Le fonds Emergence se lance pour incuber les gestions prometteuses

le 03/11/2011 L'AGEFI Hebdo

Créé par le pôle de compétitivité Finance Innovation, son démarrage s’effectue avec quelque retard et moins d’argent que prévu.

Emergence, fonds d’incubation pour les sociétés de gestion, devrait être lancé officiellement fin novembre. « Le fonds était quasiment prêt fin juillet pour un lancement en septembre. Toutefois, après l’été complexe qu’a traversé la Bourse, ce n’était plus le moment », explique Alain Leclair, qui pilote le projet Emergence en tant que membre du comité de direction de Finance Innovation et président d’honneur de l’Association française de gestion financière (AFG). En plus de la Caisse des dépôts, qui a immédiatement manifesté son intérêt, plusieurs compagnies d’assurances et caisses de retraite vont également prendre part au projet. « Nous avions initialement envisagé de lever 250 millions d’euros de capitaux mais nous allons nous lancer avec 100 millions, puis effectuer un deuxième appel début 2012 », expose Alain Leclair.

L’objectif est de soutenir le dynamisme de la place, qui a vu pas moins de 400 créations de sociétés de gestion entre 2001 et 2010. Mais ces jeunes sociétés se heurtent très vite à un manque de capitaux d’amorçage (seed money). Emergence veut aider les sociétés de gestion les plus prometteuses qui s’installent en France, tout en les accompagnant dans leur développement futur. En outre, « c’est un observatoire qui permet de faire découvrir de nouveaux talents aux investisseurs », ajoute Alain Leclair.

Intérêts alignés

Dans chacun des fonds sélectionnés, Emergence devrait engager 20 à 40 millions d’euros de capitaux d’amorçage pour une durée de trois ans. Les investisseurs sont placés au cœur de la gouvernance puisqu’ils définissent les grandes orientations au sein du conseil d’administration. Ils nomment également le comité d’investissement qui possède un droit de veto sur les investissements. « C’est la première fois que l’Autorité des marchés financiers l’autorise, souligne Stéphane Puel, avocat associé chez Gide Loyrette et Nouel. Auparavant, le comité d’investissement n’avait qu’un rôle consultatif. » Mais « le gérant a tout de même le dernier mot », note Alain Leclair.

Par ailleurs, alors que de nombreux fonds d’amorçage prennent une participation dans le capital des sociétés de gestion, Emergence a opté pour un partage des revenus. « Le fonds investit des montants qui donneront de la visibilité aux gérants, explique Stéphane Puel. En échange, les sociétés de gestion s’engagent à verser des rétrocessions sur le fonds dans lequel Emergence a investi et dans ceux qui seront créés par la suite. » Un système qui offre une double source de revenus aux investisseurs. En plus de la performance du seed money, ils pourront percevoir une part des commissions de gestion des sociétés incubées, proportionnelle au montant investi, durant cinq à sept ans. En outre, étant donné qu’Emergence ne prend pas de pourcentage dans le capital des sociétés de gestion, ce n’est pas considéré comme du capital-risque. « C’est un avantage pour les investisseur car sous Solvabilité II, le traitement est plus favorable », remarque Stéphane Puel.

Un processus très sélectif

Emergence prendra la forme très souple de Sicav contractuelle, encore méconnue. « Contrairement aux autres OPCVM cette Sicav n’est soumise à aucun ratio et peut investir où elle le souhaite mais de façon contractuelle », indique Stéphane Puel. Le premier compartiment sera dédié à la « performance absolue », avec comme gérant délégataire New Alpha Asset Management, spécialiste européen de l’incubation alternative. D’autres compartiments devraient être lancés par la suite, notamment dans le domaine des actions ou encore de l’ISR.

Les candidates à l’incubation seront jugées sur la performance de leur fonds, la qualité de l’équipe fondatrice à travers notamment sa capacité entrepreneuriale et son track record, la pertinence de la stratégie poursuivie, ou encore sur le plan de développement proposé. « Sur 300 sociétés créées ces huit dernières années, seule une quinzaine ont plus d’un milliard d’euros sous gestion et une trentaine gèrent un peu plus d’un demi-milliard d’euros, détaille Alain Leclair. Nous recherchons le champion européen de demain. » Un premier écrémage des dossiers est effectué par New Alpha qui présente ensuite les cibles d’incubation potentielles au comité d’investissement de la Sicav. Ce dernier valide ou non ces propositions. « Sur une cinquantaine de dossiers, une dizaine vont être rigoureusement étudiés parmi lesquels quatre ou cinq, pouvant prétendre à cette ambition, seront retenus », conclut Alain Leclair.

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