Entretien avec... Philippe Crevel, secrétaire général du Cercle des épargnants

« Les Français achètent pendant les bulles et revendent au plus bas »

le 02/12/2010 L'AGEFI Hebdo

Pourquoi les Français délaissent-ils les marchés boursiers ?

Je ne serai pas aussi catégorique que cela. Les cultures française et allemande se distinguent nettement de celles des Anglais ou des Américains, plus engagées sur le front de l’actionnariat. Tandis que les financements en fonds propres alimentent l’économie du Royaume-Uni, celle de la France repose essentiellement sur son système bancaire. Si les Français sont méfiants vis-à-vis des marchés d’actions, c’est aussi parce qu’il y a un déficit de culture économique. Les Français - mais ils ne sont pas les seuls - achètent des titres quand les bulles se forment et les revendent au plus bas. Suivant les modes, le marché « actions » attire ou effraie. On compte ainsi désormais près de 6 millions de détenteurs d’actions en direct, soit un million de moins qu’avant la crise. Leur nombre est inférieur à celui de 1987, où près de 7 millions d’actionnaires en direct étaient recensés, encouragés à cette époque par la vague des privatisations. Seulement 2 millions de détenteurs d’actions en direct étaient dénombrés en 1982.

Dans quel sens va la révision de la fiscalité ?

Réduction du déficit public oblige, la tendance n’est guère aux cadeaux fiscaux avec, notamment, le projet du gouvernement de revoir le bouclier fiscal et de créer un nouvel impôt sur les revenus du patrimoine qui se substituerait à l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF). Dans un tel contexte, il paraît peu probable que la taxation sur les revenus du capital soit allégée. Bien au contraire. D’ailleurs, le crédit d’impôt sera supprimé en 2011, les prélèvements sociaux rehaussés et les plus-values taxables dès le premier euro dans les comptes titres. Aujourd’hui, l’instrument d’épargne le plus sympathique pour investir en Bourse est le plan d’épargne en actions (PEA), encore totalement exonéré de l’impôt sur les plus-values à la sortie au-delà de cinq ans de détention et qui permet aux dividendes d’échapper à l’imposition sur le revenu (mais pas aux cotisations sociales, NDLR).

Les actions pourraient-elles être favorisées avec le développement de l’assurance dépendance ?

Plusieurs pistes seront discutées afin de financer le coût du cinquième risque. Tout est encore ouvert. On ne sait pas si l’assurance dépendance sera collective ou individuelle, ni même obligatoire et quelle part sera accordée au secteur privé. Certains imaginent un partenariat public/privé. Si cette option était retenue, ce serait une révolution. Les placements à long terme devraient être alors encouragés. Cela pourrait être l’occasion de promouvoir le placement « actions » que ce soit à travers un produit d’assurance dépendance spécifique ou à travers l’adjonction d’un département « dépendance » à l’assurance-vie ou aux produits d’épargne retraite.

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