Les fonds « midcaps » se refont une santé

le 17/10/2013 L'AGEFI Hebdo

Ces produits ont retrouvé le chemin de la collecte grâce à de bonnes performances. Ils espèrent tirer parti du PEA-PME.

Illustration: Fotolia

Tous les indicateurs sont au vert pour les fonds spécialisés dans les valeurs moyennes. D’abord, la bonne tenue de ce compartiment de la cote avec des gains supérieurs à ceux des grandes valeurs en Europe depuis le début de l’année. Rien qu’à la Bourse de Paris, l’indice CAC Mid&Small progresse de 20 % et le CAC Small de 18 %, contre 16 % pour le CAC 40. Résultat, les OPCVM spécialisés affichent des performances à deux chiffres : 18,5 % en moyenne pour les fonds investis sur la France et 17,6 % pour ceux avec un spectre européen, selon les données compilées par EuroPerformance - a Six Company. Mieux, la collecte a repris une pente ascendante après des années difficiles. Mais après un tel rally, certaines valorisations commencent à se tendre. Les valeurs moyennes offrent-elles encore un potentiel d’appréciation ? Les avis sont partagés.

« Le marché a déjà bien rebondi. Nous sommes en avance par rapport à nos attentes de fin d’année. Or l’économie reste fragile. Nous sommes donc prudents malgré les nombreux indicateurs positifs des derniers mois », estime Xavier Lagrandie, gérant chez Lombard Odier IM, qui note que les valorisations ont retrouvé leurs niveaux historiques. Certains segments étant devenus très chers. Après 2009, ce sont les belles sociétés offrant une forte visibilité sur leur croissance qui ont été achetées par les investisseurs. « Ce segment de la cote a profité d’un flux massif de liquidités à la recherche de belles valeurs de croissance, visibles et exposées au dynamisme des pays émergents, confirme José Berros, gérant chez Financière de l’Echiquier. Sur certains secteurs, les valorisations commencent à devenir assez élevées. » Des titres comme Virbac ou Eurofins se traitent sur de tels niveaux qui nécessitent la poursuite d’une croissance forte. Résultat, leurs cours stagnent.

« Les deux tiers du fonds sont investis en entreprises de qualité, affichant une croissance pérenne et offrant une bonne visibilité. Mais ces valeurs sont devenues chères, ce qui a coûté, cette année, au portefeuille », décrit Xavier Lagrandie, qui commence à prendre des bénéfices sur ces titres au profit de ceux décotés. Depuis le début de l’année, certains secteurs totalement délaissés par les investisseurs ont connu de très belles performances, notamment les valeurs cycliques qui bénéficient d’une amélioration de l’environnement économique en Europe, dont les équipementiers automobile comme Montupet, Mgi Coutier ou Faurecia. « Ces actions ont connu une véritable traversée du désert depuis 2008, constate José Berros. Aujourd’hui, il y a un début de regain d’intérêt pour ces titres exagérément décotés. »

Pour Laurent Inglebert, gérant actions européennes chez Aberdeen AM, les valeurs moyennes ont certes rebondi mais comme l’ensemble de la cote en Europe : « Les investisseurs internationaux achètent actuellement les valeurs européennes. L’ensemble des valeurs en profitent quels que soient leurs fondamentaux. Nos différents portefeuilles ‘midcaps’ affichent des multiples de valorisation d’environ 16 fois les bénéfices estimés pour 2014. Ce n’est pas spécialement bon marché mais c’est raisonnable car nous détenons beaucoup de valeurs technologiques ou de titres du secteur de la chimie de spécialité justifiant des multiples élevés. »

Si, à court terme, les marchés actions peuvent être soumis à une certaine volatilité, du fait des incertitudes sur la dette américaine ou sur la croissance en Europe, les valeurs moyennes pourraient, à moyen terme, donner lieu à de bonnes surprises. « La tendance depuis 18 mois est à la réduction des bénéfices par action, souligne Isabelle de Gavoty, gérante chez Axa IM. Si la reprise s’accélère en Europe, cela pourrait avoir un effet démultiplicateur sur les ‘midcaps’ et entraîner leur réappréciation. » Hormis quelques cas spécifiques, il n’y aurait pas aujourd’hui de problème de surévaluation, selon Julien Lepage, directeur de la gestion chez Amiral Gestion, qui prend pour exemple le segment des équipementiers automobile qui, malgré leur fort rebond des derniers mois, se traite toujours sur la base d’un multiple de capitalisation inférieur à 10 fois les bénéfices estimés.

Des leaders de niche

Surtout, ce segment de marché vaste et diversifié (valeurs jusqu’à 5 milliards d’euros de capitalisation, voire 7 milliards pour certaines sociétés de gestion) offre un large choix d’investissement propice au stock-picking. « L’évolution de ces valeurs repose sur les caractéristiques intrinsèques fortes des entreprises, notamment leur capacité à innover et à se positionner sur des marchés de niche (60% de la performance), et dans une moindre mesure sur l’évolution macroéconomique contrairement aux grandes valeurs pour lesquelles 80 % de la performance s’explique par une sensibilité aux données macroéconomiques », explique Isabelle de Gavoty. Un segment riche en occasions d’investissement qui apporte de la valeur aux investisseurs sur le long terme. « Elles surperforment de manière structurelle les grandes capitalisations », notent Saad Benlamine et Augustin Bloch-Laine, gérants chez Amplégest. Le risque sur ce segment de la cote, notamment l’illiquidité, serait donc correctement rémunéré sur longue période (voir le graphique). Sur cinq ans, ces actions ont progressé de plus de 60 %, contre 20 % pour le CAC 40. Il y a des raisons structurelles à cela. « C’est un segment de marché où l’on trouve de nombreux leaders mondiaux sur des niches et qui, de surcroît, sont aujourd’hui des partenaires incontournables pour de grands groupes internationaux », indique Diane Bruno, gérante chez Mandarine Gestion. Cette surperformance témoigne d’un profil de croissance plus marqué mais aussi de structures de bilan assainies (voir le graphique). Ce qui fait dire à Joëlle Morlet-Selmer, gérante chez Mandarine Gestion que les valeurs moyennes doivent être intégrées comme une poche structurelle d’investissement dans une allocation actions. Selon cette dernière, une approche tactique serait moins appropriée car les points d’entrée et de sortie sont difficiles à gérer.

Une bouffée d’air

Cela sera-t-il suffisant pour continuer à stimuler la collecte, problème numéro un de ce segment du marché ? Déjà, l’ensemble des OPCVM spécialisés sur le sujet, dont l’encours dépasse les 11,5 milliards d’euros, ont enregistré depuis janvier des souscriptions nettes de près d'un milliard sur la période grâce aux bonnes performances de la classe d’actifs. Le PEA-PME pourrait en outre apporter une bouffée d’air (lire l'encadré). « C’est une excellente nouvelle. Il devrait permettre de retrouver un dynamisme positif sur ce marché », se réjouit José Berros. Les sociétés de gestion planchent actuellement sur cette nouvelle enveloppe fiscale pour savoir quelle stratégie adopter.

Dans la plupart des cas, aucune décision n’a été arrêtée mais des pistes se dessinent déjà. « Nous attendons de voir quelles seront les valeurs éligibles. S’il y a un intérêt pour nos clients, nous pourrions lancer un nouveau fonds », indique Romain Burnand, gérant chez Moneta AM dont le fonds Moneta Microcaps est fermé à la souscription depuis quatre ans. C’est également le cas chez Amplégest ou Mandarine Gestion pour qui transformer un fonds existant pourrait le dénaturer. « Pour rendre le fonds Amplégest Midcaps compatible avec les critères du PEA-PME, il faudrait que nous changions un quart du fonds, expliquent ses gérants. Ce ne serait pas une bonne solution pour les investisseurs actuels. » Chez Amiral Gestion également, l’option choisie est celle de lancer un nouveau fonds labellisé PEA-PME. « Notre fonds Sextant PEA, dont l’actif sous gestion de 106 millions d’euros est investi à 90 % en valeurs moyennes françaises, correspond à l’enveloppe du PEA-PME, mais nous ne souhaitons pas lui ajouter de nouvelles contraintes, c’est pourquoi nous n’allons pas l’utiliser », fait savoir Julien Lepage. Axa IM réfléchit pour sa part à lancer un fonds PEA-PME en actions seulement ou mixte actions-obligations pour profiter des compétences maison en analyse crédit.

Pour d’autres, ce sera l’occasion de relancer des fonds existants dont la collecte est peu dynamique. « A partir du 18 octobre prochain, le fonds Echiquier Junior sera transformé en Echiquier Entrepreneurs, fonds éligible au PEA-PME et dont l’univers d’investissement sera élargi de la France à l’Europe, rapporte José Berros. Nous voulons continuer d’investir dans les petites et moyennes valeurs, en élargissant notre univers à l’Europe où les opportunités d’investissement sont nombreuses. » Le PEA-PME est certes une aubaine mais si la plupart des spécialistes ne croient pas à une cannibalisation entre les fonds, certains commencent à s’inquiéter de l’éventuelle arrivée de nouveaux acteurs opportunistes sur ce segment de marché.

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