France, un nouveau modèle de croissance s’impose

le 28/02/2013 L'AGEFI Hebdo

Consensuel pendant quinze ans, le schéma de l'activité économique tirée par la consommation et l'immobilier atteint ses limites.

Un forum pour l’emploi à Lyon. Les destructions d’emplois n’encouragent pas la confiance des ménages. Photo ©Stephane AUDRAS/REA

La position de la France en Europe a toujours été de se situer pour une moitié au nord et pour l’autre au sud, une position médiane confirmée une nouvelle fois par les résultats du PIB pour 2012. L’essoufflement de l’activité économique depuis mi-2011 en zone euro s’est matérialisé par une descente en paliers des taux de croissance du PIB dans tous les pays. Au sud, les économies italienne, espagnole ou grecque qui étaient déjà confrontées à des évolutions négatives du PIB, ont vu leurs maux empirer pour s’installer franchement en récession. Au nord, les économies allemande, autrichienne ou finlandaise, qui se maintenaient sur un sentier de croissance en légère pente, l’ont vu s’aplatir. Située entre les deux blocs, dans le ventre mou, la croissance de l’économie française pointe un « zéro » généralisé en 2012 : croissance zéro pour le PIB (avec trois trimestres négatifs), mais aussi pour la consommation des ménages ou l’investissement total (+0,6 % pour les ménages, -0,7 % pour les entreprises). A ce niveau, les destructions d’emplois sont nombreuses et le taux de chômage grimpe.

La tendance va se poursuivre en 2013 : la Commission européenne prévoit l’épaisseur du trait (+0,1 %) pour la croissance du PIB français, soit moins que la marge d’erreur du calcul des comptes nationaux. Selon ce scénario, une amélioration devrait être perceptible en fin d’année. Pour l’instant, les indicateurs avancés ont tendance à noircir le tableau. La contraction de l’activité dans le secteur privé est au plus haut depuis quatre ans, indique le dernier PMI Markit pour la France. Les indicateurs avancés de l’OCDE* soulignent, de leur côté, un décrochage plus important de l’activité en France que chez ses voisins. Concrètement, la situation des entreprises, en particulier les TPE, devient critique dans l’Hexagone. Moins d’une sur trois règle ses factures dans les délais, observe l’organisme Altares, et « 

36,6 % d’entre elles décalent leurs paiements jusqu’à quinze jours, un record en Europe ».

La roue tourne

L’avenir promis aux ménages n’a rien de réjouissant. Ils ont devant eux des destructions d’emplois, des hausses d’impôts, une baisse de leur pouvoir d’achat (dans sa définition Revenu disponible brut par unité de consommation) et de l’austérité budgétaire (équivalent à 2 points de PIB à « partager » avec les entreprises). « Même avec un effet multiplicateur conservateur de 0,5, l’ajustement budgétaire coûtera 1,5 point de PIB en moins par rapport au potentiel de croissance. A lui seul, cet effet nous amène à une croissance zéro en 2013. Pour maintenir leur consommation malgré le durcissement fiscal, les Français devront désépargner », estime Michel Martinez, chef économiste France de Société Générale CIB. « Jusqu’ici, le gros de la crise a été supporté, en termes de partage des revenus, par les entreprises au point d’entamer sérieusement leur profitabilité. Leur taux de marge opérationnelle est désormais au plus bas depuis 1985 (voir le graphique ci-dessus, NDLR). Ce qui explique la bonne tenue relative de la consommation depuis 2008, notamment la hausse de son poids dans le PIB. A partir de cette année en revanche, l’ajustement devrait être supporté par les ménages, et ce à double titre avec tout d’abord un partage de la valeur ajoutée en leur défaveur via un très net ralentissement de la masse salariale et, surtout, d’un point de vue budgétaire, avec la hausse des prélèvements fiscaux votée en loi de Finances », assure Jean-Christophe Caffet, économiste à Natixis qui ne table pas sur une baisse du taux d’épargne des Français. Face à un cycle immobilier qui vient d’entamer une phase de repli avec un gel des transactions, une chute des mises en chantier et bientôt l’étape suivante, à savoir la chute des prix, les ménages sont entrés dans un processus de désendettement, en principe propice au maintien du taux d’épargne.

Avec la fin du long trend haussier de l’immobilier résidentiel commencé dans la seconde moitié des années 90, c’est l’ère du « consommateur-roi », de la consommation des ménages tirant la croissance économique française, qui touche à sa fin. « Le modèle de croissance axé sur la demande des ménages, leur consommation et leur investissement immobilier, atteint ses limites. Car ce modèle ne reposait pas sur une dynamique des revenus primaires, mais bien plutôt sur l’endettement des agents, explique Michel Martinez. Il reposait aussi sur les transferts sociaux (voir le graphique ci-dessous, NDLR). Les transferts nets des impôts en pourcentage du revenu disponible ont progressé tout au long de la décennie écoulée, de 5 % en 2000 à plus de 9 % en 2010. L’Etat soutenait la consommation par les déficits publics. Or ce modèle est cassé. La consommation et le logement ne peuvent plus être les moteurs principaux de la croissance. »

Phase de transition

Cette politique de soutien à la demande s’est bâtie « au détriment des structures productives de la France, poursuit l’économiste de Société Générale CIB. La profitabilité des entreprises a beaucoup diminué pour devenir la plus faible d’Europe. En termes de commerce extérieur, la part des ventes françaises dans les exportations de la zone euro vers le reste du monde est passée de 18,5 % à 13 % entre 2000 et aujourd’hui ». Il s’agit désormais de réorienter les ressources disponibles vers l’offre, d’opérer un transfert des ménages vers les entreprises, selon plusieurs économistes. « Le secteur productif a besoin de respiration », note-t-il.

« En 2013, nous entrons dans une phase de transition visant, à terme, le rééquilibrage du modèle de croissance français. La part de la masse salariale dans la valeur ajoutée va baisser, car les entreprisesvont chercher à restaurer leurs marges », poursuit Jean-Christophe Caffet qui table sur un redressement du taux de marge d'un point en 2013. Un début. C’est nécessaire pour mettre un terme au sous-investissement chronique dans l’industrie au cours de ces dernières années.

Pour beaucoup d’économistes, il s’agit d’un non-choix entre un modèle en fin de course dans l’incapacité de dégager un iota de croissance et de créer des emplois, d’un côté, et un modèle de l’offre susceptible de régénérer l’activité dans quelques années, de l’autre. Ruse de l’histoire : il revient au gouvernement socialiste de briser l’ancien consensus politique reposant sur le soutien à la consommation et de jeter les bases de ce nouveau modèle de croissance aux airs de « cure allemande » des années 2000. Le « fiscal compact », le pacte de compétitivité et la réforme du marché du travail de janvier dernier (CICE - crédit d’impôt compétitivité emploi) ont ouvert la voie.

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