La France dans la tempête

le 15/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Après la Grèce, le Portugal, l’Irlande, l’Espagne et l’Italie, voici que la France concentre à son tour la défiance des marchés au point de voir sa notation AAA menacée (lire L’Evénement page 8). Le sentiment d’injustice ressenti à Paris peut se comprendre. Il est clair que la bourrasque s’est déchaînée après la perte par les Etats-Unis de leur Triple A, qui a conduit les investisseurs à rechercher le prochain sur la liste des dégradés en puissance. Pour autant, chercher dans un quelconque complot anglo-saxon l’origine de leur défiance envers la France est s’engager sur la mauvaise route.

A mesure que montent les doutes sur l’avenir de la zone euro, il n’est pas surprenant qu’une épreuve particulière soit réservée au pays qui demeure le verrou politique du système mais qui, contrairement à l’Allemagne, présente un passé budgétaire calamiteux. Notre pays aligne 35 années de déficits budgétaires cumulés et de promesses de redressement non tenues. Le poids des dépenses publiques dans le PIB compte parmi les plus hauts du monde tout comme celui des prélèvements obligatoires. En l’absence de maîtrise des premières, les seconds sont condamnés à galoper tout comme le déficit. Ces chiffres reflètent sans doute le choix de société de financer à crédit le progrès social. L’attitude des marchés signifie que cette route est désormais fermée et que seule demeure ouverte celle de la réduction massive des dépenses publiques. Elu pour cinq ans, le gouvernement en a la légitimité à défaut de l’autorité politique. Or plusieurs signes montrent que ce message n’est pas compris. Le retour à un excédent primaire est trop lointain, les atermoiements sur la « règle d’or » déplorables, tandis que les récents arbitrages Fillon consacrent en quasi-totalité un relèvement des impôts. Déjà les CDS du pays atteignent des sommets et l’écart OAT/Bund se creuse. Sur les marchés, la France a déjà perdu son AAA. Attendra-t-on pour réagir que le rendement des OAT décale à la hausse comme ceux de l’Italie ?

Dès lors s’explique mieux une autre menace, plus immédiate, venue planer sur la notation nationale dont dépend celle du Fonds européen de stabilité financière (FESF) : le massacre du cours des banques en Bourse. Là encore, la sévérité de la sanction étonne car elle méconnaît la gestion prudente de ces bonnes élèves de Bâle III. Mais outre que leurs méthodes comptables et les particularités de leur mode de financement déroutent nombre d’investisseurs, la réduction des bilans bancaires par rapport au PIB, même en tenant compte des particularismes locaux, y est moins rapide qu’ailleurs. D’où le retour sur les marchés du spectre de la nationalisation. L’heure de l’amaigrissement a sans doute sonné pour elles, comme l’a compris Société Générale. Mais l’essentiel de la réponse appartient à l’Etat français qui ne peut plus, ne doit plus, différer un radical changement de cap.

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