Les fonds midcaps démontrent leurs atouts

le 08/11/2012 L'AGEFI Hebdo

La catégorie progresse en moyenne de 22 % cette année, même si, pour l’instant, les flux restent limités.

Les fonds midcaps démontrent leurs atouts

Les valeurs moyennes européennes retrouvent des couleurs : l’indice MSCI Europe Small Cap s’envole de 18,4 % depuis le début de l’année, après une baisse de 19,3 % en 2011. Même constat pour les fonds, qui progressent en moyenne de 22,16 % depuis le 1er janvier, d’après les statistiques d’EuroPerformance pour la catégorie Europe petites et moyennes capitalisations, après un recul de 14,8 % en 2011. L’horizon s’est par ailleurs éclairci très récemment pour l’ensemble de la classe d’actifs actions, y compris pour les plus petites valeurs, depuis le discours rassurant début septembre du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi.

Pour autant, les investisseurs ne se ruent pas encore sur les fonds de small et midcaps. Ils ont cependant mis fin à l’hémorragie sur les encours en stoppant leurs rachats. « Les clients regardent désormais la catégorie avec une neutralité bienveillante », constate Joëlle Morlet-Selmer, cogérante de Mandarine Unique chez Mandarine Gestion. La collecte devrait donc venir soutenir le marché dans les prochains mois. « Les flux sont dirigés par l’appétit pour le risque, explique Eric Renard, responsable des investments specialists actions chez BNP Paribas IP. Les clients restent prudents sur les actions en général, donc sur les petites valeurs, mais on commence à sentir des marques d’intérêt, notamment de la part des clients des banques privées. »

Un constat partagé par Laurent Ducoin, aux commandes de Carmignac Euro Entrepreneurs chez Carmignac Gestion : « Les investisseurs américains reviennent sur l’Europe depuis septembre, sur les grandes capitalisations. Ils s’intéresseront aux ‘small’ et ‘midcaps’ dans un second temps, ce sera un facteur de soutien pour le marché. » Car les clignotants sont par ailleurs au vert sur les petites et moyennes valeurs européennes dans un contexte d’amélioration de la visibilité.

Ainsi, elles affichent une croissance de leur bénéfice par action de 21 % (hors financières), contre 14 % pour les grandes valeurs en 2013. « Ces chiffres sont optimistes, mais ils démontrent le potentiel de croissance propre aux petites valeurs, analyse Alain Caffort, gérant de Pictet Small Cap Europe. Elles sont en outre bien moins valorisées en dépit du rattrapage de ces derniers mois : 27 % des ‘small’ et ‘midcaps’ affichent un ‘price’/’book’ inférieur à 1, contre seulement 13 % des grandes valeurs européennes. »

Mais au-delà de la valorisation, les petites et moyennes capitalisations bénéficient d’atouts intrinsèques : le segment regorge de sociétés innovantes intervenant dans des marchés de niche en forte croissance. « Nous avons identifié un vivier de 300 sociétés ‘uniques’ dans leur ‘business model’ parmi les 2.500 petites et moyennes valeurs européennes, fait savoir Diane Bruno, cogérante de Mandarine Unique. Elles nous permettent de jouer certains secteurs très spécifiques comme la consommation sur internet, en très forte croissance, et pour lesquels il n’existe pas de ‘pure player’ parmi les grandes capitalisations. » Le fonds affiche une hausse de 21,9 % en 2012.

Marchés émergents

Autre thème apprécié à l’heure où l’Europe est à la peine, des valeurs moyennes profitent, comme les grandes valeurs, de la croissance des marchés émergents. « Certaines ‘midcaps’ sont exposées aux marchés émergents, même si elles ne sont encore qu’au début de leur processus d’internationalisation. C’est un thème que nous jouons dans le portefeuille », confirme Laurent Ducoin, dont le fonds Carmignac Euro Entrepreneurs progresse de 19,50 % cette année. La plus forte exposition aux marchés émergents explique d’ailleurs en partie la surperformance des indices de valeurs moyennes, dont la capitalisation boursière s’établit entre 1 et 5 milliards d’euros, sur les petites valeurs, dont la capitalisation se compte en centaines de millions d’euros. « Les petites valeurs sont plus domestiques, donc elles profitent moins de la croissance des marchés émergents », atteste Romain Burnand, gérant de Moneta Micro Entreprises, en hausse de 23,3 % depuis le 1er janvier. Son fonds est majoritairement investi en petites valeurs françaises, mais se diversifie sur les valeurs moyennes et même, à hauteur de 17 % actuellement, vers les grandes valeurs pour assurer la liquidité.

Car la gestion de la liquidité est, pour tous les gérants de la catégorie, un élément essentiel. La crise de 2008 et ses conséquences pour les fonds, contraints de céder rapidement des lignes dans de mauvaises conditions de marché pour faire face aux rachats massifs de leurs clients, ont laissé des traces. Pour mémoire, la société Richelieu Finance avait dû s’adosser au groupe belge KBC début 2009 après des rachats massifs sur ses fonds, par ailleurs très concentrés sur certains titres.

« La liquidité est un élément essentiel dans la gestion des petites valeurs. Nous voulons être en mesure d’en tirer parti, et non pas la subir », relève Romain Burnand, qui a trouvé une solution efficace : Moneta Micro Entreprises est fermé aux souscriptions depuis juillet 2009, époque à laquelle le fonds a atteint 120 millions d’euros d’encours. Il totalise aujourd’hui 150 millions et le prospectus prévoit une réouverture aux souscriptions si l’actif redescend à 90 millions.

« Nous ne voulons pas être contraints d’acheter pour investir les flux entrants lorsque le marché s’envole et ainsi participer à la formation d’une bulle, précise Romain Burnand. La fermeture du fonds favorise par ailleurs une bonne discipline de gestion car il faut sans cesse arbitrer le portefeuille si nous souhaitons y intégrer une nouvelle ligne. » Cette solution limite aussi indirectement les rachats, car les investisseurs savent qu’ils ne pourront pas réinvestir plus tard. Mais elle n’exclut pas, loin s’en faut, des règles de contrôle des risques sur la liquidité au sein du fonds.

Garantir la liquidité

Les clients sont d’ailleurs vigilants, lorsqu’ils choisissent un fonds de small et midcaps, quant à ces règles de liquidité, qui doivent être mises en regard du potentiel de performance. Chaque société de gestion a mis en place ses propres règles permettant de garantir la liquidité du fonds. Elles concernent à la fois le type de valeurs en portefeuille et leur nombre. « Nous n’investissons pas sur les valeurs sur lesquelles le volume d’échange quotidien est inférieur à 800.000 dollars. De plus, le poids de chaque titre est plafonné à 2,5 % du portefeuille », indique Alain Caffort, dont le fonds Pictet Small Cap Europe vise les capitalisations boursières comprises entre 250 millions et 5 milliards d’euros. Il progresse de 22,2 % en 2012. Même type de process chez BNP Paribas pour le fonds BNP Paribas Small Cap Euroland (+18,8 % en 2012), centré sur les capitalisations comprises entre 300 millions et 3 milliards d’euros : « Nous excluons de l’univers d’investissement les titres affichant moins de 10 millions d’euros de transactions sur les trente derniers jours de Bourse, analyse Eric Renard. Cela permet d’améliorer la liquidité du fonds, mais aussi de réduire sa volatilité, à 19,8 % contre 22,5 % pour son indice de référence. »

Mais la moindre liquidité de certaines valeurs crée aussi des opportunités. Car il reste possible pour les gérants de détecter une pépite oubliée sur ces marchés. L’univers d’investissement couvrant 2.500 valeurs à travers l’Europe est en effet difficile à suivre de façon exhaustive, d’autant que les bureaux d’analyse sont peu actifs dans ce domaine. « La moitié des ‘small’ et ‘midcaps’ sont suivies par moins de cinq analystes en Europe ! Cela crée des opportunités pour les gérants qui peuvent véritablement faire la différence dans leur choix de valeurs », indique Alain Caffort, dont l’équipe basée à Genève se compose d’un gérant français, d’un britannique et d’un allemand : chacun y apporte l’expérience de son marché d’origine. Car la connaissance intime du tissu des PME cotées reste une condition indispensable à la réussite sur ce segment. « Les grandes valeurs viennent rencontrer les investisseurs à Paris, confirme Joëlle Morlet-Selmer. Mais sur les valeurs moyennes, il faut se déplacer un peu plus, notamment pour les sociétés anglaises, c’est comme cela qu’on découvre de bonnes idées d’investissement. »

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