Face aux Etats impécunieux

le 08/03/2012 L'AGEFI Hebdo

Sale temps pour les institutionnels. Non seulement les taux d’intérêt sont anormalement et durablement bas, mais encore l’actif sans risque a disparu en Europe, victime de la crise financière. En menaçant de disloquer la zone euro, celle-ci a contraint les investisseurs à rééchelonner des titres d'Etat qu’ils avaient abusivement pris l’habitude de mettre dans le même confortable panier. Le résultat a été une année 2011 ravageuse, d’autant plus que des réformes de régulation majeures ont continué à mûrir, à commencer par Solvabilité II.

Depuis décembre, la BCE a réussi à ramener un peu de sérénité sur les marchés souverains en impulsant une politique monétaire hors normes. Cet apaisement incite les institutionnels à reconsidérer leurs choix en instillant un peu de risque dans leurs portefeuilles (lire le Dossier Gestion institutionnelle). Mais retour au calme ne saurait signifier retour à la normale dans la zone euro. La nécessité pour les Etats de financer leurs déficits signifie que l’incertitude demeurera la caractéristique principale du sport à haut risque que constitue la gestion de l’épargne.

Un exemple vient d’en être donné en France avec l’assurance-vie que le candidat socialiste souhaite mettre dans le champ de l’impôt sur le revenu. Même relativisée par son entourage, la mesure annonce un changement potentiel majeur de l’environnement des assureurs. Elle pourrait d’abord entraîner, avant même sa mise en œuvre, des mouvements importants parmi les épargnants, notamment les plus importants d’entre eux. Son effet pourrait ensuite être renforcé si elle s’accompagnait d’un doublement du plafond du Livret A ou de la création d’une tranche marginale d’imposition à 75 % qu’envisage le même candidat. Enfin, un tel changement de règle du jeu pourrait conduire les assureurs à modifier leur approche, en accélérant la réduction de la duration des portefeuilles et en réduisant la rémunération des contrats, pour se couvrir contre un risque de liquidité nouveau. Dès lors, les conséquences pour la stabilité du stock de 1.400 milliards et pour ses emplois pourraient être très importantes. Or il est investi à près d’un tiers dans les entreprises qui en ont le plus grand besoin en ces temps de disette bancaire ; et 20 % de la dette nationale étant détenue par des assureurs, toute désaffection se paierait par une tension sur les taux que la France ne peut pas se permettre.

L’avantage fiscal de l’assurance-vie n’est pas un cadeau fait aux assureurs mais la contrepartie d’un engagement de longue durée. Toute modification du système se doit donc d’être mûrement pesée et discutée. On comprend qu’un Etat surendetté soit tenté de mettre la main sur ce qui semble un pactole. Mais s’il est tant soit peu soucieux de la solidité de son propre financement et de celui de ses entreprises, chercher à l’assurer par le raccourcissement de l’horizon de l’épargne nationale est le plus dangereux objectif qu’il puisse se proposer.

A lire aussi