Les fonds souverains visent les secteurs d'avenir

le 17/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Les investisseurs étatiques cherchent du rendement tout en participant au développement de leur économie locale.

Le fonds singapourien Temasek privilégie les entreprises cotées. Photo: Bloomberg

Ils sont réservés et pourtant, les investissements connus auxquels ils procèdent sont toujours extrêmement commentés. Ils ont la réputation d’être des activistes agressifs, or ce sont des investisseurs de long terme et, dans la plupart des cas, leurs participations dans les entreprises cotées demeurent en dessous des seuils susceptibles de déclencher des offres d’achats. Il s’agit des fonds souverains.

Le fait qu’ils soient étatiques leur confère un statut à part. Il est vrai également qu’ils sont de plus en plus riches d’année en année, une donne enviable car elle est favorable à la réalisation régulière d’investissements. Illustration de cette opulence (selon un récent rapport de la Gulf Investment Corporation's - GIC), les actifs des fonds souverains des économies du Golfe atteignaient 1.600 milliards de dollars fin 2012, une hausse de 67 % par rapport aux 980 milliards de 2007. Grâce à l'accumulation de réserves de change et d'actifs étrangers, ces actifs représentent aujourd'hui 107 % du PIB global du GCC (à comparer à 105 % en 2007).

En même temps que les fonds souverains prennent de l’âge - le premier, le KIA (Kuwait Investment Authority), est né en 1953 -, leurs méthodes de gestion évoluent. Tirant les leçons de la crise financière de 2008 et des difficultés de la zone euro à régler le problème de la dette grecque en 2011, ils accroissent significativement le poids des pays émergents dans leurs allocations d’actifs à des fins de diversification (lire l'entretien). Selon une récente étude globale d’Invesco auprès de 37 fonds souverains du monde entier (représentant 6.000 milliards de dollars d’encours en août dernier), ce sont la Chine et l’Afrique qui profitent le plus du rééquilibrage en cours. Reste qu'il faudra encore plusieurs années avant que, dans les portefeuilles, la proportion des actifs des pays émergents corresponde à la part de leur PIB dans l’économie mondiale. Outre un appétit mesuré pour le risque, les fonds souverains indiquent manquer de capacité pour se positionner rapidement sur ces nouveaux marchés. Les actifs américains représentent encore 33 % de tous les actifs et 56 % des actifs des pays développés. L’intérêt pour les Treasuries américains liquides reste fort : le dollar, qui sert de référence au calcul de nombreuses devises, est toujours la monnaie de réserve mondiale…

Les Etats-Unis représentent aussi une grande part du portefeuille de placement du fonds souverain norvégien, Norges Bank Investment Management (NBIM), principalement investi en actions (63,4 % du fonds à la fin du premier semestre 2013) et dont l'objectif est d'épargner pour les générations futures. Les actions américaines correspondent à 31,1 % des investissements en actions, l'Europe 46,1 %, l'Asie 15,3 % et les émergents 10 %.

Efficacité

L'allocation suivant des critères géographiques spécifiques n'est pas une règle qui prévaut pour tous les fonds. Les fonds d'investissement ou les sociétés d'investissement étatiques raisonnent différemment. « Nous investissons en fonction des rendements espérés et de quatre thèmes clés : l’émergence de champions, le gain d'avantages comparatifs, la croissance des classes moyennes et la transformation des économies », indique Stephen Forshaw, managing director, affaires corporate de Temasek.

Créé en 1974 à partir d'un portefeuille initial de 354 millions de dollars singapouriens repris au ministère des Finances (qui s'élève désormais à environ 215 milliards de dollars singapouriens), Temasek investit surtout dans des entreprises cotées (73 % de son portefeuille) tout en se qualifiant d'« investisseur actif ». « Nous sommes très attachés à la gouvernance », explique Stephen Forshaw, mais « nous n'avons pas de représentation dans les conseils d'administration des entreprises. Nous préférons identifier en amont ceux qui ont les compétences pour atteindre les objectifs ciblés ». Cette quête s'effectue dans les secteurs correspondant aux thèmes clés. « Nous sommes très intéressés par les investissements en lien avec l'urbanisation croissante, aux technologies en transformation, à la croissance de la demande de nourriture de très bonne qualité et aux ressources agricoles, précise le managing director de Temasek. Le développement du gaz naturel liquéfié (GNL) s'adapte bien à nos thèmes, une forme d'énergie plus propre, plus abordable tandis que le monde devient de plus en plus dépendant de l'énergie ».

Les investisseurs singapouriens ne sont pas les seuls à avoir opéré cette évolution. Les fonds souverains de développement aussi s'intéressent aux « énergies propres », ou renouvelables. Parmi eux, Mubadala (société d'investissement stratégique détenue par le gouvernement d'Abu Dhabi), notamment, a participé au financement de Shams 1 (dans le désert d'Abu Dhabi), la plus grande centrale solaire à concentration du monde, en partenariat avec Abengoa et Total.

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