Euronext permet aux gérants d’ETF d’accéder à 20 devises étrangères

le 27/02/2014 L'AGEFI Hebdo

Grâce au nouveau service de la Bourse paneuropéenne, les gestionnaires pourront élargir la base de leurs investisseurs.

Un petit pas pour Euronext, un bond de géant pour les promoteurs d’ETF (exchange-traded funds) ? Depuis le 17 février, la Bourse paneuropéenne qui couvre la France, la Belgique, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni offre un service de « négociation multidevises » pour ETF. Derrière cette appellation pompeuse se cache une réelle innovation. « Jusqu’à présent, les ETF cotés sur Euronext ne pouvaient être libellés qu’en euro, en livre sterling ou en dollar, retrace Pedro Fernandes, responsable du développement des ETP chez l’opérateur boursier. Désormais, les ETF cotés sur l’un de ces cinq marchés, peuvent être libellés dans pas moins de vingt devises différentes. » Au menu, des trackers libellés en yen, en couronne norvégienne, en franc suisse… (voir encadré), soit vingt monnaies acceptées par la chambre de compensation, LCH Clearnet, qui assure la garantie de bonne fin des opérations d’achat/vente réalisées.

« Il s’agit d’une véritable opportunité pour nous », souligne Thibaud de Cherisey, responsable du développement européen des ETF chez Invesco PowerShares. Certains investisseurs pourront ainsi directement investir dans leur monnaie domestique, sans devoir s’exposer à des ETF libellés exclusivement en euro, livre ou dollar. « Par ailleurs, des investisseurs européens nous sollicitent également pour traiter dans une devise autre que la leur, poursuit-il. S’il s’agit d’une monnaie retenue dans l’offre d’Euronext, nous pourrons répondre à leur demande. » Pour tout souhait d’investissement réalisé en yen, par exemple, une requête fréquente, le promoteur d’ETF indique que « jusqu’à présent nous ne pouvions répondre favorablement à ces grands investisseurs ». La donne va donc changer.

Inédit en Europe

De plus, nouveauté dans la nouveauté, il s’agit de la première fois qu’une Bourse européenne propose l’accès au dollar de Hong Kong et au yuan renminbi. « Il n’existait aucun ETF libellé dans l’une de ces deux monnaies, en dehors des places asiatiques, se réjouit Pedro Fernandes. Auparavant, si un investisseur souhaitait capter la performance du marché chinois, par exemple, au travers d’un ETF (indexé sur HSCEI, CSI 300, MSCI China, FTSE China…), il lui fallait choisir un fonds coté libellé en dollar, euro ou livre et subir le risque de change. » En effet, les ETF dont les titres constitutifs de l’indice répliqué sont libellés dans une devise autre que celle du fonds présentent un risque de change : l’investisseur est exposé aux variations des taux de change de cette monnaie contre la devise du fonds, dans laquelle il sera payé lors de la cession de ses parts.

Si on comprend l’intérêt pour un institutionnel ou un particulier d’investir dans sa propre devise ou de gommer tout risque de change, du côté des maisons de gestion, ce service offre deux nouvelles opportunités. Tout d’abord, l’exposition à un bassin d’investisseurs plus large, avec la captation de clients internationaux. Et non des moindres. Pour Pedro Fernandes, l’accès direct donné aux investisseurs asiatiques, via le dollar de Honk Kong, le renminbi et le yen, constitue une opportunité pour le secteur : « Les ETF relevant de la directive européenne Ucits sont très recherchés par les investisseurs asiatiques », affirme-t-il. Un constat que partage Thibaud de Cherisey, qui rappelle qu’un grand nombre de trackers Ucits ont été listés sur la place de Hong Kong ces dernières années, « un label particulièrement couru ». Ce service nouveau devrait ainsi permettre à l’industrie européenne de répondre à la demande de clients d’Asie d’accéder à une offre plus riche (diversité des sous-jacents répliqués) depuis Euronext. Autre atout pour les gestionnaires : la possibilité de lister un même ETF dans 5, 10, 15 voire 20 devises différentes, sans créer de parts supplémentaires. Jusqu’à présent, il fallait à la maison de gestion envisager, pour chaque devise, des parts distinctes avec, à chaque fois, un code Isin différent, « ce qui induisait un coût », rappelle Pedro Fernandes.

Par ce service, structurant pour le secteur des fonds cotés, Euronext continue de jouer des coudes pour légitimer la passation d’ordres sur une place cotée, car en matière de transactions sur ETF, l’essentiel des trades passe en OTC (de gré-à-gré). Ce qui réjouit Thibaud de Cherisey. « Toute initiative qui tend à concentrer la liquidité d’un ETF sur une même place est à saluer, insiste le responsable d’Invesco PowerShares. Dans un marché européen éclaté, Euronext est parvenu à marquer un point d’avance par rapport à ses concurrentes. » Le tout à moindre coût, les solutions informatiques requises étant, selon le responsable d’Euronext, déjà existantes.

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