L'avis de... Olivier Garnier, chef économiste chez Société Générale

« Les financements à long terme seront plus chers ou plus rares »

le 23/06/2011 L'AGEFI Hebdo

Diriez-vous que Lehman, la Grèce, l’Irlande étaient plutôt des crises de liquidité ou de solvabilité ?

Les deux sont liés. Un problème de liquidité peut devenir à terme un problème de solvabilité. Celui qui était solvable quand il se finançait à 4 % peut ne plus l’être si son coût de financement explose à cause d’un problème de liquidité. Il y a eu en effet à un moment donné, dans l’économie mondiale, du fait de l’abondance de la liquidité et du très bas niveau des taux d’intérêt, un excès de levier et de transformation afin de fabriquer un surcroît de rendement pour les investisseurs. Cet excès de transformation s’est réalisé en dehors du système bancaire, dans le « shadow banking system », c’est-à-dire dans des véhicules qui se finançaient à court terme et investissaient dans des titres souvent peu liquides. Du côté des banques, il n’y a pas eu, en général, d’accentuation excessive du risque de transformation, même si elles ont bien sûr ensuite souffert de la crise de liquidité sur le marché interbancaire.

A propos de Bâle III, vous attirez l’attention sur la ‘désintermédiation’ bancaire qui pourrait en résulter. Pourquoi ?

Les ratios de liquidité de Bâle III poussent les banques à « réintermédier » leurs ressources au passif afin de se procurer des financements plus stables, et à « désintermédier » leur actif afin de rendre plus liquides leurs emplois. Or, en France, l’épargne, par le biais notamment de l’assurance-vie et des fonds monétaires, est largement désintermédiée, tandis qu’à l’inverse, les prêts aux entreprises, aux particuliers et les prêts immobiliers restent largement dans le bilan des banques. Les nouveaux ratios de liquidité auront donc des conséquences importantes sur les circuits de financement de l’économie.

Quel genre de conséquences ?

Bâle III pousse vers un modèle d’origination et de distribution où le rôle des banques serait moins de prêter que d’aider leurs clients à émettre et, ensuite, de placer leur papier. Si les banques peuvent moins jouer leur rôle d’intermédiaires sur le marché de l’épargne, entre des ressources plutôt à court terme et des besoins de financement plutôt à long terme, il n’y a que deux moyens d’apparier l’offre et la demande : soit les épargnants trouvent intérêt à épargner plus long et plus risqué, soit l’investissement à long terme sera contraint de s’ajuster à la baisse. Dans tous les cas, les financements à long terme seront plus chers ou plus rares.

C’est une manière de réduire les risques....

Pas nécessairement. Certes, les risques seront moins dans les bilans des banques, mais ils seront déplacés ailleurs : vers les « non-banques », le « shadow banking » et, en fin de compte, vers les ménages.

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