Dossier Agences de notation

Evaluation des banques, l’accent est mis sur les critères qualitatifs

le 30/08/2012 L'AGEFI Hebdo

Les dégradations en cascade en Europe sont le reflet de la prise en compte de la note souveraine pour les établissements dits « systémiques ».

Crédits subprime, réglementation prudentielle Bâle III, dette souveraine en zone euro… Rarement les banques n’ont été autant sous tension que depuis le déclenchement de la crise financière. Et leur notation auprès des grandes agences également. En témoigne la récente dégradation par Moody’s, fin juin, de plusieurs banques européennes dont BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole.

Ces abaissements sont-ils le reflet d’un changement de méthodologie ou d’une dégradation sérieuse de l’état de ces institutions financières ? Dans l’ensemble, les agences indiquent que leur méthodologie n’a pas été fondamentalement bouleversée. « Nos critères de notation du secteur bancaire sont globalement restés inchangés et n’ont pas fait l’objet de révisions importantes du fait de la crise », confirme ainsi Bridget Gandy, responsable chez Fitch de l’analyse du secteur bancaire pour la zone Emea (Europe, Afrique, Moyen-Orient). Même son de cloche chez Moody’s qui affirme ne pas avoir changé sa méthodologie de notation du secteur bancaire depuis 2007. Finalement, seule Standard & Poor’s (S&P) reconnaît avoir réalisé quelques ajustements. « Parmi les objectifs de la refonte de notre méthodologie de notation bancaire, il y avait en premier lieu la prise en compte en amont et de manière plus précise des facteurs macroéconomiques et macroprudentiels propres au pays dans lequel exerce une banque, expose Thierry Grunspan, directeur au département des institutions financières chez S&P (lire aussi l'entretien). Par exemple l’endettement des ménages, des développements économiques potentiels comme une bulle immobilière, ou encore le cadre réglementaire qui s’applique aux banques. »

Ce qui explique qu’« un grand nombre de banques dégradées l'ont été sur des anticipations qualitatives portant sur le contexte économique des pays où elles sont implantées », souligne de son côté Pierre-Yves Gauthier, responsable de la recherche chez AlphaValue, un cabinet de recherche indépendant. Chez S&P, ces facteurs macroéconomiques sont matérialisés par une « ancre », qui est le point de départ de la notation d’une banque. Celle-ci est ensuite ajustée en fonction de facteurs individuels, spécifiques à chaque banque, pour en déterminer la qualité de crédit intrinsèque. « Cette dernière est elle-même ajustée d’éventuels crans de soutien du gouvernement ou d’actionnaires (dans le cas d’une banque filiale) pour arriver à la notation finale ('rating') », ajoute Thierry Grunspan qui rappelle que ces facteurs étaient déjà présents auparavant chez S&P dans l’évaluation du risque de crédit du secteur bancaire, mais qu’ils sont aujourd’hui mieux formalisés.

Affinement

Si les méthodologies de notation n’ont trop pas évolué, elles se sont en revanche affinées. Hasard ou anticipation judicieuse, le dernier changement opéré par Moody’s en 2007 avait été d’intégrer le critère de notation des Etats pour les établissements de taille dits « systémiques » (dont le rôle est prépondérant à l’échelle de l’économie d’un pays). Un facteur que S&P a aussi intégré dans sa « refonte ». La prise en compte de ces critères et les abaissements de note du secteur bancaire en Europe ne proviendraient donc pas tant d’un bouleversement de méthodologie que de la dégradation accélérée de la situation économique et financière sur le Vieux Continent. « Dans le cadre des critères existants, nous avons pu réagir de façon appropriée à la crise et avons pris de nombreuses décisions de notation concernant les banques européennes dont les fondamentaux financiers, les modèles économiques et les fonds de commerce ont été très affectés par la crise », rapporte ainsi Bridget Gandy. Pour autant, cela n’écarte pas totalement le principal grief porté contre les agences : leur manque de réactivité et l’impression d’arriver après la bataille. « Cela fait plus d'un an que l'on parle de la dégradation de la situation économique en Europe, relève Pierre-Yves Gauthier. A la décharge des banques, celles-ci ont réagi en restructurant leur bilan et en contractant leurs engagements. »

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