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Les fonds de volatilité mettent en avant leur gestion active

le 20/03/2014 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs s’interrogent sur l’opportunité de revenir sur ce type de protection alors que la volatilité est revenue à ses niveaux d’avant-crise.

La volatilité sur les marchés actions est revenue à ses niveaux d’avant-crise, entraînant des pertes pour les fonds investis dans cet « actif » de protection. « Ce n’est pas une surprise, lance Franck Trividic, responsable gestion allocation flexible et volatilité de Seeyond (pôle de volatilité et structurés de Natixis AM). Quand il y a un retour de confiance sur le marché, les actifs risqués en profitent et les produits de protection en pâtissent. » Le contexte a en effet été compliqué pour les fonds structurellement longs, c’est-à-dire acheteurs, de volatilité. Ils ont perdu sur leur exposition directionnelle du fait de la baisse de la volatilité, passée de 30 % à la mi-2012 à 18 % actuellement (volatilité implicite sur les options EuroStoxx à 1 an), mais aussi sur le coût de portage inhérent à ce type de stratégie. « L’achat de volatilité fonctionne comme une prime d’assurance, poursuit Franck Trividic. Quand le risque ne se matérialise pas, cela coûte cher. »

Dans un portefeuille diversifié

 

« Nous sommes dans un régime de volatilité basse du fait des interventions des banques centrales, explique Antoine Lim, co-gérant des fonds de volatilité chez CCR AM. Toute tentative de hausse de la volatilité est contrée par des déclarations des membres des instituts d’émission. » L’intérêt des investisseurs pour les fonds spécialisés a donc été moins marqué. « Ces fonds ont subi des rachats en raison des performances mais aussi des perspectives moins favorables pour la volatilité », souligne Gilbert Keskin, co-responsable de la gestion volatilité chez Amundi.

Toutefois, vu les niveaux de volatilité très bas actuels, certains estiment tout de même opportun de construire une position dans un portefeuille diversifié. « C’est avant tout un choix de gestion, juge Antoine Lim. Certes la couverture réduit la performance mais elle va permettre de diminuer la volatilité globale du portefeuille. » L'objectif est de réduire les risques de draw down dans les phases de baisse majeure, comme en 2008 ou 2011, la volatilité et les actions évoluant en sens inverse. Cela permet aussi de se protéger contre une baisse des obligations privées. De fait, à l’instar des actions, il y a une forte corrélation avec les spreads de crédit. « Le plus judicieux est de constituer cette poche en période calme, comme c’est le cas actuellement », note Gilbert Keskin. Le poids de cette poche dépendra de la part des actifs risqués dans le portefeuille.

Si les investisseurs anticipent une remontée de la volatilité, principalement en raison de l’évolution de la politique monétaire de la Fed, pour l’heure, le marché reste très calme. « Un retour de la volatilité est possible, indique Antoine Lim. Le plus compliqué est d’avoir un bon timing pour se positionner. » D’où l’importance pour les gérants de mettre en œuvre des gestions actives. « Il est essentiel d'être flexible dans la gestion de la volatilité afin d'améliorer le couple risque-rendement de ce type de position », poursuit Franck Trividic. L’équipe de gestion va s'aider de modèles propres pour analyser l'ensemble des paramètres de la volatilité (son niveau, sa dynamique, sa structure par terme...). « Actuellement, nous cherchons à tirer profit des opportunités offertes lors des phases de stress temporaires afin de limiter le coût de portage de la stratégie », complète-t-il.

Les gérants de CCR AM jouent, pour leur part, sur la structure par terme de la volatilité. Ils vendent des maturités courtes et en achètent des longues avec pour résultat une division par cinq du coût de portage. Par ailleurs, ils vont gérer dynamiquement l'exposition du portefeuille : l'augmenter quand la volatilité baisse et la diminuer quand elle progresse. Ce qui va permettre de financer la position structurellement longue.

De leur côté, les gérants d'Amundi vont être acheteur ou vendeur de volatilité en fonction du niveau de celle-ci. « La moyenne historique de long terme se situe autour de 25 %, explique Gilbert Keskin. Lorsqu'elle est inférieure, nous sommes plutôt acheteurs de volatilité et pouvons passer vendeurs au-dessus. C’est une stratégie qui tire parti des changements de régime de volatilité. » L’attentisme semble toutefois de rigueur pour les investisseurs. Si les périodes de forte volatilité sont rarement longues, avec un retour à la moyenne au bout de deux à trois mois, il n’en va pas de même pour les régimes de volatilité basse, comme actuellement. « Depuis un an et demi, ceux qui ont attendu, anticipant une baisse de la volatilité, ont eu raison », constate Antoine Lim. Et depuis le début de l’année les investisseurs ont plutôt privilégié les emprunts d’Etat et l’or pour se protéger.

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