Dossier Place financière

Financement de l’innovation : en progrès, mais peut mieux faire

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

Il ne manque pas grand-chose à la capitale et sa région pour avoir une image de leader en la matière.

Le premier atout de Paris Ile-de-France en tant que place attractive pour le financement de l’innovation, c’est qu’on y trouve de l’innovation et au sens large, pas uniquement technologique », positive Marie Ekeland, associée du fonds Elaia Partners et cofondatrice de France Digitale, en évoquant un environnement propice en termes de start-up (2.000 à Paris contre 1.400 à Londres), incubateurs (24 contre 10), chercheurs (140.000), brevets déposés (2.000 par an), etc. Pour Philippe Grand, associé d'Ernst & Young, « un pôle d’excellence pour l’innovation (‘hot bed’) doit remplir quatre conditions : un centre de recherche/enseignement incontournable ; un tissu de grandes entreprises leaders ; un réseau d’interactions efficaces entre institutions et entreprises ; des financements structurants ».

Saclay (CNRS, CEA, Polytechnique, Supelec…) ou le Génopole d’Evry ont depuis longtemps apporté à la région parisienne une forte reconnaissance en matière de recherche/enseignement supérieur. « Et le plan Campus en fera le plus grand 'cluster' scientifique d’Europe », poursuit le consultant à propos d’un projet dont le gouvernement soutiendra l’aménagement immobilier et logistique dans le cadre du Grand Paris. Malgré notre économie très centralisée, le débat est plus mitigé sur la qualité de la densité industrielle. Certes, des grandes entreprises (Renault, Dassault, Sanofi, Essilor, etc.) y ont leurs centres de recherche-développement (R&D). « Mais elles n’ont pas la même proximité qu’aux Etats-Unis avec les jeunes entreprises, même dans le secteur numérique, nuance Jean-David Chamboredon, président du fonds Isai et administrateur de France Digitale. Aucune n’a le pouvoir de consolidation des Google ou Facebook qui achètent des start-up toutes les semaines… » Pour l’ex-associé de 3i, « le financement reste l’enjeu majeur de la Place, mais il repose essentiellement sur des mécanismes d’incitation fiscale. » Les fonds communs de placement pour l’innovation (FCPI, 1997) et le statut de « jeune entreprise innovante » (JEI, 2004) ont permis d’amortir l’éclatement de la bulle internet après 2001. Le Crédit d’impôt recherche (CIR, 1983) est devenu en 2008 un avantage pour ces mêmes PME qui engagent des dépenses de R&D, et non uniquement pour les grands groupes. « Et le dispositif ISF PME (la loi Tepa, 2007) a aidé au développement des réseaux de ‘business angels’, beaucoup moins nombreux auparavant », remarque Jean-David Chamboredon.

Le potentiel, pas la « culture »

Ces avantages fiscaux posent question : ils ont façonné un écosystème d’où sont absents les investisseurs de long terme, fonds de pension ou assureurs-vie. « Les levées de fonds 2012 pour le capital-innovation français ont progressé (à 1.030 millions d’euros) du fait d’une importante opération en ‘corporate venture’ (288 millions) et du démarrage du Fonds national d’amorçage (FNA) qui a engagé 200 millions d’euros. Toutefois, ce déploiement semble caler (pour 2013) sur la présence de partenaires privés indispensables (100 millions en 2012), mais non suffisants », note Denis Champenois, président d’Innovacom et vice-président de l’Association française des investisseurs pour la croissance (Afic). Cette dernière salue les conclusions des Assises de l’Entrepreneuriat en faveur de nouvelles incitations fiscales pour réorienter l’épargne longue vers les PME non cotées et promouvoir l’investissement des industriels dans les start-up. « Avec des dispositifs comme le FNA, le problème n’est pas tant les premiers tours de capital que les suivants, qui permettent de développer des champions à l'international, puis de relayer les premiers investisseurs », dénoncent les membres de France Digitale. « C’est un sujet de financement, avec l’absence d’investisseurs spécialisés malgré le Fonds stratégique d'investissement (FSI) comme sur Dailymotion, mais aussi de culture », ajoute Marie Ekeland en comparant avec les Etats-Unis. La Bourse ne valorise pas les entreprises de croissance, à l’exception des biotechs pour lesquelles les capital-risqueurs se sont démenés pour faire de Paris la capitale des introductions dans ce domaine en Europe avec 72 % des opérations réussies (27 pour et 491 millions d'euros levés) sur 2007-2012.

Philippe Berna, président du Comité Richelieu et de la start-up Kayentis, formule plusieurs autres propositions pour améliorer la fluidité entre les différents acteurs français et parisiens de l’innovation, notamment : « Un ‘small business act’ à la française afin d’orienter la commande publique vers les solutions innovantes de jeunes PME ; un rescrit ‘bienveillant’ afin d’attribuer le CIR aux PME sur la base d’un 'business plan' et d’un engagement à moyen/long terme ; et un CIR ‘participatif’ afin d’inciter les grands groupes à une meilleure synergie avec les PME innovantes. Cela permettrait d’optimiser l’allocation des aides dès le début des programmes R&D, par exemple avec un redéploiement via bpifrance, la banque publique d’investissement, au travers d’un soutien en aval facilitant le financement de prototypes ou l’accès à la première commande. Cette mesure améliorerait aussi les échanges des grandes entreprises avec les start-up… » Avec des pistes pour améliorer la liquidité.

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