L'avis de... Jean-Michel Boussemart, délégué général de COE-Rexecode

« Les exportateurs japonais reconstituent d’abord leurs marges »

le 23/05/2013 L'AGEFI Hebdo

La dépréciation du yen est-elle une conséquence indirecte de la politique de reflation des autorités nippones ou un objectif ouvertement recherché ?

Ce n’est pas la première fois que la Banque du Japon essaie de déprécier sa monnaie. Mais les tentatives précédentes n’ont pas été couronnées de succès pour une raison. La balance commerciale était structurellement excédentaire et dans un environnement d’excédent courant, il est difficile de faire baisser une devise. Aujourd’hui, c’est différent. La perte de compétitivité induite par un yen beaucoup trop fort et l’impact de Fukushima en termes de hausse des importations énergétiques ont fait disparaître l’excédent commercial, ce qui facilite la baisse du yen, devenue elle-même indispensable pour les exportations nippones.

La chute du yen sème la pagaille sur les marchés des changes. Et pas seulement en Asie...

La baisse contre le dollar s’est répercutée de façon automatique sur les devises émergentes arrimées à la monnaie américaine comme le won coréen. Cela dit, autour de 80 yens pour un dollar comme c’était le cas en 2011 et début 2012, la devise nippone est nettement surévaluée. En fait, c’est la rapidité du mouvement qui pose problème. Les devises asiatiques accrochées au dollar se sont appréciées en quelques mois d’environ 30 % contre le yen, d’où un choc de prix relatifs. L’autre préoccupation avec la baisse du yen est l’afflux de capitaux qui risquent de déstabiliser certains pays. D’où les réactions en chaîne de banques centrales asiatiques et de pays émergents qui réduisent leur taux d’intérêt pour peser à leur tour à la baisse sur leurs devises.

Les entreprises japonaises vont-elles gagner beaucoup de parts de marché à l’exportation ?

Avant de renforcer leurs parts de marché à l’export, les entreprises en profitent dans un premier temps pour reconstituer leurs marges, et partant, leurs investissements et leur compétitivité. J’en veux pour preuve que les récents indices des prix à l’importation publiés aux Etats-Unis montrent que les entreprises japonaises n’ont pas modifié pour l’instant leurs prix en dollars. La Bourse de Tokyo l’a bien compris avec la flambée actuelle des cours. En sens inverse, un producteur coréen, par exemple, doit immédiatement comprimer ses marges en plus du fait que la concurrence à affronter à l’exportation va s’exacerber avec le retour d’entreprises japonaises sorties des marchés ces dernières années pour cause de yen surévalué. A sa manière, le Japon répond à la sous-évaluation massive des devises des pays émergents au cours de la décennie écoulée.

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