Dossier Energie

Les fonds spécialisés misent sur la révolution énergétique américaine

le 05/09/2013 L'AGEFI Hebdo

Leur point commun est de faire le pari de la fin du pétrole bon marché et de ses conséquences sur le mix énergétique.

Pour les gérants spécialisés dans l’énergie, c’est un signe qui ne trompe pas. En investissant dans la société canadienne Suncor Energy, un spécialiste des sables bitumineux, Warren Buffett, le célèbre patron de Berkshire Hathaway, montre que le secteur devient attrayant. « Traditionnellement il n’était pas investi dans l’énergie, relève Sébastien Lagarde, gérant chez Axa IM. S’il le fait aujourd’hui, c’est la preuve qu’il s’agit désormais, compte tenu de son approche 'value', d’un secteur décoté offrant un potentiel de revalorisation. »

L’énergie est un secteur offrant une multitude de fonds, investis en actions spécifiques. Plus d’une trentaine sont commercialisés en Europe pour un actif sous gestion de près de 4,8 milliards d’euros (le plus important étant le BGF World Energy de BlackRock, un fonds « benchmarké », avec 1,8 milliard d’encours). Le point commun entre les différents fonds énergie est de jouer la fin du pétrole bon marché et ses conséquences sur le mix énergétique entre augmentation constante de la demande et hausse des coûts de production. « C’est un environnement favorable pour les compagnies qui possèdent des réserves, ainsi que pour les sociétés de services et de distribution dans le secteur », soulignent les gérants du britannique Guinness Asset Management, dont le fonds Guinness Global Energy affiche la meilleure performance sur 5 ans (+13,5 %, selon les données de Morningstar) avec une approche de sélection de valeurs qui lui permet de jouer des thématiques spécifiques ou des valeurs à fort potentiel. Il est investi dans les entreprises du secteur de l’énergie au sens large (pétrole, gaz, nucléaire, utilities, énergies alternatives…) qui interviennent dans l’exploration, la production et la distribution et dont la capitalisation est supérieure à un milliard de dollars.

Raréfaction du pétrole

En France, la société Amiral Gestion a lancé fin 2007 un fonds, opportunément baptisé Sextant Peak Oil (qui affiche la meilleure performance depuis le début de l’année), sur cette même thématique de la raréfaction du pétrole et d’une augmentation du coût de l’énergie, mais avec une construction de portefeuille plus diversifiée. « Nous ne sommes pas uniquement investis dans les producteurs mais sur l’ensemble des acteurs susceptibles de bénéficier du renchérissement du pétrole, explique Raphaël Moreau, cogérant du fonds. Il s’agit bien sûr en amont des producteurs d’énergie mais aussi des fournisseurs de services ainsi que des entreprises profitant de la transition énergétique, avec une répartition actuellement équilibrée entre les trois poches. » Le but étant d’offrir un portefeuille diversifié avec un objectif de performance absolue à long terme. Sur le dernier segment, il s’agira de sociétés qui vont bénéficier en termes d’activité de l’adaptation nécessaire face à la hausse du prix de l’énergie. Ce peut être des équipementiers automobiles qui voient leurs ventes dynamisées par de nouveaux débouchés créés par la nécessité de réduire la consommation des véhicules (comme Plastic Omnium ou Montupet), des spécialistes des matériaux isolants dans la construction ou des entreprises profitant du développement de certains marchés comme celui du chauffage au bois, en plein renouveau (Poujoulat).

Côté sociétés parapétrolières, le gérant privilégie les groupes mondiaux diversifiés tels Halliburton ou Baker Hugues. En ce qui concerne les producteurs, le fonds mise sur les groupes ayant des réserves fiables et identifiées et dont les risques géologiques sont limités. L’un des thèmes d’investissement privilégiés par Raphaël Moreau est celui du pétrole et du gaz de schiste aux Etats-Unis et au Canada, un secteur aujourd’hui maltraité par le marché mais dont l’importante décote devrait se réduire à mesure que se résoudront les problèmes logistiques d'acheminement du pétrole des zones productrices vers les zones consommatrices.

Un biais original

L’ensemble du secteur est d’ailleurs aujourd’hui orienté par la révolution énergétique en Amérique du Nord. Une thématique également jouée par le fonds Axa Framlington Junior Energy mais avec une approche sur des valeurs moyennes. Un biais assez original dans le secteur. « Les petites sociétés, que ce soit dans l’exploration, la production ou les services, offrent les meilleures opportunités d’investissement », indique Sébastien Lagarde. Les actions des grandes compagnies pétrolières, du fait de leur modèle intégré (production, raffinage, pétrochimie, transport et distribution), ne reflètent pas forcément l’évolution du prix du pétrole. A l’inverse, quand une petite entreprise du secteur, uniquement présente dans l’exploration-production, fait une découverte importante, cela a un impact non négligeable sur son cours de Bourse. Sans compter qu’elle peut devenir une proie potentielle pour les majors.

Il en va de même pour les sociétés parapétrolières, qui sont généralement des entreprises de taille moyenne. « Ce sont elles qui bénéficient de la hausse des coûts de production liée aux investissements dans l’exploration et la production », pointe Sébastien Lagarde. L’investissement dans les entreprises moyennes du secteur est toutefois risqué. C’est pourquoi le gérant applique un filtre de liquidité lui permettant de sélectionner les valeurs les plus actives. Ensuite, le fonds est investi dans 70 valeurs, dont les pondérations vont être plus ou moins importantes en fonction du risque de chaque entreprise, ce qui permet d’avoir un portefeuille diversifié. Côté processus de gestion, le gérant réalise d’abord une allocation en termes de thèmes, puis une sélection de valeurs. Ici, la qualité des dirigeants des entreprises et la présence de catalyseurs à court terme (communications attendues) sont des critères importants. Une approche payante puisque le fonds enregistre un gain de 10 % depuis janvier malgré un prix du pétrole stable, la baisse du dollar et plusieurs alertes sur résultats lancées par des sociétés parapétrolières. Sextant Peak Oil fait même mieux avec une progression de 17,5 %.

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