L'invité de L'Agefi

La finance a un visage à Paris

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Nos candidats et leurs pairs devraient s’enorgueillir du secteur financier français et de ses sociétés financières indépendantes.

Par Vincent Strauss, président de Comgest*

La sphère financière n’a pas de visage et encore moins d’âme, elle opprime le peuple, n’ont eu de cesse de répéter de nombreux candidats à l’élection présidentielle pendant la campagne en prônant des mesures coercitives draconiennes. Mais nos candidats et leurs pairs devraient plutôt s’enorgueillir du secteur financier français.

La crise bancaire de 2008 a durablement terni l’image du monde de la finance, et la classe politique n'en finit pas d’en tirer profit. Elle néglige candidement de mentionner que cette débâcle n’est le fait que d’une poignée de financiers irresponsables. Quid de ces sociétés financières indépendantes dont la réussite s’assoit sur un sens aigu des responsabilités, la défense acharnée des intérêts de leurs clients et de leur entreprise ? Elles participent pourtant à la prospérité du pays et au bon fonctionnement du système financier.

Car la renommée des boutiques de fonds françaises dépasse largement nos frontières et se reflète dans l’intérêt grandissant de nos voisins allemands, anglais, espagnols ou italiens. Ce succès pourrait même être comparé à celui des PME allemandes en matière d’exportation de machines ! Mais à quoi tient la part de marché croissante des sociétés financières françaises ? C’est simple, contrairement aux « acteurs mondiaux », ces institutions ne perdent pas de vue leurs clients. Elles représentent avant tout leurs intérêts et misent sur la qualité. Loin de se contenter de vendre des produits à forte marge bénéficiaire sans contrôle des risques, elles investissent en accord avec eux dans des entreprises prometteuses dans lesquelles elles ont confiance.

Ces gestionnaires de fonds qui représentent pourtant à eux seuls une grande partie du système financier n’ont joué jusqu’ici qu’un rôle mineur vis-à-vis du public. Le secteur financier est davantage identifié aux grandes banques : ces grandes banques que la classe politique a dans le collimateur. Il n’en reste pas moins que les restrictions politiques et réglementaires qui s’appliquent à tous fragilisent surtout les sociétés dignes de confiance, celles-là mêmes qui n’ont rien à se reprocher. Pour attirer l’attention sur cette situation ubuesque, nous, gestionnaires de fonds indépendants, avons créé la « New City Initiative » (NCI). Fondée en 2010 à Londres, son champ d’action s’étend désormais à l’ensemble du continent européen. Notre objectif commun est d’une part d’édicter de nouvelles normes européennes visant à réglementer la pratique professionnelle de la finance et d’autre part de rendre toute sa transparence à la place financière. Nous entendons également conseiller les hommes politiques et les autorités en charge de l’élaboration des lois et réglementations européennes impliquant les prestataires de services financiers. Comgest et de nombreuses sociétés de renom parisiennes, telles que Carmignac Gestion, Mandarine Gestion ou Financière de l´Echiquier, se sont ainsi regroupées. Ensemble, membres londoniens de la NCI inclus, nous gérons quelques 350 milliards d’euros ; un chiffre qui justifie bien que nous nous adressions d’une seule voix à la classe politique.

Le monde de la finance a donc un visage. Et nos chers candidats à l’élection présidentielle ne pourront plus l’ignorer - sauf à fermer les yeux. Fortes de leurs valeurs, les boutiques de fonds parisiennes s’engagent, chacune à leur manière, pour l’avenir de la place financière parisienne. Nous ne constituons aucun risque pour l’économie ou la société. Notre succès international croissant est étroitement lié au taux de satisfaction élevé de nos clients avec qui nous entretenons des relations privilégiées dans la durée. Mais pour le moment, notre priorité est que le monde politique, l’opinion publique et les autorités de surveillance en prennent conscience.

Tant les déclarations tout à trac que les menaces populistes et la guerre tendancieuse menée contre l’« ennemi financier » commun par le truchement de mesures politiques ou réglementaires irréfléchies mettent en danger ces fleurons de l’économie française. Ces comportements mettent non seulement en péril de nombreux emplois hautement qualifiés mais aussi la renommée internationale de la place financière parisienne dans le domaine de l’asset management. Londres et Francfort s’en frottent déjà les mains !

* Société internationale de gestion d'actifs indépendante basée à Paris

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