Entretien avec... Wim Boonstra*, chef économiste de Rabobank

« Sans eurobonds, la monnaie unique est vulnérable »

le 03/05/2012 L'AGEFI Hebdo

Vous faites partie de ceux qui ont, les premiers, conçu et défendu des émissions de dettes communes pour la zone euro. Le succès de l’euro, pendant ses dix premières années, ne vous a-t-il pas donné tort ?

Ce qui s’est passé pendant ces premières années était une exception à cette simple règle : sans eurobonds, la monnaie unique est vulnérable car on ne peut pas compter sur les marchés pour discipliner les émetteurs souverains.

Les chefs d’Etat et de gouvernement se trompent-ils quand ils disent pouvoir s’en sortir avec des fonds de soutien ?

Le pare-feu ne résout pas le problème fondamental. Dans un tel système, vous avez d’abord la Grèce, un problème à 350 milliards d’euros, qui va être garanti par seize autres pays. Puis arrive le Portugal, garanti par quinze pays. Puis l’Irlande, garantie par les quatorze restants. A la fin, le Luxembourg ne pourra garantir à lui tout seul les seize autres pays de la zone euro ! La seule chose à faire est d’accorder une garantie complète croisée et solidaire entre tous les pays. C’est la même chose que dans une banque coopérative comme Rabobank. Comme chaque entité garantit les autres, l’ensemble est jugé très solvable. Mais si Rabobank était organisée comme l’Europe, on aurait au mieux un « BBB- ».

L’introduction d’obligation commune ne requiert-elle pas une union économique et politique plus forte, donc des réformes institutionnelles ?

Les eurobonds sont au contraire le seul moyen de consolider l’ensemble sans avoir une union politique. Pour cela il faut des sanctions automatiques. Dans le projet de T-Bills d’Elec, elles existent sous la forme d’une surcharge d’intérêts versée sur la base de critères établis par les membres de la zone euro. En cas de défaut, la perte ne peut excéder la dette du pays qui plonge.

Pourquoi l’Allemagne y consentirait-elle ?

Ses dirigeants politiques ont encore l’impression qu’ils devront payer pour les autres. Mais c’est faux. D’abord le système est autofinancé grâce à la surcharge. Ensuite, cela permettrait de libérer la Banque centrale européenne de ses tâches actuelle, d’éviter un nouvel LTRO (opération de refinancement à long terme, NDLR) et de la laisser se concentrer sur la politique monétaire. Enfin, vous n’avez plus à augmenter à nouveau la taille du fonds de soutien. Surtout la proposition de T-Bills est réversible. C’est un moyen de tester et d’accumuler de l’expérience à moindre risque.

*Egalement président de la commission monétaire de l’European League for Economic Cooperation (Elec) dont est issu le projet de schéma temporaire de T-Bills européens

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