L’avis de... Juan Carlos Rodado, économiste chez Natixis

« La forte baisse du real est tout à fait justifiée »

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Le niveau actuel du real est-il déconnecté des fondamentaux de l’économie brésilienne ?

Au vu des fondamentaux, la forte baisse du real depuis mai dernier est tout à fait justifiée. Les taux longs brésiliens commencent seulement à refléter la réalité. Les investisseurs prennent la mesure des problèmes structurels du Brésil. La croissance est contrainte car les entreprises locales ne parviennent pas à répondre à la dynamique de la demande brésilienne. Cinq facteurs l’expliquent : le sous-investissement privé et en infrastructures qui perdure, les coûts salariaux devenus exorbitants avec le reflux du chômage, la surévaluation passée du change, les prix élevés de l’énergie et, surtout, une corruption chronique. L'excédent primaire budgétaire diminue rapidement, les autorités brésiliennes ayant engagé des dépenses supplémentaires afin de calmer les tensions sociales. Parallèlement, le déficit courant a atteint 3,4 % du PIB en juillet, soit son plus important niveau en plus de dix ans. L’annonce de la Réserve fédérale de l'arrêt prochain de sa politique monétaire non conventionnelle a été un signal : les investisseurs ont reconsidéré le risque émergent et rééquilibré leurs portefeuilles, mettant fin à l’euphorie obligataire sur les marchés émergents.

Quelles sont les marges de manœuvre de la banque centrale ?

Le Brésil a perdu sa crédibilité auprès des investisseurs. La devise brésilienne continue de baisser contre le dollar malgré de multiples interventions à coups de swaps afin d’assurer la liquidité en dollars (60 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année) et de hausses de taux d’intérêt. La Banque centrale du Brésil vient de porter son taux directeur à 9 % et je pense qu’elle le relèvera encore à 9,5 % en octobre. Elle pourrait aussi utiliser ses réserves de change pour intervenir sur le marché

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Comment relancer la croissance ?

Relancer l’activité est un pari difficile avec ces nouveaux niveaux de taux susceptibles de pénaliser l’investissement. Faire baisser l’inflation (6,3 % en juillet) semble compromis compte tenu de la dépréciation du real. Le moral des ménages et des industriels est au plus bas depuis la dernière crise et le marché de l’emploi pourrait se dégrader. Conséquence : la consommation, le premier moteur de la croissance brésilienne, va souffrir. Les autorités brésiliennes pourraient être tentées d’accroître les dépenses publiques, sans pour autant engager des réformes de fond mal perçues par la population, à un an seulement des élections. Et pourtant, avec 372 milliards de dollars de réserves de change et un faible niveau de dette publique nette, les moyens d’un véritable plan de relance ne manquent pas. J’anticipe une croissance du PIB de 2,2 % en 2013 et de 2 % seulement en 2014.

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