Les firmes espagnoles touchées de plein fouet par le "credit crunch"

le 19/12/2013 L'AGEFI Hebdo

Dans l’incapacité de refinancer leurs dettes, les entreprises sont nombreuses à faire faillite. Beaucoup disposent pourtant de fondamentaux encore solides.

Les firmes espagnoles touchées de plein fouet par le

Fagor Electrodomestiques, le fabriquant de pain de mie Panrico, les fabricants de matelas Flex et Pikolin, le géant du poisson Pescanova, le groupe de textile Blanco et bien d’autres encore font partie de la longue liste d’entreprises espagnoles qui ont déposé le bilan, faute d’avoir pu renégocier leurs dettes. Selon l’Institut national des statistiques (INE), au cours du premier semestre 2013, plus de 5.000 entreprises espagnoles étaient en cessation de paiement, soit 22,5 % de plus que l’année précédente. Juan Ignacio Sanz, professeur de droit à l’Esade Business & Law School, assure que

« 300.000 entreprises espagnoles ont mis la clé sous la porte depuis 2008 ».

Pour l’agence espagnole de notation Axesor, il ne fait pas de doute que la cause principale de ces faillites est à mettre au compte des difficultés rencontrées par les entreprises pour se refinancer. « La restriction du crédit de la part des établissements bancaires a joué un rôle substantiel dans la faillite de ces entreprises. Beaucoup ont dû fermer faute de renouvellement de leurs lignes de crédits », explique Carlos Pavón, directeur du département légal du cabinet d’avocats Iure Abogados.

Cercle vicieux

Cet assèchement du crédit a abouti à un cercle vicieux défavorable à la croissance, souligne Miguel Angel Bernal, professeur d’économie à l’Institut d’études boursières : « Les banques n’accordent pas de crédit par crainte des impayés et les entreprises deviennent de mauvais payeurs faute de crédits. » Pourtant, parmi les entreprises qui font faillite, beaucoup disposent de fondamentaux encore solides. Souvent, elles n’ont « besoin que de financement pour continuer à fonctionner, à payer leurs fournisseurs », souligne Pedro Nueno, professeur d’économie à l’IESE Business School.

Le surendettement des entreprises espagnoles est, selon Carlos Pavón, lié à la baisse de leur chiffre d’affaires, qui les empêche de rembourser la dette générée antérieurement. Les premières touchées sont les petites et moyennes entreprises qui n’ont pas les reins assez solides pour payer des taux de crédit pouvant aller jusqu’à 7,5 % ou 8,5 %, souligne Miguel Angel Bernal. Depuis plusieurs années, le coût du financement est devenu inabordable. « Les banques ont commencé à augmenter les taux d’intérêt quand elles ont vu qu’il y avait une demande importante. Elles ont profité de la situation », commente Pedro Nueno.

De plus, comme les banques préfèrent désormais acheter des titres de dette publique plutôt que de prêter à l’économie, l’assèchement a été rapide, affirme Juan Ignacio Sanz. Dans l’obligation de passer d’importantes provisions pour couvrir les prêts douteux, les banques ont cherché à augmenter leur capital. Leur « processus de désendettement risque de prendre des années », estime le professeur. La situation inquiète le Fonds monétaire international (FMI), qui en octobre a tiré la sonnette d’alarme. Si l’économie espagnole entre à nouveau en récession, cela pourrait entraîner une nouvelle vague d’impayés – de 104 milliards d’euros, selon le pire scénario du FMI. Juan Ignacio Sanz partage ces craintes et prévoit à moyen terme un grand nombre de faillites d’entreprises et de ménages.

Alternatives

Face à cette situation, les entreprises disposent de deux possibilités : « Soit elles déposent le bilan, soit elles émettent de la dette sur les marchés », explique Miguel Angel Bernal. Mais elles sont encore peu nombreuses à accéder aux financements de marché. Seules les grandes firmes cotées en Bourse arrivent à tirer leur épingle du jeu en raison de leur poids dans l’économie espagnole car « 80 % du PIB espagnol est généré par 20 % des compagnies ibériques, les 20 % restants étant produits par 80 % des PME », indique Miguel Angel Bernal. Refuser aux grandes entreprises la restructuration de leurs dettes serait trop risqué pour les banques car leur volume de dettes représente environ 30 % du PIB espagnol, estime Juan Ignacio Sanz. Mais elles aussi ont un lourd tribut à payer : la chaîne de magasins El Corte Ingles a ainsi pu restructurer sa dette en donnant en garantie son patrimoine immobilier ou en vendant certains de ses actifs à Banco Santander.

Reste tout de même les fonds qui rachètent les portefeuilles de crédits douteux aux banques. Ils sont devenus une « alternative au financement bancaire ; les banques devront les prendre en considération comme futurs concurrents », souligne Carlos Pavón. Autre formule proposée par Axesor qui juge la dépendance aux banques excessive : « la création d’un marché d’obligations pour les PME ».

A lire aussi