L’avis de... Tanguy de Lauzon, directeur Investment Consulting chez Seeds Finance (groupe Morningstar)

« Les fonds de fonds proposent des performances trop moyennes »

le 12/01/2012 L'AGEFI Hebdo

Comment expliquer le moindre intérêt des investisseurs pour la multigestion en général ?

Les fonds de hedge funds comme les fonds de fonds de private equity font face à des institutionnels qui se sont professionnalisés. Il y a dix ans, ces classes d’actifs étaient un peu « exotiques » et la sélection était utile pour les nouveaux investisseurs. Ce n’est plus autant le cas. Les équipes d’investissement des institutionnels ont mûri, et les fonds de fonds doivent leur apporter un vrai service en « plus ». S’ajoute à cela un problème de performances, trop proches du benchmark, auquel il faut soustraire les frais de gestion et de performance. Les hedge funds ont aussi connu un problème de liquidité fin 2008, lorsque tous les investisseurs ont voulu se retirer en même temps, alors que les fonds de

hedge fundspermettaient jusque-là de lisser les retraits.

Les fonds de fonds sont-ils remplacés par des mandats ?

Effectivement, la demande augmente pour les fonds dédiés, notamment chez les gros investisseurs et chez certains assureurs. Ils permettent à l’investisseur concerné d’avoir un meilleur contrôle sur la stratégie du gérant et des différentes techniques d’investissement utilisées, pour mieux répondre à des besoins spécifiques, tout en bénéficiant d’une pédagogie ciblée et de frais de gestion adaptés à cette relation privilégiée qui se crée. Dans le private equity, cela permet aussi de faire plus de co-investissements directs - notamment dans des entreprises locales que l’investisseur connaît bien -, qui peuvent être motivés par des facteurs plus économiques que purement financiers.

Quels sont les autres problèmes ?

La transparence sur les sous-jacents s’est globalement nettement améliorée, même dans les fonds de hedge funds, et cela va progresser encore avec des directives comme Solvabilité II. Ce n’est pas forcément toujours évident concernant les frais de gestion affichés. Les investisseurs en avaient beaucoup parlé fin 2008 dans le private equity, où ils ont été éclaircis et diminués depuis. Le sujet ressort aujourd’hui dans les hedge funds, car les très faibles taux de rémunération du cash ne permettent plus de couvrir ces frais intermédiaires, de l’ordre de 1 % à 1,5 % par an. Il faut vraiment créer de la performance rien que pour cela.

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