme un gestionnaire majeur en Europe

le 05/05/2011 L'AGEFI Hebdo

Le groupe américain reste le premier collecteur sur le continent, où son entité française souhaite disposer d’une gestion locale.

Chez Franklin Templeton Investments, le bureau parisien entend bien contribuer à la performance du groupe. « En six mois (d’octobre à fin mars, NDLR), nous avons collecté 600 millions de dollars (403,7 millions d’euros), dont plus de la moitié auprès de clients institutionnels », se réjouit Dominique de Préneuf, directeur général en France. Cela représente déjà la moitié de la collecte record réalisée dans le pays durant l’exercice 2009-2010, clos en septembre dernier. Avec 4,4 milliards de dollars d’actifs à fin mars, la France n’est toutefois que le cinquième marché européen du gestionnaire d’actifs californien, qui connaît un succès inédit sur le continent. Principal collecteur de fonds en Europe en 2010, le groupe l’est encore sur le trimestre écoulé, avec 5,86 milliards de dollars de flux nets, selon Lipper.

A l’échelle mondiale, la collecte de Franklin Templeton a atteint 8,4 milliards de dollars à fin mars, soit une hausse de 163 % sur un trimestre mais une baisse de 52 % sur un an. Sur le premier semestre de son exercice 2010-2011, le groupe a dépassé sa taille d’avant-crise, tant en encours qu’en revenus. Il gérait 703,5 milliards de dollars d’actifs au 31 mars (+5 % sur un trimestre et +20 % sur un an). La zone Europe, Moyen-Orient, Afrique pèse désormais 16 % du total, derrière les Etats-Unis (68 %).

A la diversification géographique s’ajoute celle des classes d’actifs. Grâce à leur succès commercial, les fonds obligataires représentent 39 % des encours (voir le graphique) contre 21 % lors du précédent pic d’encours en 2007. En France, « nous réalisons deux tiers de notre collecte sur des produits obligataires depuis octobre 2010, explique Dominique de Préneuf. Ils représentent 40 % de nos encours en France, contre 15 % seulement il y a deux ans. Nous n’avons plus l’image d’une maison centrée sur les actions, même si certains produits comme Franklin Mutual European continuent à avoir du succès. »

Nouvelle offre d’allocation

Dans la Sicav luxembourgoise du groupe, la plus grosse d’Europe avec 122,3 milliards de dollars d’encours fin 2010, ce sont deux compartiments obligataires qui ont drainé les flux les plus importants. Lipper les a classés premier et troisième plus gros collecteurs de leur catégorie l’an dernier. « En France, ces fonds phares Templeton Global Bond et Templeton Global Total Return - tous deux surpondérés pour le moment sur les émergents - ainsi que Templeton Emerging Markets Bond drainent toujours une forte collecte, assure Dominique de Préneuf. Dans le sillage de la crise de la dette en Europe, nous constatons une vraie recherche de diversification des institutionnels français vers la dette et les actions des pays émergents, même si ces derniers suscitent des craintes actuellement. Nous avons par exemple enregistré de faibles rachats sur Templeton Asian Growth. » Les produits actions du groupe ont enregistré 2,3 milliards de dollars de retraits à l’échelle mondiale sur le trimestre.

Vis-à-vis des autres clients français, surtout des banques privées et des plates-formes dédiées aux conseillers en gestion de patrimoine, « notre dynamique a été moindre. Les grands distributeurs se sont recentrés sur leur propre gamme, poursuit le responsable parisien. A nous de les convaincre de travailler avec des gestionnaires extérieurs ». Fort de son modèle multiboutique, Franklin Templeton veut pousser en France les fonds thématiques de sa gamme Franklin, « mais nous ne pouvons vendre quinze produits à la fois et ne souhaitons pas promouvoir des ‘produits du mois’, relève Dominique de Preneuf. Nous privilégions une approche de long terme ».

Pour autant, il estime qu’il lui manque des produits de droit français malgré l’entrée en vigueur, en juillet, de la directive Ucits IV qui encourage les flux transfrontaliers. « Notre développement en France passe par une gestion locale pour avoir une offre d’allocation d’actifs adaptée au marché et proposer des mandats sur les actions françaises, précise-t-il. Nous pourrions embaucher ou racheter une entité existante, comme nous l’avons fait ailleurs. Le projet avance mais le groupe donne la priorité aux pays où il ne peut pas commercialiser sa Sicav luxembourgeoise et aux pays émergents. »

D’ici à la fin de l’année, il devrait tout de même disposer d’un produit d’allocation. « Il s’agira d’un fonds Ucits III baptisé Global Tactical Asset Allocation, annonce Dominique de Préneuf. Il sera géré des Etats-Unis, du Canada et d’Allemagne et uniquement investi dans des fonds Franklin Templeton, dans toutes les classes d’actifs. » Reste à savoir si son style de gestion séduira en France.

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