Dossier Place financière

Euronext doit à présent s’inventer un nouvel avenir

le 04/07/2013 L'AGEFI Hebdo

A l’issue du rachat de Nyse Euronext par ICE, l’opérateur boursier européen devrait être introduit en Bourse mi-2014.

Photo : Bloomberg

La fusion géante entre Nyse Euronext et IntercontinentalExchange (ICE) a franchi une étape cruciale. Ce 24 juin, la Commission européenne a donné son feu vert sans condition à l’OPA de 8,2 milliards de dollars (6,1 milliards d’euros) de ICE sur son rival transatlantique. « Un soulagement », souffle-t-on chez Nyse Euronext à Paris où le souvenir du veto de Bruxelles à son projet de rapprochement avec Deutsche Börse reste encore vif. L’opération, dont la finalisation est attendue à l’automne, donnera naissance à un mastodonte, se classant au troisième rang mondial des opérateurs boursiers derrière Hong Kong Exchanges and Clearing et CME Group. Plusieurs obstacles restent à franchir : obtenir les accords des régulateurs nationaux des différents marchés européens de Nyse Euronext, de l’antitrust américain et enfin de la SEC, le gendarme boursier outre-Atlantique.

Sans attendre, la direction du nouveau groupe va pouvoir s’attaquer à un dossier délicat : le sort d’Euronext, la Bourse de Paris qui couvre aussi les marchés d’Amsterdam, Bruxelles et Lisbonne. « Une question de place absolument majeure », a reconnu Gérard Rameix, président de l’Autorité des marchés financiers (AMF,

lire aussi page 6). Depuis son raid sur Nyse Euronext en décembre 2012, ICE a clairement affiché son intention de se séparer des activités cash actions en Europe continentale pour ne conserver que le Liffe (le marché des dérivés) à Londres. A ce stade, le scénario d’une introduction en Bourse d’Euronext reste la piste privilégiée. Celle-ci pourrait intervenir « très probablement au premier semestre 2014 », a estimé fin mai Dominique Cerutti, directeur général adjoint de Nyse Euronext. De fait, des discussions existent avec des banques belges et néerlandaises pour constituer un tour de table. De même, le Trésor français a tenté de fédérer des banques et des assureurs pour sécuriser un noyau dur d’actionnaires. Sans grand succès jusqu’à maintenant. « Axa n’a pas vocation à participer à ce tour de table de place », a déclaré Henri de Castries, PDG du groupe. Quant aux banques, « il est très prématuré de parler de leurs positions ou de leur intérêt, nuance un banquier parisien proche du dossier. Elles sont dans un état d’esprit très prudent au regard de l’ensemble des contraintes qui pèsent sur elles comme la loi bancaire ou la taxe sur les transactions financières qui pourrait d’ailleurs avoir un impact sur la rentabilité d’Euronext ».

En parallèle, ICE n’écarte aucune autre voie. « Beaucoup d’autres acteurs en Europe sont intéressés par une forme de collaboration avec Euronext et il existe des possibilités pour former une sorte de fédération, a déclaré début juin Jeffrey Sprecher, son directeur général. Il y a certainement une possibilité pour former des relations avec des Bourses d’Europe continentale qui pourraient ajouter une valeur supplémentaire à Euronext. » Nasdaq OMX aurait récemment rencontré plusieurs représentants des autorités françaises pour faire une offre tandis que Peter Randall, ex-directeur général de Chi-X, négocierait avec des fonds de capital-investissement pour constituer un tour de table.

Acteur de taille modeste

L’avenir d’Euronext est loin de laisser insensibles les pouvoirs publics français. Pierre Moscovici, ministre de l’Economie et des Finances, a ainsi confié à Thierry Francq, ancien secrétaire général de l’Autorité des marchés financiers (AMF), une mission sur l’avenir de la Bourse de Paris. Attendus pour le 1erjuillet, ses conclusions devraient finalement être dévoilées après la trêve estivale, selon une source proche du dossier. Selon nos informations, la mission de Thierry Francq consiste en priorité à échanger avec l’ensemble des acteurs de la Place sur ce que pourrait être la stratégie du nouvel Euronext afin d’assurer son développement, sa rentabilité et sa viabilité. Paris Europlace a d'ailleurs instauré un « comité des utilisateurs ».

« Euronext doit présenter un projet industriel attractif à d’éventuels investisseurs institutionnels, estime Jean de Castries, directeur général d’Equinox Consulting. S’il s’agit de faire venir des investisseurs locaux pour uniquement pérenniser la Place de Paris, l’intérêt semble limité. » Au moment de retrouver son indépendance, Euronext apparaîtra comme un acteur de taille modeste en Europe, dédié à un marché du cash actions dont les volumes ont fortement baissé avec la crise. Certes, le groupe a des atouts, arguant de marges confortables, d’une bonne rentabilité et d’une part de marché en Europe qui s’est stabilisée autour de 65 %. Mais le groupe présente des faiblesses. Privé du Liffe, son activité sur les dérivés se résumera aux seuls dérivés continentaux sur actions et indices. Surtout, Euronext ne disposera pas de ses propres capacités de compensation et devra donc collaborer avec LCH.Clearnet, en passe de tomber dans le giron du London Stock Exchange. « L’idéal pour Euronext, mais aussi pour l’Europe, serait de constituer une alliance à trois avec Deutsche Börse et Nasdaq OMX pour ainsi fédérer un pôle de 'cash actions' continental fort, ce qui aurait du sens », avance Jean de Castries. Nul doute que le dossier devrait animer les débats de place au cours des prochains mois.

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