L'avis d'expert de Manuel Arrive, directeur senior, notation en gestion d’actifs, Fitch Ratings

« Ces fonds vont profiter de la tendance nouvelle dans les pays émergents »

le 20/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Les fonds actions à haut rendement vont-ils souffrir de la hausse des cours ?

Il s’agit là de véhicules qui surperforment en période de croissance faible, d’où leur succès ces dernière années. Inversement, ces fonds auront tendance à sous-performer en cas de marché haussier du fait d’un bêta généralement inférieur à 1. Cela dit, même si l’embellie économique se confirme, je pense que la problématique de la régularité du rendement va rester d’actualité dans toutes les classes d’actifs. D’autre part, ces fonds vont aussi profiter d’une tendance qui, à l’inverse de l’Europe, s’affirme en Asie et dans les pays émergents en général, où les sociétés sont de plus en plus nombreuses à verser des dividendes de plus en plus élevés. Or, les investisseurs dans cette thématique veulent précisément des dividendes élevés, réguliers et en croissance.

Quels risques particuliers présentent-ils ?

Le principal risque est une réduction des dividendes pour financer le développement de la société. En effet, politique de dividendes élevés et investissements de croissance ne sont pas toujours compatibles. Le défi pour le gérant est donc de réconcilier l’approche revenu avec les perspectives de croissance des sociétés. Il faut surveiller aussi un éventuel biais sectoriel, ces fonds investissant souvent dans des valeurs financières, de la santé, des télécoms ou des services aux collectivités. Il s’agit là, par exemple, de secteurs plus régulés qui peuvent donc réserver de mauvaises surprises en cas de changement de la réglementation.

En pratique, quelle expertise doivent déployer les gérants ?

Ils commencent par filtrer l’univers d’investissement  en utilisant des critères quantitatifs, liés par exemple au pay out ratio (ratio de distribution, soit la part du résultat consacrée au versement de dividendes) ou au dividend yield (ou ratio dividende sur prix de l’action) qui doit se situer autour de 4% à 5% contre environ 3,5% pour le MSCI Europe. Ensuite, il s’agit de s’assurer de la soutenabilité du dividende au moyen d’une analyse fondamentale et toute la valeur ajoutée du gérant est là. Il arrive même que des gérants investissent dans une société avant qu’elle ne paye du dividende, il faut alors être à l’affût de certains signes, comme la réduction des investissements (capital expenditures), et il est nécessaire de dialoguer avec le management pour comprendre ses intentions. Certaines maisons utilisent – avec succès - des dérivés (vente de call options) ou des structured notes pour améliorer les revenus, selon une nouvelle tendance notamment illustrée par Schroders, Pioneer ou Henderson. Il est important que l’investisseur soit clairement informé de ces stratégies atypiques dans des fonds à hauts dividendes qui peuvent introduire certains biais ou certains risques, notamment de contrepartie.

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