Face à « l’ennemi »

le 10/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Il n’est pas banal qu’une industrie particulière voie son « ennemi » déclaré élu à la plus haute charge de l’exécutif. Tel est le cas peu enviable de la finance française. L’occurrence est d’autant plus remarquable qu’il appartiendra au nouveau président de négocier, avec ses partenaires du G20 et de l’Union européenne, le virage réglementaire et économique le plus important que ce secteur ait peut-être jamais eu à prendre. Bien sûr, il y a loin de la rhétorique des meetings de campagne à la réalité des décisions prises quelques mois plus tard. Sans mettre les choses au tragique, la finance n’en doit pas moins s’attendre à une période fort désagréable.

En disciple conséquent de François Mitterrand qui avait, contre l’avis de plusieurs de ses conseillers, imposé les nationalisations à 100 % par souci de cohérence politique, François Hollande laisse déjà prévoir qu’il tiendra intégralement et au plus tôt les promesses phares de sa campagne : cela concerne notamment la fiscalité, avec la création de la fameuse tranche de l’impôt sur le revenu à 75 %, la réforme de l’ISF et des bonus, enfin la création d’une surtaxe de 15 % sur l’impôt sur les sociétés acquitté par le secteur financier. Prévoir l’impact de telles mesures est difficile mais il est sûr qu’elles contribueront à dissuader les acteurs financiers de chercher en France les voies prioritaires de leur développement, surtout si la fusion de l’IR et de la CSG, aux effets progressifs aussi puissants que sous-estimés, prend corps rapidement.

Sur le chapitre du financement de l’économie, le chantier ne sera pas moins structurant : au moment où les régulateurs du monde entier imposent à l’Europe une cure de désintermédiation bancaire sans précédent, le nouveau pouvoir se propose, dans le plus pur esprit techno-jacobin des années 60, de reconstruire une banque publique d’investissement où les plus anciens reconnaîtront sans peine le fantôme du Crédit National ressuscité dans l’orbite de la Caisse des dépôts et d’Oséo. Il se propose encore de scinder banques de financement et d’investissement et banques commerciales, dans le but de mieux garantir les dépôts mais aussi de « réduire la taille des acteurs de marché », une initiative surprenante alors que Bâle III va justement donner à celui-ci un rôle croissant dans le financement de l’économie. Sauf à confier au pôle public une véritable hégémonie en la matière, affaiblir les banques de marché françaises en cette période cruciale est hasardeux. Des choix techniques qui seront faits à ce propos, tout comme de la cohérence de ceux touchant à la capitale fiscalité de l’épargne, dépendront la place du secteur bancaire français, privé comme mutualiste, dans le nouveau paysage, et bien entendu son avenir. Il n’y aura pas que cette corporation qui jouera gros dans cette affaire mais bien l’économie nationale dans son ensemble.

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