Dossier Changes

Les fonds spécialisés offrent de la diversification

le 21/06/2012 L'AGEFI Hebdo

Les devises apportent opportunités d’arbitrages et liquidité aux investisseurs. Elles sont adaptées à la gestion à performance absolue.

Avec près de 4.000 milliards de dollars d’échanges quotidiens en moyenne, le marché des changes est l’un des plus actifs au monde et une source de valeur pour les investisseurs. « Ces dernières années, les institutionnels ont commencé à l’ajouter dans la poche investissements alternatifs de leur portefeuille multi-actifs », observe Vincent Juvyns, stratégiste chez ING IM. Ce marché présente plusieurs caractéristiques auxquelles les investisseurs sont sensibles. « Il est intéressant car il offre une forte liquidité, qui permet de déboucler très rapidement des positions dans un portefeuille, et de nombreuses opportunités d’arbitrages », note James Kwok, responsable de la gestion devises chez Amundi. La diversité des intervenants (banques centrales, entreprises, investisseurs en actions ou obligations…) lui apporte une grande profondeur mais aussi une relative inefficience : « Ces acteurs y cherchent en premier lieu une protection contre les risques de change et non une source de profit », indique Vincent Juvyns. Ils ne visent donc pas à optimiser leurs positions. « Cela constitue un réel avantage pour des investisseurs actifs mus par la volonté de générer un rendement qui, sur les marchés de devises, présente en outre l’intérêt d’être faiblement corrélé à celui des autres classes d’actifs », poursuit le spécialiste d’ING IM.

Classe d’actifs à part entière

Le marché des devises a toujours été arbitré par les hedge funds mettant en œuvre des stratégies global macro ou systématiques (managed futures). La nouveauté : les devises sont de plus en plus traitées comme une classe d’actifs à part entière, notamment pour mettre en œuvre des stratégies de performance absolue. « L’objectif de ces fonds est d’apporter aux investisseurs institutionnels une diversification sur un univers différent des actions ou des obligations qui composent l’essentiel de leurs portefeuilles », souligne Brigitte Le Bris, directeur taux internationaux et devises chez Natixis AM, dont le premier fonds investi en devises va fêter son premier anniversaire.

Leur structure est classique. Ces fonds sont, en général, investis à 90 % dans des instruments de dette à court terme de bonne qualité (certificats de dépôt, bons du Trésor… avec des maturités inférieures à 3 mois) afin de ne pas avoir de risque de duration et de crédit. L’implémentation des stratégies sur les devises se fait via des instruments dérivés (forward, non-deliverable forward, forex swaps, futures ou options). Les portefeuilles sont diversifiés non seulement en termes de devises mais également de stratégies. Par exemple, les fonds devises d’Amundi en mettent deux en œuvre. « Amundi Absolute Forex va miser sur de fortes convictions à court terme, explique James Kwok. C’est une stratégie global macro à travers laquelle nous cherchons les devises qui vont s’apprécier à un horizon de un à trois mois en fonction des fondamentaux des pays. » La position actuellement la plus importante est la vente de l’euro contre un panier de devises (dollar, livre, couronne suédoise et couronne norvégienne) car les spécialistes d’Amundi anticipent une détérioration de l’économie en Europe et une baisse des taux de la Banque centrale européenne. Dans le fonds Amundi Dynarbitrage Forex, la stratégie mise en œuvre va consister à jouer deux devises l’une contre l’autre en fonction de la valorisation de chaque devise donnée par le critère de la parité de pouvoir d’achat. « C’est une stratégie plus risquée mais nous gardons aussi plus longtemps nos positions, précise James Kwok. Cette gestion de long terme ne veut pas pour autant dire qu’elle n’est pas dynamique. Ainsi, nous avons débouclé début mai une importante position de vente du franc suisse contre la monnaie unique en raison du manque de visibilité sur la situation dans la zone euro. »

Pour sa part, Natixis Performance Currency combine trois types de stratégies, une fondamentale (global macro) et deux quantitatives (suivi de tendance et portage). « L’allocation de risque sur chaque stratégie se fait de façon discrétionnaire », relève Clothilde Malaussene, gérante taux internationaux et devises. Jusqu’au mois de mai, elle était répartie entre les trois stratégies. « En mai, avec le regain d’aversion pour le risque, nous avons réduit à quasiment zéro le portage (stratégie particulièrement risquée dans les environnements 'risk-off') et avons bénéficié d’une position initiée sur le dollar canadien contre le dollar australien grâce à notre modèle de suivi de tendance », ajoute-t-elle.

Toutefois, si ces fonds semblent apporter une réelle diversification dans les portefeuilles, leur collecte reste limitée. « Il y a une certaine méconnaissance du marché des devises en France, regrette Brigitte Le Bris, qui souligne pourtant la position géographique des gérants européens sur ce marché. Nous avons à la fois accès au marché asiatique, européen et américain », ce qui est un véritable avantage.

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