L'avis de... Jim Leaviss, responsable du portefeuille obligataire chez M&G

« La 'forward guidance' de la Banque d'Angleterre ne fonctionne pas »

le 10/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Comment se porte l'économie britannique ?

Les données économiques ont agréablement surpris au début du mois d’août, montrant qu’elles étaient même supérieures aux données de la zone euro et des Etats-Unis, pourtant elles aussi plus fortes que prévu. Ces bonnes nouvelles étaient attendues mais des difficultés persistent, à l’image du déficit public et de l’inflation.

Que pensez-vous de la nouvelle orientation de la Banque d’Angleterre (BoE) ?

La forward guidance ne fonctionne pas et a même eu l’effet contraire à celui escompté. La hausse des rendements des gilts montre à quel point les investisseurs obligataires ont dédaigné cette politique qui stipule que les taux d’intérêt peuvent demeurer en l’état pendant encore au moins trois ans. Plus précisément, le nouveau gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney a déclaré que le taux directeur ne dépasserait pas 0,5 % tant que le taux de chômage n’atteindrait pas 7 %, un objectif qui prendra trois ans, selon la BoE. Or cette orientation s’accompagne de trois conditions qui changeraient la donne si elles devaient s’appliquer : la prévision de la BoE en matière d’inflation monte à 2,5 %, les attentes en matière d’inflation sur le moyen terme ne sont plus ancrées ou encore la baisse des taux pose un problème à la stabilité financière. Toute la difficulté pour la BoE est que le marché s’est concentré sur ces trois conditions plutôt que sur la promesse de l’emploi et du taux de chômage.

Quelles sont les conséquences de cette nouvelle stratégie de communication ?

En communiquant très précisément sur leur politique, les banques centrales risquent soit de ne pas dévier de leur route même si les circonstances économiques tendaient à les y inviter, soit, à l’inverse, de perdre la face, la crédibilité et la confiance des marchés en revenant sur leurs engagements. Un point positif, la forward guidance peut aider à maintenir la stabilité du marché ou encore à réduire les niveaux de stress dans des périodes économiques troublées. Cela dit, je m’inquiète du fait que l’étendue de cette politique ait pu ôter aux banques centrales leur capacité à surprendre et à choquer les marchés. Les chocs, ou la possibilité de choquer, sont des leviers importants et qui agissent comme garde-fous dans l’éventualité de prêts ou d’investissement imprudents. Les banques centrales ont perdu ce pouvoir qui incitait les marchés à deviner. De cette incapacité à secouer les marchés pourraient très bien naître des bulles d’actifs.

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