Dossier Gestion quantitative

Une expertise à la française devenue une force de la place

le 24/02/2011 L'AGEFI Hebdo

Les gérants spécialisés se sont taillé une place de choix, grâce à la présence, en France, de formations scientifiques de haute volée.

Discrète, mais solide. La gestion quantitative française est certes moins emblématique que les boutiques de stock-picking en actions développées par des gérants stars. Mais elle s’est taillé une place à part dans le paysage français de la gestion depuis deux décennies. C’est en effet à partir du début des années 90 que se sont développées plusieurs structures françaises de gestion quantitative, dans le cadre de grandes maisons ou de structures indépendantes. Même le géant américain State Street a choisi, dès 1991, d’ouvrir un centre de gestion à Paris pour profiter des compétences locales en la matière. « Les grands acteurs mondiaux de la gestion quantitative sont américains. Mais la France a développé une approche originale, plus centrée sur la gestion active, tandis que les américains utilisent avant tout les outils quantitatifs pour répliquer des indices », analyse Cyrille Collet, directeur de la gestion actions de CPR Asset Management, diplômé d’un DESS en ingénierie mathématique appliquée à la Finance.

Cursus mathématique et financier

Il existe en effet une véritable expertise « quant » en France, reposant sans aucun doute sur l’existence de formations scientifiques de haute volée : grandes écoles scientifiques, masters universitaires, dont l’emblématique master probabilités et finance de Nicole El Karoui à Paris VI Jussieu, ou encore des centres de recherche de certaines écoles de commerce comme l’Edhec ou encore Dauphine.

« La formation idéale pour devenir 'quant' est un double cursus à la fois mathématique ou statistique et financier. L’anglais courant est obligatoire car dans nos métiers, toute la recherche est en anglais », précise Frédéric Jamet, directeur de la gestion de State Street Global Advisors (SSGA) France, lui-même sorti de l’école Centrale de Lille et d’un DEA de finance. Ces formations « quant » françaises sont très recherchées à l’échelle mondiale. Ainsi, deux anciens gérants français de State Street à Paris travaillent désormais pour les autres entités du groupe à Londres et à Boston. A l’inverse, les gérants américains de State Street ne viennent pas renforcer les équipes françaises. Seul cas à part, le coresponsable mondial du risque d’investissement de SSGA est un Américain basé à Paris, Patrick Armstrong.

Les écoles françaises attirent par ailleurs de nombreux étudiants étrangers, qui viennent y compléter leur formation. Ainsi, les Quant Awards organisés par SSGA France et CFA France pour la première fois en juin 2010 ont récompensé un étudiant chinois de l’Edhec. « On assiste à une évolution depuis quelques années : les formations françaises de commerce comme HEC ou Dauphine attirent de plus en plus de chercheurs étrangers, qui se tournaient plutôt vers Londres auparavant », confirme Serge Darolles, chercheur au Crest-Ensae, lui-même diplômé de l’Ensae, docteur en mathématiques appliquées et membre fondateur de QuantValley (lire l'encadré).

Ces talents viennent naturellement nourrir les équipes de recherche et de gestion quantitative françaises, dans les stratégies « long only », mais aussi de performance absolue, voire dans les salles de marché des banques d’investissement, là encore une spécialité française. « Avant la crise, de nombreux étudiants en mathématique ou en informatique cherchaient à travailler dans une salle de marché plutôt que dans la gestion quantitative. Désormais, la tendance se rééquilibre », constate cependant Christian Lopez, directeur de la recherche de CPR AM, ancien élève de l’Ecole Normale supérieure de Saint-Cloud, ingénieur de l’Ecole nationale supérieure des télécommunications de Paris et docteur en mathématiques appliquées.

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