Les fonds à échéance effectuent un retour en force

le 15/12/2011 L'AGEFI Hebdo

Plusieurs Sicav obligataires datées ont été lancées dernièrement. Les gérants profitent des opportunités du marché pour offrir des rendements attrayants.

La saison des fonds à échéance est ouverte. Pas moins de huit de ces véhicules ont été mis sur le marché ces dernières semaines ou sont en projet. « Ce type de produit fleurit après chaque crise, remarque Jean-Luc Hivert, responsable de la gestion obligataire à La Française AM, un des pionniers sur ces produits dans l’Hexagone et qui projette de lancer prochainement un fonds investi dans les obligations à haut rendement. La forte hausse des rendements obligataires pendant ces périodes permet de construire des portefeuilles avec des performances intéressantes sur des maturités à 3 et 6 ans. »

Risque de défaut surestimé

Les premiers exemples de ces structures ont été commercialisés au début des années 2000 après l’éclatement de la bulle du crédit dans le secteur des télécoms. La forte progression des rendements obligataires, cet été, a été une nouvelle occasion pour les sociétés de gestion de proposer ce type de fonds à leurs clients. Pour les seuls émetteurs high yield européens, le rendement moyen des obligations a bondi à 10,9 %, selon les indices Merrill Lynch. « Au vu des écarts de taux sur les obligations ‘high yield’, le marché anticipe un taux de défaut de 33 % à cinq ans, souligne Philippe Halb, gérant obligataire chez SPGP, qui vient de lancer un fonds investi sur ce compartiment, Sélection High Yield 2015. Nous pensons que ce risque de défaut est surestimé. Il y a de la valeur dans ces obligations. »

Investis en obligations, ces fonds ont un horizon de temps prédéfini : les gérants gardent les titres en portefeuille jusqu’à leur remboursement, en espérant qu’il n’y ait pas de défaut. Concrètement, les portefeuilles sont investis dans des obligations décotées, pariant sur la convergence de la valeur vers le pair à l’échéance. Compte tenu de cette échéance fixée d’avance, la maturité des emprunts ne dépasse généralement pas celle du fonds, même si elle peut être plus courte. S’ils sont investis dans les premiers mois, les fonds ne donnent pas lieu à une gestion totalement passive. Ainsi, certains restant ouverts jusqu’à la fin, il convient de gérer la variation de l’encours. En outre, les coupons et les remboursements d’obligations arrivant avant l’échéance du fonds, voire lors d’éventuelles opérations financières sur les émetteurs des titres, peuvent être réinvestis. Enfin, des arbitrages peuvent être réalisés en fonction de l’évolution du marché. « On peut dire que notre gestion sur ce fonds est semi-active, observe Jean-Marc Delfieux, responsable de la gestion des fonds ouverts chez Tikehau IM, dont le fonds TK Rendement 2016 est investi en obligations high yield. Si les ‘spreads’ se resserrent, on peut vendre les titres avant le terme. Le but est d’être en constante recherche d’amélioration du couple rendement-risque. »

Dans le contexte actuel d’incertitude sur les marchés financiers, ces produits intéressent de plus en plus d’institutionnels. « Ils répondent à leur problématique car ils permettent de figer un rendement sur une échéance donnée dans un environnement de risque acceptable », explique Frédéric Petiniot, directeur général d’Amadeis, cabinet indépendant de conseil en investissement. Quitte à renoncer à une hausse possible des marchés, les investisseurs optent pour un risque maîtrisé. « Notre objectif est d’offrir un portefeuille suffisamment diversifié entre les différents émetteurs et qualités de signatures, les obligations spéculatives étant limitées à 50 % de l’actif, quitte à délivrer une performance moins élevée, pour réduire le risque de défaut inhérent à l’investissement en obligations crédit », indique Emmanuel Petit, gérant du fonds R Focus Corporate 2016 de Rothschild & Cie Gestion, qui n’est investi ni dans les émetteurs bancaires et d’assurances, ni dans ceux de pays périphériques de la zone euro. « Le portefeuille est très diversifié puisqu’il est investi dans 94 lignes de 90 émetteurs, précise Xavier Hoche, gérant obligations convertibles chez Oddo AM qui a lancé en septembre son cinquième fonds à échéance, Oddo Rendement 2017. C’est important car la conjoncture reste incertaine. Il peut donc y avoir des défaillances. Aucune ligne ne dépasse 3 %. » Autre élément différenciant, alors que les fonds obligataires sans échéance vont présenter un risque lié à l’évolution des prix des obligations sur le marché, les fonds datés vont devenir de moins en moins risqués à l’approche de l’échéance. « Chaque année, la duration du fonds diminue, rappelle Cyril Legoeuil, gérant chez CCR AM. Cela se traduit par moins d’incertitude sur le remboursement. Le risque et la volatilité diminuent donc avec le temps. »

Pour l’investisseur, le risque va ensuite dépendre des actifs dans lesquels le fonds est investi et de sa maturité (entre 2014 et 2017 pour les derniers fonds lancés). Et la tendance cette année est résolument aux fonds high yield ou obligations convertibles avec des promesses de rendement supérieures à 7 %.

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