Les fonds monétaires contraints de s’adapter pour performer

le 13/12/2012 L'AGEFI Hebdo

L’absence de rendement sur les papiers court terme oblige les gérants d’OPCVM de trésorerie à allonger leur maturité et à diversifier leur portefeuille.

Le contexte de taux courts historiquement bas depuis cet été, dans le sillage de la dernière baisse des taux de la BCE (Banque centrale européenne), oblige les gérants monétaires à s’adapter. Il faut dire qu’avec un taux Eonia à 7 points de base (pb), il est difficile de faire de la performance sur ces placements. « 

Les rendements des fonds monétaires libellés en euros ont nettement reculé et affichent un taux médian juste au-dessus de zéro », relève Fitch dans sa dernière étude sur le secteur européen des fonds de trésorerie. En France, depuis le début de l’année, 14 fonds euro court terme sur les 214 suivis par Lipper accusent une performance négative. Pis, depuis fin juin, veille de la dernière baisse des taux de la BCE, 18 sont dans le rouge et 31 ont une performance nulle. Cette situation conduit les gérants à ajuster leurs portefeuilles, en jouant sur différents moteurs de performance. Le premier étant l’allongement de la durée d’investissement à la faveur d’une visibilité accrue : « Depuis le mois d’août, sur nos fonds monétaires(des fonds dans lesquels la maturité résiduelle des investissements ne dépasse pas deux ans, NDLR), nous sommes passés progressivement d’une Wal(weighted average life, mesurant la durée de vie moyenne pondérée du fonds, NDLR) de 80 jours à 140 jours », témoigne Patrick Simeon, responsable de la gestion monétaire chez Amundi. C’est le même constat pour l’ensemble de l’industrie des fonds monétaires court terme (dans lesquels, cette fois, la maturité résiduelle ne peut dépasser 397 jours), la vie moyenne modérée des portefeuilles est aujourd’hui comprise entre 80 et 100 jours. Ce que confirme Fitch dans son étude. Les produits monétaires en portefeuille possèdent ainsi des maturités plus longues et donc de meilleurs rendements. A 6 mois, les gérants peuvent espérer capter entre 15 et 20 pb de rendement, entre 30 et 40 pb à 6 mois et 50 à 60 pb à 2 ans.

Diversification

« Les fonds monétaires sont contraints de rallonger leur maturité s’ils veulent éviter une valeur liquidative négative mais il faut trouver un point d’équilibre entre le niveau de risque du portefeuille et la performance », explique Mikaël Pacot, responsable de la gestion monétaire chez Axa IM, qui rappelle que la dégradation de qualité des portefeuilles a été un problème en 2007-2008. D’une maison à l’autre, le style de gestion et donc la construction des portefeuilles vont diverger. Si Axa IM opte pour un positionnement plutôt défensif, Groupama AM se montre plus offensif et affiche, aujourd’hui, des performances parmi les meilleures du marché (le fonds Groupama Entreprises progresse de 0,8 % depuis le début de l’année). « Nos fonds se donnent la capacité de capter toutes les opportunités permises », souligne Thomas Prince, responsable de la gestion monétaire. Ce dernier va notamment prendre des paris de courbe : « Nous allons chercher où se trouve la valeur à différents endroits de la courbe et jouer certaines parties de la pente par rapport à d’autres », confie-t-il.

Au-delà du rallongement nécessaire des maturités, les gérants vont diversifier les émetteurs qu’ils mettent dans leurs portefeuilles. « A notre niveau actuel de Wal, nous estimons atteindre les limites de rémunération des émetteurs », explique Patrick Simeon. Augmenter la durée de vie moyenne du fonds se ferait au détriment de la volatilité de sa performance. Il préfère donc désormais jouer sur la diversification des portefeuilles. Amundi s’est récemment renforcé sur l’Italie sur des maturités courtes. Les émetteurs de ce pays pèsent désormais environ 10 % de l’allocation, contre 5 % fin 2011. Mais les investisseurs restent vigilants en ce qui concerne la part des périphériques dans l’allocation. « Nous sommes très attentifs à la qualité des émetteurs dans lesquels nous investissons,indique Philippe Renaudin, responsable de la gestion monétaire chez BNPP AM. Ainsi, concernant les banques périphériques, nous avons initié quelques positions sur un nombre d’établissements très restreint (uniquement italiens) mais sur des maturités inférieures à 3 mois au sein de nos fonds de la catégorie monétaire. » Natixis AM est également revenu sur ces émetteurs à la faveur des annonces de la BCE. « Cela nous a incités à revenir sur des titres de certains émetteurs italiens (Etat et quelques émetteurs privés), de manière toutefois différenciée selon les contraintes de risque spécifiques propres à chaque OPCVM », précise Alain Richier, responsable de la gestion monétaire. La prudence reste en effet de mise sur les émetteurs des autres pays périphériques.

Transferts

Du côté des investisseurs, si un socle important continue de chercher avant tout la sécurité, d’autres ne peuvent se permettre d’avoir des rendements négatifs. « Certains de nos clients internationaux étudient l’opportunité d’assouplir leurs contraintes d’investissement et de réviser leur allocation entre fonds monétaires court terme et fonds monétaires», rapporte Xavier Gandon, spécialiste investissement chez BNPP IP. Les investisseurs qui bénéficient d’une trésorerie structurelle positive ou qui n’ont pas de besoin immédiat de liquidité transfèrent déjà une partie de leur allocation des fonds court terme vers les fonds monétaires. « Plusieurs de nos clients ont pris une poche plus longue en basculant une partie de leur allocation du fonds Groupama Entreprises (moins d’un an) vers le fonds Groupama Trésorerie (2 ans) qui a vu ses encours doubler à 800 millions d’euros depuis juillet », atteste Thomas Prince. Un rebalancement également constaté par Mikaël Pacot qui perçoit un regain d’intérêt de certains investisseurs pour les fonds obligataires court terme qui offrent plus de rendement pour un risque légèrement plus élevé.

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