Des fonds à échéance plus risqués

le 25/10/2012 L'AGEFI Hebdo

Lancée en 2008, la mode des fonds obligataires datés fait toujours fureur. Mais pour proposer des rendements alléchants, ces produits se spécialisent.

Des fonds à échéance plus risqués

Une manne de 3,2 milliards d’euros, tel est le montant collecté depuis près de deux ans par les fonds obligataires à échéance, selon le cabinet de conseil Image & Finance (lire l'entretien page 36). Ce dynamisme ne se limite pas à la France. En Europe, la Belgique et l’Italie, deux pays avec une forte tradition d’investissement dans les obligations, sont aussi des marchés très actifs. Cet engouement répond à une demande des investisseurs pour des produits de rendement. « Ces fonds offrent un bon couple risque-rendement et sont beaucoup moins soumis au problème de la liquidité », observe Christine Lacoste, responsable marketing chez Natixis AM. Surtout, leur succès tient à leur simplicité. Investis en obligations, ils ont une échéance, affichent un rendement cible et offrent une bonne diversification.

A l’origine plutôt taillés pour la banque privée ou les particuliers, ces OPCVM ne sont toutefois pas ignorés des institutionnels. « Les caisses de retraite ou les compagnies d’assurances peuvent y avoir recours car c’est une alternative en phase avec les nouvelles contraintes Solvabilité II, indique Emmanuel Collinet. L’existence de l’échéance réduit en effet la contrainte de liquidité. » Ils peuvent par ailleurs offrir un point d’entrée dans des gestions spécifiques. « Ils permettent de consacrer une partie de l’allocation à des classes d’actifs auxquelles les investisseurs ne sont pas habitués, compte tenu de la sécurité offerte par le fonds à échéance, expose Xavier Hoche, responsable gestion obligataires convertibles et fonds datés chez Oddo AM. Sur le haut rendement, par exemple, l'opération revient à détenir une obligation ‘high yield’ diversifiée et à maturité. » Mais pour que ces investisseurs soient véritablement intéressés, il faut que l’OPCVM atteigne un certain volume, prévient le gérant d'Oddo AM, en raison du ratio d’emprise. Le plus gros fonds jamais levé avec plus de 600 millions d'euros, Oddo rendement 2017, a pu ainsi attirer des institutionnels à hauteur de 33 % de sa collecte.

Les premiers fonds ont été commercialisés au lendemain de la crise de 2008. A l’époque, ces OPCVM ont attiré pas moins de 1 milliard d’euros de souscriptions. Oddo AM, qui a été l’un des pionniers en France sur ce créneau, a aussi été l’un des premiers à revenir sur le marché avec ce type de produit après le krach du marché à l’été 2011. « Ce sont des fonds d’opportunité obéissant à des fenêtres d’investissement, rappelle Xavier Hoche. Nous n’avions pas lancé de fonds entre 2009 et 2011 car nous estimions qu’il y avait moins d’opportunités sur le marché. »

Des fonds plus rémunérateurs

Il y a eu une nette accélération depuis début 2012 alors que la crise de la zone euro a ouvert des fenêtres d’opportunités sur le crédit, le high yield ou les convertibles. Treize nouveaux véhicules ont été lancés depuis février, contribuant pour près de 30 % aux encours actuels tandis que les encours des fonds existants au 31 janvier 2012 ont presque doublé, selon les chiffres d’Image & Finance qui note que les caractéristiques de l’offre ont sensiblement évolué entre les deux vagues.

L’offre de fonds est en effet large et multiple, et a tendance à devenir de plus en plus spécialisée. « Il existe une large variété de produits en termes de maturités, de sous-jacents, de construction des portefeuilles, souligne Christine Lacoste. Les espérances de rendement, principal argument de ces fonds, découlent de ces caractéristiques et de leurs combinaisons. » Ces derniers mois ont vu fleurir des fonds mixtes mêlant investment grade et high yield, puis des fonds de haut rendement purs, ou high yield et convertibles, des fonds sur des obligations émergentes, voire thématiques ultra-pointues. Autant de véhicules potentiellement plus rémunérateurs mais aussi plus risqués, dans un environnement de taux sans risque historiquement bas.

Serions-nous donc arrivés à la fin d’un cycle sur ce type de produits ? De fait, les opportunités sur le marché du crédit commencent à se tarir compte tenu d’un resserrement marqué des spreads. « Il se peut qu’il n’y en ait plus pendant six mois, voire un an, et ce jusqu’à une prochaine crise, prévient Xavier Hoche, qui vient de lancer un nouveau fonds à échéance 2017 investi en obligations high yield et en convertibles. Mais je ne crois pas que ce soit la fin d’un cycle. Ces produits correspondent à une demande d’investisseurs. Il faut juste ne pas les monter à n’importe quel prix. »

Une évolution naturelle

Pour les spécialistes de Natixis AM, les fonds à échéance suivent une évolution naturelle. Après avoir été focalisés sur le crédit investment grade en 2008, où existaient des opportunités, la dernière vague depuis dix-huit mois combine à la fois des obligations de la catégorie investissement à celles à haut rendement. « Pour pouvoir sortir un rendement compétitif, il faut mixer les deux classes d’actifs, souligne Fabien Vieillefosse, gérant chez Natixis AM. Entre-temps, avec les nombreuses dégradations de notation, l’échelle de risque, en relatif, a été revue et corrigée. »

Ce qui compte, en effet, c’est l’horizon de placement et la visibilité par rapport à la classe d’actifs, et plus précisément l’adéquation entre les rendements et les fondamentaux. « Dans Objectif Oblisphère Emergentes 2018, l’environnement économique favorable des pays émergents est l’élément moteur », précise Lionel Clément, gérant chez Lazard Frères Gestion. C’est l’un des plus longs en maturité. « La qualité des fondamentaux macroéconomiques sur les zones émergentes nous permet d’avoir un horizon d’investissement long terme sur les émissions de cet univers, ce qui, aujourd’hui, n’est pas le cas sur l’Europe », explique le gérant.

Expertise interne

Pour lancer un produit sur une classe d’actifs ou une zone géographique plus spécifiques, l’utilisation d’une expertise interne peut aussi crédibiliser l’offre. BNP Paribas AM a adopté cette démarche pour son dernier-né qui s’attaque aux marchés de l’Europe du Nord avec BNP Paribas Obliselect Nordic High Yield 2015, le gérant bénéficiant de l’expertise de son partenaire Alfred Berg, société spécialisée dans les solutions d’investissements nordiques. « Ce marché est peu couvert car il se situe en dehors de la zone euro et est absent des indices, indique Emmanuel Collinet. Il y a pourtant de vraies opportunités d’investissements. Paramètre important quand on lance ce type de produit spécifique : il faut être parmi les premiers pour proposer les meilleurs rendements. » Une fois la classe d’actifs « travaillée » par les investisseurs, les spreads se resserreront et les rendements diminueront.

« Il s'agit d'un produit formidable mais il faut prendre garde à ne pas casser le jouet », prévient un gérant. « Il y a une course au rendement dans ce type de portefeuille dictée par des impératifs commerciaux et marketing », regrette Emmanuel Petit pour qui ces fonds doivent avant tout rester simples et solides. Rothschild & Cie Gestion n’a pas voulu succomber à cette mode. « Nous avons lancé nos deux derniers fonds datés fin 2011 sur des émetteurs ‘investment grade’ avec une maturité 2016, poursuit Emmanuel Petit. Le rendement brut de l'un s'élève aujourd’hui à 3,3 %, ce qui peut paraître faible. Mais avant tout, le portefeuille offre solidité et bonne liquidité à l’investisseur dans toutes les conditions de marché, en tant que fonds 'investment grade'. »

« Notre inquiétude est que les rendements qu’offrent encore aujourd’hui ces émetteurs ne soient pas aussi attractifs en 2013 », confie Lionel Clément. Dans ce cas, le marché s’éteindra de lui-même. « Ce sont des portefeuilles d’opportunité », rappelle Xavier Hoche. Le fonds Oddo 2013 a ainsi été remboursé trois ans après sa constitution car il avait réalisé l’essentiel de sa performance. « Le fonds affichait déjà un gain de 35 %, nous avons donc donné la possibilité aux investisseurs de sortir par anticipation », poursuit-il. Les fonds les plus récents pourraient ne pas atteindre un tel résultat.

A lire aussi