DOSSIER Forum GI

Les flux actions se dégèlent en Europe

le 14/03/2013 L'AGEFI Hebdo

Les gérants prônent de nouvelles approches de sélection face à l'aversion pour le risque toujours forte des investisseurs.

Exposant lors d'un Forum GI. Pierre Chiquelin

Les marchés actions repartent et ceux de la zone euro ne devraient pas être en reste. « Après douze ans de crise, les marchés actions accumulent les signes favorables, affirme Emmanuel Chapuis, responsable gestion actions thématiques et grandes valeurs chez Oddo AM. Les flux vers les actions sont positifs dans le monde depuis septembre, d’abord en Asie, puis aux Etats-Unis et à présent en Europe. Le mouvement vient des grands investisseurs institutionnels, plutôt experts, donc il devrait être durable. »

Certes, le mouvement n’est pas massif : on dénombre 42 milliards de dollars de flux globaux vers les actions fin 2012, à mettre en regard de 350 milliards de flux négatifs sur les cinq dernières années. Mais il conviendrait d’y voir un début de marché haussier. « Même si les flux techniques ne sont pas positifs en retraite, les investisseurs se posent la question d’un retour vers les actions, analysant les opportunités et cherchant à identifier les véhicules sur lesquels investir, décrypte Clotilde Daignes, directeur des ventes auprès des personnes morales à La Banque Postale Asset Management. Les assureurs ont déjà commencé à augmenter leur exposition en actions. »

Clé de ce regain d’intérêt pour les titres de capital, les investisseurs anticipent une reprise de l’activité. « La récession se poursuit… mais la stabilisation n’est pas loin, estime Maxime Alimi, économiste spécialisé dans la zone euro chez Axa IM. Or comme les actions anticipent les retournements de cycles, les perspectives nous paraissent favorables. » En outre, dans la zone euro, les risques de crise ont fortement diminué. « Nous sommes repassés depuis décembre 2012 en surpondération actions euro, notamment du fait de la détente de la prime de risque systémique, indique Maxime Alimi. Ce mouvement ne s’est pas reflété sur les marchés européens actions. » Actuellement, le Stoxx 600 offre des perspectives de rendement de 4 %, favorables si on les compare aux obligations : « Après leur progression inattendue en 2012, les actions euro sont encore loin de leur pic de 2007, environ 30 % en dessous, remarque Ralph Bruneau, directeur des gestions actions chez OFI AM. Elles bénéficient d’un regain d’optimisme, compte tenu de ce potentiel de rattrapage, et des bilans solides des entreprises. » De fait, depuis le point bas du 9 mars 2009, les actions américaines et émergentes ont plus que doublé, et dans le même temps, celles de la zone euro et les japonaises ne se sont revalorisées que de 50 % environ.

L'Italie n'épouvante pas

Signe de la confiance des investisseurs, les dernières élections en Italie ont eu un impact limité sur leur appétit. « Les chocs politiques, comme la falaise budgétaire aux Etats-Unis ou les élections italiennes, ne remettent pas en cause à ce jour les perspectives de croissance en Chine ou aux Etats-Unis, ni la reprise des marchés actions, observe Laurent Jacquier-Laforge, directeur de la gestion actions à La Banque Postale Asset Management. D’ailleurs, après les élections italiennes, les marchés ont modérément corrigé, signe que les investisseurs n’y voient pas un problème fondamental. Alors qu’il y a un an, un tel événement aurait fait baisser le marché de façon plus drastique. Les investisseurs ont plutôt vu dans la baisse l’opportunité de s’investir sur le marché actions. »

Tout au plus le rythme de progression du marché pourrait-il être adapté. « Notre conviction en faveur d’une baisse du risque systémique en zone euro est un peu battue en brèche par l’actualité italienne mais à moyen terme, nous restons positifs sur le potentiel des actions européennes et sur une surpondération de l’Allemagne », déclare Maxime Alimi.

La crise politique italienne peut même, à certains égards, faire figure de donne favorable supplémentaire. « Dans la mesure où les élections italiennes peuvent pousser les politiques à donner aux Etats plus de temps pour mettre en œuvre des programmes d’austérité, elles peuvent conduire à de meilleures perspectives pour la croissance, plutôt en 2014, explique Mirela Agache, responsable de la gestion diversifiée chez Oddo AM. Bien sûr, le risque social, étroitement lié au risque politique, est à surveiller. »

De fait, le marché actions italien ne suscite pas de rejet de principe. « Notre fonds italien reçoit plus de marques d’intérêt des investisseurs car ceux-ci cherchent à prendre du risque, relève Gilles Guibout, gestionnaire actions chez Axa IM. Depuis les élections, malgré la remontée de l’incertitude, nous n’avons pas vu de flux sortants sur notre fonds. » Il est vrai que 60 % des entreprises italiennes se paient en dessous du niveau de leur valeur d’actif net. « Au niveau des indices, la crise italienne a été pratiquement effacée mais les cartes sectorielles ont été rebattues, nuance toutefois Pascal Heurtault, directeur de la gestion chez Aviva Investors. Ainsi, les financières et les valeurs cycliques ont baissé, au profit de celles à forte visibilité et moins risquées. Les bancaires restent impactées en particulier. »

Repérer les tendances porteuses

En pratique, les investisseurs ont gardé une aversion pour le risque qui les pousse vers des stratégies de protection à la baisse, conduites notamment via des ETF (exchange-traded funds, lire l'entretien), mais aussi vers des choix très sélectifs : les démarches à base de convictions fortes (stock-picking) ayant le vent en poupe. « Notre approche, tout en veillant aux conditions de marché, consiste à mettre l’accent sur l’alpha et notre portefeuille italien affiche d’ailleurs une composition très différente de celle de l’indice », confie Gilles Guibout. Le portefeuille mise ainsi plutôt sur des valeurs financières diversifiées (gestion d’actifs) plutôt que des banques, fortement corrélées aux souverains. « Nous pourrions réduire la part des titres bancaires, mais restons positifs sur les entreprises italiennes exportatrices, car notre scénario de reprise graduelle de l’activité globale reste inchangé », poursuit le gérant.

Le marché actions tend ainsi à exiger des gérants des analyses plus approfondies avant d’arrêter leurs choix. « Le marché discrimine beaucoup entre les valeurs et il faut se garder d’acheter des titres en fonction de leur pays de cotation, recommande Pascal Heurtault. L’an dernier, une des valeurs qui a progressé le plus parmi l’Eurostoxx 50 était l’espagnole Inditex. Notre allocation géographique dans les portefeuilles en zone euro résulte du choix des titres. » Dans ce mouvement, les secteurs ne figurent plus comme des critères assez fins. « Les performances sont très disparates, y compris à l’intérieur d’un même secteur et nous croyons à la sélectivité », souligne Gilles Guibout, le fonds Axa Framlington Eurozone ayant réalisé selon cette approche une performance nette de 25 % depuis trois ans, soit 21,38 % de plus que l’indice de référence, l’Eurostoxx coupons investis. Souvent, les gérants identifient de grands thèmes porteurs, les entreprises exportatrices figurant notamment parmi les valeurs très appréciées. « La baisse du coût de l’énergie, de la main-d’œuvre en Europe et la croissance mondiale devraient soutenir les performances, notamment pour les entreprises qui développent leur chiffre d’affaires hors d’Europe », prévoit ainsi Ralph Bruneau, directeur des gestions actions chez OFI AM. Spécialiste des actions, Tocqueville Finance a repéré des grands thèmes autour desquels il n’hésite pas à revoir ses portefeuilles. « Nous avons transformé depuis janvier notre fonds Ithaque pour nous positionner sur de grandes tendances de long terme, indique Nelly Davies, gérante du fonds Ithaque-Megatrends de Tocqueville Finance. Dans un contexte incertain, certaines sociétés bénéficient de ces tendances porteuses et affichent une croissance indépendante de l’environnement économique. Il existe par exemple de la croissance structurelle dans les thèmes des ressources naturelles, du vieillissement de la population, ou encore de l’augmentation du niveau de vie. Ainsi, nous nous concentrons sur des sociétés dont les résultats sont moins volatils. » Les actions certes, mais avec des garde-fous…

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