Dossier Forum GI - Fonds de pension

Le « fiduciary manager », l'homme de confiance des institutions

le 17/03/2011 L'AGEFI Hebdo

Né aux Pays-Bas au début des années 2000, ce gérant externe couvre, entre autres, la gestion actif-passif et l'allocation d'actifs.

Fiduciaire : basé sur la confiance. Le fiduciary management repose donc, plus que toute autre forme de gestion d’actifs, sur la relation de confiance entre le client et son gestionnaire. Née il y a dix ans aux Pays-Bas, cette activité reste méconnue en France. Elle est pourtant en plein essor : de plus en plus d’investisseurs institutionnels choisissent d’externaliser leur gestion auprès d’un fiduciary manager, qui est en quelque sorte aux institutions des temps modernes ce que l’homme de confiance étaient aux riches familles industrielles à la fin du XIX

e siècle.

Le premier mandat de ce type a été signé aux Pays-Bas en 2002, lorsque la compagnie d’assurances VGZ a décidé de confier l’ensemble de l’organisation de sa gestion à Goldman Sachs Asset Management. Aujourd’hui, la plupart des fonds de pension néerlandais délèguent leur gestion actif-passif à un fiduciary manager.

S'approprier le bilan de l'institution

D’autres institutions ont suivi le même chemin, principalement en Allemagne et en Grande-Bretagne. « Elles ont pris conscience qu’elles ne peuvent plus tout gérer en interne car les marchés financiers et la réglementation sont de plus en plus complexes. L’externalisation à un 'fiduciary manager' est donc une tendance de fond, qui vient juste de débuter », analyse Leen Meijaard, responsable de l’activité institutionnelle de BlackRock en Europe continentale, qui gère 21,3 milliards d’euros en mandats fiduciaires, dont 16 milliards d’euros aux Pays-Bas. Les fonds de pension, comme toutes les grandes institutions, ne peuvent en effet plus se contenter de gérer un portefeuille obligataire en lien avec leur passif prévisionnel. Désormais, ces investisseurs interviennent sur une multitude de classes d’actifs, y compris la gestion alternative ou le capital-investissement, qui nécessitent des expertises spécifiques. De même, les normes comptables de type IFRS et les différentes réglementations encadrant les institutions de retraite et les compagnies d'assurances introduisent de nouvelles contraintes. En outre, « il est délicat, pour les institutions gérant moins d’un milliard d’euros, de développer des équipes de gestion en interne. La solution consiste à faire appel à un manager externe qui devra véritablement s’approprier le bilan de l’institution, tant côté actif que passif », explique Erwan Boscher, responsable du fiduciary management d’Axa IM, qui vient de remporter le mandat fiduciaire du fonds de pension du groupe néerlandais Ahold pour un montant de 2,5 milliards d’euros, portant le total des encours de cette activité à 10 milliards d’euros.

Les institutions peuvent ainsi externaliser à leur fiduciary manager l’ensemble de leur gestion : analyse actif-passif, allocation d’actifs, sélection de sociétés de gestion, risk management, suivi des portefeuilles, gestion overlay (tactique), reporting centralisé, etc. « Le 'fiduciary management' est par nature une solution sur mesure, précise Frédéric Surry, responsable des solutions d’investissement chez BNP Paribas Asset Management. Certains clients nous confient l’intégralité de l’organisation de leur gestion, d’autres préfèrent garder la main sur certaines décisions stratégiques. » Le groupe français a hérité, lors de la fusion avec Fortis, d’une activité de fiduciary management pesant aujourd’hui 11 milliards d’euros. La liste des activités confiées varie donc sensiblement d’un cas à l’autre. Ces spécialistes interviennent en quelque sorte comme un chef d’orchestre faisant appel à différentes expertises en interne au sein de son groupe ou en externe, pour le compte de son client.

De même, certains cabinets de conseil comme Towers Watson ou Cardano ont développé ce type d’activité, même si elles sont généralement proposées sous un vocable différent, celui d’implemented consulting. Mais « le 'fiduciary management' fait appel à de très nombreuses compétences. Aussi, les grandes sociétés de gestion ont clairement des atouts à faire valoir face aux consultants qui proposent des services comparables », estime Leen Meijaard. Un point de vue partagé par Erwan Boscher : « C’est avant tout un métier de gérant d’actifs, nécessitant des investissements importants. Axa IM pratique une forme de 'fiduciary management' pour les compagnies du groupe Axa depuis des années, pour lesquelles nous avons par exemple développé des compétences autour de la directive Solvabilité II. Nos clients savent qu’ils en bénéficieront indirectement. »

Présent notamment auprès des fonds de pension néerlandais, Axa IM souhaite, comme BNP Paribas AM, développer cette activité en France, même si elle ne prend pas forcément le nom de fiduciary management. Les caisses de retraite sont notamment visées, à l’occasion de la remise à plat de leur gestion sous mandat. « En France, nous allons proposer ce type de service aux institutions petites et moyennes dans le cadre de leur réflexion sur Solvabilité II et sur le pilotage de leur ratio de financement », ajoute Frédéric Surry, qui intervient déjà aux Pays-Bas, en Allemagne, en Grande-Bretagne, en Norvège, mais aussi en au Japon et en Corée.

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