L'avis de... René Defossez, stratégiste fixed income à Natixis

« La Fed prépare les esprits longtemps à l'avance »

le 13/06/2013 L'AGEFI Hebdo

A intervalles réguliers, les marchés se saisissent du thème de l’« exit strategy ». Cette fois sera-t-elle la bonne ?

La Réserve fédérale prépare sa stratégie de sortie avec des communications de ses responsables volontairement ou involontairement contradictoires. Les discussions ne sont pas orientées sur la politique de taux d’intérêt dont l’inflexion est repoussée dans le temps. Il suffit de regarder les Fed funds

futuresqui ne délivrent aucune anticipation de hausse des taux directeurs de la part des marchés avant fin 2014 ou 2015. Les discussions portent uniquement sur la politique de bilan de la Fed, c’est-à-dire sa politique d’assouplissement quantitatif (QE), d’injections de liquidités par le biais d’achats mensuels de 85 milliards de dollars de bons du Trésor américain et de MBS (mortgage-backed securities). Or la sortie de cette politique est soumise à conditions : l’amélioration substantielle du marché du travail et donc une véritable reprise de l’activité économique. Certes, le taux de chômage diminue avec un taux actuellement de 7,5 % de la population active. Mais depuis le début de la crise, le taux de participation, à savoir les individus en âge de travailler intégrés à la population active, a beaucoup diminué. Malgré quelques signes d’amélioration, cela signifie que l’économie américaine n’est pas encore entrée dans un nouveau cycle conjoncturel et n’a pas enclenché une véritable dynamique de sortie de crise. Il ne faut pas aller trop vite en besogne concernant la fin du QE ; la Fed a simplement décidé de préparer les esprits longtemps à l’avance.

Il est reproché au QE de créer des bulles d’actifs...

Les bulles d’actifs ; c’est l’autre volet du débat. L’abondance de liquidités empêcherait les investisseurs d’avoir une juste appréciation des risques sur les marchés actions ou obligataires. Pourtant, un des objectifs initiaux du QE était de créer des effets richesse positifs. Même la reprise de l’immobilier fait peur puisque 25 % des propriétaires endettés sont toujours en equity negative. Le QE se voit aussi imputer la forte volatilité des flux de capitaux internationaux et ses effets déstabilisants pour les pays émergents. Il est demandé à la Fed d’agir vite pour éviter un dégonflement brutal de ces bulles. Pour ma part, je considère que la banque centrale va prendre son temps pour arriver à une normalisation de sa politique. Elle opérera sur le mode du « fine tuning ». Une première étape sera la baisse des achats de MBS de quelques milliards de dollars chaque mois. Disons en fin d’année...

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