Les fonds à performance absolue doivent encore convaincre

le 15/09/2011 L'AGEFI Hebdo

Après la débâcle de 2008, ces produits ont une fois de plus eu du mal à résister aux turbulences des marchés cet été.

La correction du mois d’août sur les marchés financiers a été un nouveau test grandeur nature pour les fonds de performance absolue. Or comme en 2008, la promesse d’une performance positive est loin d’avoir été tenue. Selon l’indice Lipper Global Absolute Return moyen en euros, ils ont perdu 2 % sur le seul mois d’août, portant ainsi leur recul depuis le début de l’année à près de 3 %. Selon Europerformance Six Telekurs, quatre fonds sur cinq sont en perte. « L’ampleur de la correction a pris de nombreux gérants d’actifs par surprise », soulignait l’agence de notation financière Fitch Ratings dans une étude publiée fin août.

Pilotage à vue

Cela signifie-t-il que les modèles statistiques et techniques utilisés dans le cadre de ce type de gestion n’ont pas fonctionné ? « L’objectif de ce type de fonds est de dégager une performance positive quel que soit le contexte de marché, rappelle Denis Panel, directeur des investissements chez Theam, filiale de BNP Paribas. Il ne doit donc pas présenter de biais structurel à un actif trop risqué et être suffisamment diversifié et flexible pour être décorrélé de l’évolution des actifs traditionnels. » En règle générale, ce type de produit vise une performance annuelle supérieure au taux sans risque Eonia. Cette surperformance, qui peut aller jusqu’à 5 %, va dépendre de l’horizon de placement et du niveau de risque du fonds. Pour parvenir à leur but, les gestionnaires de ces produits utilisent des séries statistiques qu’ils modélisent afin de prendre des positions sur les marchés au travers d’une large palette d’actifs (actions, taux, changes…) via, le plus souvent, des options ou des futures. « En août, nos modèles statistiques ne nous permettaient pas d’anticiper un tel retournement de marché, explique Jean-Luc Buchalet, stratégiste chez Pythagore Invest. Il nous a donc été difficile de faire évoluer notre positionnement. Ce d’autant que la volatilité, un indicateur fondamental pour apprécier les ruptures de tendance, ne s’est envolée que tardivement », alors que la marché avait déjà corrigé.

Cela a obligé à un véritable pilotage à vue qui a pris de nombreux gérants à contre-pied. « Dans ce type de marché, il n’y a plus de différenciation possible, ce qui rend les arbitrages plus difficiles, observe Bruno Crastes, directeur général de H2O AM, partenaire de Natixis AM. En dehors de l’or, du Bund, des Treasuries et jusqu’à récemment du franc suisse, aucun actif n’a échappé à la baisse. L’alpha est beaucoup plus difficile à créer. » H2O AM, dont le scénario retenu était une normalisation de la situation dans la zone euro, avait ainsi privilégié les obligations périphériques européennes vis-à-vis des titres core.

Il y a donc désormais deux camps : ceux qui ont le bon scénario et les autres. « Le plus pénalisant est de se tromper, confirme Denis Panel. Le tsunami et Fukushima ainsi que le changement de ton de la Banque centrale européenne en mars, que nous n’avions pas anticipé, nous ont coûté en début d’année. Mais dès le mois de juin, nous avons adopté un scénario baissier. Nous étions donc en position nette vendeuse en juillet et août, ce qui nous a permis de bien performer pendant la période. »

Si le directionnel, donc le contexte de marché, prend le pas sur la technique, la notion de performance absolue perd alors de son sens dans les situations extrêmes de marché. « Attention, il ne faut pas calculer une performance absolue à un instant donné mais dans la durée », nuance Bruno Crastes. Le défi de ces gestionnaires est donc désormais de ramener la performance de leurs fonds en territoire positif. « Le meilleur moyen est de maintenir notre position actuelle, indique Jean-Luc Buchalet. Nous parions en effet sur un rebond du marché. » Cette course à la performance pourrait encourager certains gérants à prendre plus de risque, s’inquiète Fitch dans son étude. Pythagore Invest a renforcé ses positions dans le secteur bancaire, l’EuroStoxx et les produits de base, c’est-à-dire tout ce qui a été massacré cet été, avec une augmentation de la volatilité à 3 mois du fonds à près de 12 %, contre un objectif sous 10 %.

« Nous respectons nos enveloppes de risque, tempère pour sa part Bruno Crastes. Ainsi, nos positions ont été réduites du fait de la volatilité. » Des niveaux de risque différents d’un produit à l’autre. Ainsi, H2O Adagio, dont l’horizon de placement est de 12 mois, doit respecter une volatilité annuelle de 1,25 %, tandis que pour H2O Allegro, dont l’horizon est de 3 ans, la volatilité annuelle cible doit être de 5 %. Mais cette réduction des positions ne veut pas dire qu’il y a moins de potentiel. La correction a offert de nouvelles possibilités. En espérant une normalisation rapide du marché.

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